JO&LÉO – THÉÂTRE DE BELLEVILLE

3511482400415♥♥ « Jo & Léo » est une création théâtrale contemporaine qui questionne l’adolescence, l’amour et l’identité à travers les portraits de deux adolescentes de 17 ans. Joséphine (Lola Roskis Gingembre), tornade, bavarde et solaire rencontre au lycée Léopoldine (Lou Bohringer), paumée, écorchée vive, sensuelle. Elles ont peu en commun mais progressivement se tisse entre elles une relation intime et naît un sentiment amoureux, sous le regard bienveillant d’un musicien-témoin (Romain Tiriakan).

Un moment de théâtre singulier, engagé, et fort bien interprété par les deux jeunes comédiennes qui donnent réellement tout ce qu’elles ont sur le plateau, et délivrent, via le texte de Julie Ménard, un joli message sur l’affirmation de soi et de sa singularité. La metteuse en scène Chloé Simoneau (collectif La Cavale) a fait le choix d’une mise en scène éclectique et variée en alternant épisodes chantés, parenthèses musicales, diffusion d’enregistrement sonores. Jolie trouvaille au passage : l’installation d’un grand mur d’images permettant au spectateur de plonger dans l’univers « teenager » des deux héroïnes. Au delà du message de tolérance, « Jo&Léo » est également un ode au théâtre qui fait écho à la vie des deux personnages. Malgré quelques longueurs, un joli spectacle en résonance avec notre époque.

Signé Elisabeth

JO&LÉO 

Théâtre de Belleville, 94 rue Faubourg du Temple, 75020 Paris (Métro : Goncourt, Belleville)

Samedi 18 février à 21h15

img_0404-modif-copie

Crédit Nicolas Drouet

joleo-romain-tiriakian-1

Crédit Romain Tirakianimg_0364-nbSONY DSC

EXERCICES DE STYLE – COMÉDIE DE PARIS

exercices-de-style_2502_image_0x1200♥♥♥ C’est un fait divers insignifiant raconté de 99 manières différentes : l’Autobus arrive. Un homme monte. Il écrase le pied d’un autre voyageur. Une querelle éclate. Puis il est question d’un bouton de pardessus devant la gare Saint-Lazare. Cette histoire banale est surtout l’occasion pour Pierre Ollier, Guillaume Van’t Hoff et Michel Abecassis (qui signe l’adaptation comme la mise en scène riche en trouvailles) – armés de trois chaises, trois valises et de trois chapeaux melons – de délirer, chanter et percuter le texte de Raymond Queneau en se faisant tour à tour ignare, philosophe, bègue, gourmet, mathématicien, religieux, percussionniste… et un peu frères Jacques. Un défilé de personnages plein d’enchantement plus vrais que nature assuré par des acteurs dont la performance est souvent bluffante. Plusieurs scènes sont jubilatoires, voire inoubliables pour le public. Ces exercices de style méritent un 20/20.

Le regard d’Isabelle

EXERCICES DE STYLE

Comédie de Paris, 42 rue Pierre Fontaine, 75009 Paris (métro Blanche ou Pigalle)

Les mardis et mercredi à 19h15 jusqu’au 29 mars 2017

Durée : 1 heure 

 

ABIGAIL’S PARTY – THÉÂTRE DE POCHE MONTPARNASSE

aff-abigail-s-party-sd ♥ Dans la banlieue de Londres, au cœur des années 1970, Beverly et son mari Peter reçoivent Angela et Tony, un jeune couple qui vient d’emménager dans le quartier. Susan, en voisine, se joint à cette soirée pour trouver refuge loin de la « party » organisée par sa fille Abigail. À ce dangereux jeu social de l’être et du paraître, combien de masques tomberont ? Et jusqu’où la vérité sera-t-elle mise à mal?

Le temps d’une soirée entre voisins, le vide existentiel de ces cinq personnages nous est conté. Le texte de Mike Leigh se voudrait caustique, drôle parfois. Il est médiocre souvent, riche en lieux communs toujours.

Cette longue et interminable soirée, mise en scène par Thierry Harcourt, est d’une banalité absolue. Certains voudraient y voir un chef d’œuvre british cruel à souhait ; nous n’avons ressenti qu’un ennui profond où la dimension dramatique apparaît enfin le dernier quart d’heure sans glissement au fil des scènes. Quant aux comédiens au bord de la dépression, ils pourraient mieux faire pour mener à bien ce jeu de massacres arrosé au gin-tonic en criant moins et en interprétant plus.

Dans le même genre, Edward Albee a fait beaucoup mieux… Qui a peur de Virginia Woolf ? Cela vous rappelle des souvenirs ?

Si vous n’assistez pas à cette Abigail’s party, vous ne perdrez pas grand-chose. Tel est notre humble avis et des spectateurs qui étaient de part et d’autres autour de nous.

Le regard d’Isabelle

ABIGAIL’S PARTY

Théâtre de Poche Montparnasse, 75 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris (métro Montparnasse)

Du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 15h • Jusqu’au 16 juillet 2017

Crédit photos : Victor Tonelli

Abigail's party (Thierry Harcourt 2017)

Abigail's party (Thierry Harcourt 2017)

 

LA TRAGÉDIE DU DOSSARD 512 – THÉÂTRE TRISTAN BERNARD

vz-a7960b3a-3f1b-4f70-bbf8-2d94ad0af0a3♥♥♥ Les histoires de vie donnent naissance à d’excellentes pièces de théâtre. Et ce n’est pas le comédien Yohann Métay qui dira le contraire ! Cet humoriste d’origine lilloise, passé par le Centre National des Arts du Cirque et le théâtre d’improvisation, a fait la (très) douloureuse mais mémorable expérience de l’Ultra-Trail du Mont Blanc, LA course mythique des trailers du monde entier: 170 kilomètres à parcourir en 40 heures autour du Mont-Blanc avec plus de 10 000 mètres de dénivelé ! 

De cette aventure physique et mentale hors norme, Yohann Métay en a tiré un spectacle savoureux et nous fait revivre avec une grosse (!) énergie cette épopée qui lui permettra de repousser ses propres limites. De la préparation physique au jour du départ, en passant par la souffrance physique, les moments de désespoir et de solitude, jusqu’à la délivrance finale avec l’obtention du tee shirt « Finisher », sésame des participants ! Excellent comédien, jouant aussi bien des techniques d’impro que de l’art du mime et du geste, Yohann Métay nous entraîne avec lui sur les chemins escarpés du Trail et incarne avec beaucoup de talent toute la palette des sentiments pendant une heure trente non stop : doutes, espoir, désespoir, joie…Même s’il use parfois de grosses ficelles et s’égare peut-être un peu parfois (la scène des organes humains) c’est une belle perf ! L’exploit est aussi sur scène !

La pièce, bien rodée, a déjà connu un beau succès au festival d’Avignon et auprès du public parisien. Un très bon spectacle aux allures de leçon de vie qui donne envie de respecter sa bonne résolution 2017 : continuer le sport !  

Signé Elisabeth 

LA TRAGÉDIE DU DOSSARD 512

Théâtre Tristan Bernard, 64 rue du Rocher, 75008 Paris (métro Villiers, Saint-Lazare)

Les jeudis, vendredis et samedis à 19h00 jusqu’au 29 avril 2017

PROLONGATIONS JUSQU’AU 13 MAI INCLUS

Crédit photos : Tous droits réservés Fabienne Rappeneau 

photo tous droits réservés Fabienne Rappeneau.

photo tous droits réservés Fabienne Rappeneau.

photo tous droits réservés Fabienne Rappeneau.

photo tous droits réservés Fabienne Rappeneau.

 

LE BAL – THÉÂTRE RIVE GAUCHE

le-bal-d%27irene-nemirovsky-theatre-rive-gauche-paris-14eme-visuel-definitif♥♥♥ Paris, années 20. la jeune Antoinette Kampf, 14 ans, rêve de participer au grand bal qu’organisent ses parents pour afficher leur fortune récemment acquise et leur ascension sociale fulgurante. Mais sa mère, Rosine, hautaine et égoïste, le lui refuse. Antoinette trouvera le moyen de se venger…

« Le Bal » est tiré d’un court roman autobiographique d’Irène Némirovsky (1928), petit chef d’oeuvre de drôlerie et de cruauté, qui questionne les tourments de l’adolescence. Grande fan de l’écrivain, la comédienne/metteuse en scène Virginie Lemoine, avec la collaboration de Marie Chevalot, a mis quatre ans pour adapter ce texte en pièce de théâtre et n’a pas lésiné sur les moyens : casting de haut vol emmené par l’excellente Brigitte Faure/Rosine Kampf qui avouons-le, pousse la caricature à l’extrême dans son rôle de parvenue voulant jouer à la grande bourgeoise, décor et lumières soignés, habillage sonore élégant. Un très agréable moment de théâtre même si j’ai regretté sincèrement la couleur « très boulevard » à l’ensemble et une direction d’acteurs un peu trop caricaturale. Virginie Lemoine offre le beau rôle au personnage de la mère qui « écrase » presque celui d’Antoinette, pourtant central dans le roman, et dont la psychologie aurait mérité d’être un peu plus travaillée. Seul bémol ! La pièce est à l’affiche du théâtre Rive Gauche jusqu’à fin mars, allez applaudir dans tous les cas une très belle troupe de comédiens. 

Signé Elisabeth 

LE BAL

Théâtre Rive Gauche, 6 rue de la Gaîté, 75014 Paris (métro : Gaîté)

Du mardi au samedi à 19h • Jusqu’au 30 mars 2017

Relâches exceptionnelles les 2, 10, 24, 25 et 26 février 2017 & 18, 24, 25 et 28 mars 2017

Crédit photo : Théâtre Rive Gauche – Droits réservés.

le-bal-theatre-rive-gauche-paris14eme-credit-theatre-rive-gauche-01-web-tous-droits-cedes-1le-bal-theatre-rive-gauche-paris14eme-credit-theatre-rive-gauche-06-web-tous-droits-cedesle-bal-theatre-rive-gauche-paris14eme-credit-theatre-rive-gauche-09-web-tous-droits-cedesle-bal-theatre-rive-gauche-paris14eme-credit-theatre-rive-gauche-03-web-tous-droits-cedes-1

COMPARTIMENT FUMEUSES – STUDIO HÉBERTOT

f227a9_1019322b185c41008d3c02232d5b1307-mv2♥♥♥ Une maison d’arrêt pour femmes. Le temps dans les cellules est rythmé par le bruit des clefs et le claquement sec d’un œilleton qui retombe. Suzanne, délinquante rebelle aux allures de caïd, fait régner l’ordre « chez elle », jusqu’au jour où, contrainte et forcée, elle accueille sa nouvelle « colocataire », Blandine de Neuville, prévenue en attente de son procès aux Assises. Ce « beau linge » est professeur de français. Une belle amitié éclot (voire plus) entre ces deux femmes que rien socialement n’aurait dû rapprocher sous l’œil jaloux de leur surveillante. L’une et l’autre vont se reconstruire au fil de leur amour imprévu dans une promiscuité carcérale étouffante.

Ce huis clos à la fois réaliste et pudique écrit par Joëlle Fossier et mis en scène par Anne Bouvier avec beaucoup de sobriété est interprété avec autant d’âpreté que d’humour par Bérengère Dautun, Sylvia Roux et Florence Muller. Beau moment d’humanité et d’espoir dans un monde pénitentiaire brutal et sans avenir.

Le regard d’Isabelle

COMPARTIMENT FUMEUSES 

Studio Hébertot, 78 Bis boulevard des Batignolles, 75017 Paris (métro : Rome)

Tous les dimanches à 19h30 jusqu’au 9 avril 2017.

Crédit photos : Landre Béatrice 

dsc_9673-1dsc_9708-1dsc_9716-1dsc_9718-1dsc_9730-1

 

LES COQUETTES – LE GRAND POINT VIRGULE

vz-e67369ef-23c9-4086-be44-3c9593f16b68♥♥♥ L’éternel féminin à l’honneur vendredi dernier ! Pendant qu’Isabelle découvrait Journal d’une femme de chambre à  La Folie Théâtre, je passais un délicieux moment devant les facéties des Coquettes ! Soit trois chanteuses, qu’on imagine aussi complices à la scène qu’à la ville, qui mélangent (belles) vocalises et humour. La blonde pinup Juliette, la rousse rigolote Lola et la brune piquante Marie nous entraînent 1 heure 15 durant dans un tour de chant plein de pep’s, de fraîcheur, de charme et d’humour…culotté ! Avec la complicité de leur pianiste Cyril,  elles abordent tous les sujets du plus « girly » aux plus tabous avec talent et dans une mise en scène diablement rythmée et efficace. Avec l’art et la manière de se mettre le public dans leurs poches en un tour de main…Une jolie performance à applaudir jusqu’au 29 avril. 

Signé Elisabeth

LES COQUETTES

Le Grand Point Virgule, 8 bis rue de l’Arrivée, 75015 Paris (Métro : Montparnasse)

Du mercredi au samedi à 19h45 jusqu’au 29 avril 2017

Vendredi 2 juin 2017 à 20h00 à l’OLYMPIA 

Crédit photos  : Hélène Pambrun

les-coquettes-spectacle04042016-110-c-helene-pambrun

 

 

JOURNAL D’UNE FEMME DE CHAMBRE – THÉÂTRE DE POCHE MONTPARNASSE

228♥♥ Fin du 19ème siècle, Célestine, la chambrière des Lanlaires à la sensualité manifeste, dénonce avec une lucidité redoutable et un humour impitoyable la condition misérable des domestiques et gens de maison. Tour à tour dévouée, manipulatrice et amoureuse, Célestine se confie dans son journal sans retenue… et sur scène sans pudeur.

Karine Ventalon – meilleure comédienne 1er rôle P’tits Molières 2015 – dans une petite robe noire sans décolleté mais très courte, avec bas noirs et porte-jarretelle, donne vie à Célestine. Etait-il nécessaire que les spectateurs entrevoient ses cuisses et son entrejambe, qu’elle mime avec un réalisme dérangeant l’acte sexuel à plusieurs reprises, pour leur faire apprécier le texte d’Octave Mirbeau (adapté par Virginie Mopin) et la sensualité de l’interprète ? La mise en scène épurée mais trop « sexe » et si crue de William Malatrat finit par déranger et occulter la beauté du texte comme l’interprétation de la comédienne qui sait autant jouer de son corps, de sa voix et de son intimité pour interpréter toute une galerie de personnages et une palette d’émotions. Version bien sensuelle. On en oublierait presque la condition des domestiques à la fin du 19ème siècle.

Le regard d’Isabelle

LE JOURNAL D’UNE FEMME DE CHAMBRE

Theatre de Poche Montparnasse, 75 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris

Reprise à partir du 15 mai 2025

Durée : 1h15

jrpac-karine-119%5b9%5djrpac-karine-175%5b10%5djrpac-karine-182%5b9%5d

UN CAFÉ AVEC JENNIFER LESAGE-DAVID, CODIRECTRICE DE L’INTERNATIONAL VISUAL THEATRE (IVT)

portraitdr-jennifer-lesage-ok

« L’International Visual Theatre, un carrefour culturel pour les sourds et les entendants »

L’International Visual Theatre (IVT) est un lieu culturel unique en France qui s’adresse aux sourds et aux entendants. Du théâtre pour tous oui mais bien plus encore ! Le lieu, niché au fond d’une charmante impasse pavée du 9e arrondissement de Paris, pourrait sembler vouloir cultiver la tranquillité mais les apparences sont trompeuses. L’IVT est une véritable « ruche » qui regorge d’activités et de projets autour de la langue des signes. J’ai eu le plaisir de partager un café avec Jennifer Lesage-David, sa codirectrice qui m’a fait découvrir son histoire et son identité. Une rencontre éminemment chaleureuse au cœur de l’hiver.

Coup de théâtre : Bonjour Jennifer, en quoi l’International Visual Theatre (IVT) est-il un lieu unique en France ?

Jennifer Lesage-David : Il est unique parce que nous sommes le seul lieu culturel en France dont le cœur de l’action est la promotion et la diffusion de la langue des signes sur une dimension culturelle très large. Quand nous sommes nés il y a quarante ans, nous étions à l’origine une compagnie de comédiens sourds qui faisaient des propositions de spectacles en langue des signes puis bilingues, puis on a fait naître un centre de formation sur la langue des signes, le premier en France, et la première maison d’éditions à éditer des ouvrages sur la langue des signes. Depuis des compagnies ont émergé sur ce thème, des centres de formation ont été créés également, mais nous sommes le seul lieu à regrouper toutes ces entités avec une volonté d’échanges et de partage.

Quelle est la vocation de l’IVT ?

J.L-D. : Notre vocation, c’est l’ouverture, la rencontre entre la culture de la langue des signes, la culture du visuel et la culture française au sens large. Avec l’objectif, après 40 ans d’activité, de s’inscrire dans la transmission auprès des jeunes générations et de partager ce très bel outil avec tous les acteurs culturels, et notamment les compagnies émergentes, qui travaillent à la promotion de la langue des signes.

Le lieu regroupe donc de nombreuses activités. Pourriez-vous nous les présenter ?

J.L-D. : Sur le plan artistique, nous disposons d’une salle de spectacles pouvant accueillir jusqu’à 185 personnes, nous diffusons et produisons des spectacles et des performances artistiques ; nous accueillons en résidence des compagnies qui travaillent sur le bilinguisme. Nous sommes également force de conseil et d’accompagnement auprès de structures comme le cinéma ou le théâtre qui veulent travailler avec des artistes sourds. Sur le plan de la formation, nous proposons des cours de langue des signes à tous les publics, sourds ou entendants, d’un niveau débutant à un niveau acquis, ainsi que des stages EN langue des signes (histoire de la langue des signes, identité sourde, et des stages artistiques  de théâtre, photo, hip hop, clown, danse,…). Et enfin nous éditons et diffusons des dictionnaires, des livres, des lexiques, des DVD,… Au total, nous sommes une équipe mixte de 23 salariés mais face au nombre d’activités, nous pourrions être beaucoup plus !

ivtfacadecopyright%20ivt%20-%20s_badie-levet

Comment élaborez-vous votre programmation ? Sur quels critères ?

J.L-D. : Nous la construisons à quatre mains avec Emmanuelle (ndlr : Emmanuelle Laborit, codirectrice de l’IVT) en veillant à un équilibre entre spectacles bilingues mêlant langue des signes et français et des spectacles purement visuels sans paroles (danse, mime, clown, marionnettes…). Nos critères de sélection ? Nous cherchons des spectacles qui nous interpellent par leur esthétisme, leur créativité ou les messages qu’ils portent pour avoir envie de les partager avec le public et répondre à notre mission de programmation en ouvrant les esprits. Ensuite, un critère technique car notre plateau n’est pas très profond et ne permet pas d’accueillir tous les spectacles. Enfin, on n’y échappe pas hélas, un critère financier. Nous n’avons pas toujours les moyens de programmer ce que nous souhaitons. Aujourd’hui, nous proposons 10 spectacles et 10 événements par saison, soit 65 représentations par an.

Concrètement, voir un spectacle bilingue pour un entendant, c’est s’appuyer sur un surtitrage ou un interprète sur scène ?

J.L-D. : Justement pas ! L’idée c’est de ne pas faire appel à du surtitrage ou des interprètes qui sont des moyens d’accessibilité. Ce que nous souhaitons, c’est que le regard de chaque spectateur soit posé sur une proposition artistique unique; que chacun, sourd ou entendant, puisse recevoir le spectacle dans la même temporalité avec une richesse de contenu équivalent. Le défi, c’est de penser la mise en scène en bilinguisme dès le départ, de mélanger langue des signes et français. Il y a plusieurs partis-pris de mise en scène possibles, l’idée étant de trouver celle qui mettra le public à égalité et dans le même confort.

Quel est votre public justement ?

J.L-D. : Un public large et intergénérationnel : des enfants, des familles, des personnes âgées. On accueille également un public du monde entier, c’est notre caractère unique qui attire ! 

ivtsallecopyright-ivt-s-badie-levet

Credit : IVT – S. Badie-Levet

Quelques mots sur l’histoire de l’IVT. Comment est né le lieu ? A l’initiative de qui ?

J.L-D. : Le projet est né il y a 40 ans par la rencontre de deux hommes de théâtre : Alfredo Corrado, un artiste sourd américain et le metteur en scène français Jean Grémion. Ils ont eu ce pari fou et magnifique de créer une compagnie de théâtre autour de la langue des signes. C’était l’époque du « Réveil Sourd », qui correspondait à la volonté des sourds de faire reconnaître leur langue, interdite pendant 100 ans (ndlr : la langue des signes a été reconnue officiellement en France en 2005). Puis la compagnie a grandi, s’est développée jusqu’à devenir un lieu, d’abord implanté au château de Vincennes puis ici à Paris.  

L’IVT fête ses 40 ans cette année !

 J.L-D. : Oui absolument ! Nous prévoyons cinq jours de festivités du 9 au 13 mai 2017 durant lesquels nous fêterons le passé et …l’avenir ! Les jeunes générations pourront rencontrer « les anciens » qui raconteront l’histoire de l’IVT et nous en profiterons pour présenter nos projets : la présentation de la master class artistique, une pédagogie plus moderne pour notre centre de formation et la saison 2017/2018…Nous avons du pain sur la planche!

Que peut-on vous souhaiter pour les 40 prochaines années ?

J.L-D. : Garder cette énergie et cette richesse de propositions, consolider nos ressources car la culture est fragile, et continuer à être soutenus pour porter nos projets. Et pourquoi pas s’agrandir car on commence à être à l’étroit ! (rire)

baisermaurice-melliet-copie

Crédit : Maurice Melliet

Quelle est votre plus grande fierté ?

J.L-D. : Après la reconnaissance du public, c’est la reconnaissance politique. Les partenaires publics nous sont aujourd’hui d’un grand soutien même si le chemin a été long avant d’être reconnu comme un lieu culturel à part entière. Au départ, nous étions étiquetés « handicap » alors que ce n’est absolument pas notre créneau ! Notre créneau, c’est la culture pour tous.

Avez-vous un rêve ?

J.L-D. : Oui ! Renforcer la visibilité et la reconnaissance de la langue des signes. Elle n’a pas la place qu’elle devrait occuper, particulièrement dans l’éducation où l’enseignement en langue des signes leur est peu proposé. Les parents d’enfants sourds devraient avoir le choix entre une éducation bilingue ou une éducation oraliste. Or ce choix n’est pas possible aujourd’hui car les structures offrant une éducation bilingue sont infimes. Beaucoup pensent que l’intégration des personnes sourdes passe par l’oralisation, ce qui est à mon sens une erreur, car cela les place dans une position de rééducation et d’efforts constants. Alors que la langue des signes est une langue naturelle d’une richesse insoupçonnable qui leur permettrait d’avoir accès aux savoirs, aux connaissances, au français et représenterait un meilleur vecteur d’intégration. De plus, c’est un enrichissement pour tous !

Merci ! Et pour conclure, quel a été votre parcours ?

J.L-D. : J’ai toujours cherché à me nourrir et à explorer de nombreuses disciplines artistiques – Conservatoire d’Art Dramatique, brevet d’état en théâtre et cirque, Master 1 en études théâtrales, Master 2 en management du spectacle vivant – avec le projet de devenir administratrice de projet culturel. Parallèlement à mes études, j’ai commencé à apprendre la langue des signes à 18 ans, je me suis beaucoup investie dans les associations sourdes de Bretagne et j’ai eu plusieurs expériences d’administratrice de compagnies, de lieux culturels. Assez logiquement, j’ai intégré l’IVT en 2010 d’abord comme administratrice pendant quatre ans puis aujourd’hui comme codirectrice.

Propos recueillis par Elisabeth Donetti, avec l’aide de Pascaline Siméon/bureau de presse Sabine Arman

INTERNATIONAL VISUAL THEATRE

7 Cité Chaptal, 75009 Paris 

www.ivt.com

 

 

MOI ET FRANCOIS MITTERRAND – THÉÂTRE DE LA PEPINIÈRE

moi-et-francois-mitterrand-big♥♥♥1983. Hervé Laugier, homme simple et mythomane, érudit et rêveur, écrit au président de la République. Le secrétariat de François Mitterrand lui répond par une lettre-type : « Vos remarques seront prises en considération… ». Pour Hervé, une amitié singulière naît avec le chef de l’État. Il entreprend alors une correspondance régulière avec l’Elysée. Il raconte sa séparation d’avec Madeleine, ses vacances à Charleville-Mézières, la perte de sa chatte Tchoupette sans oublier de prodiguer quelques conseils…

D’une humanité bouleversante, « Moi et François Mitterrand », interprétée avec talent par Olivier Broche, imaginée par Hervé Le Tellier, mise en scène par Benjamin Guillard, raconte la paranoïa d’un homme solitaire, imaginatif, empreint d’un certain brin de folie. Cette petite fantaisie est très émouvante, attendrissante même, désopilante parfois. C’est surtout une véritable bouffée d’oxygène en cette période pré-électorale. A voir avant de déposer son bulletin de vote dans l’urne !

Le regard d’Isabelle

MOI ET FRANCOIS MITTERRAND 

Théâtre de la Pépinière, 7 rue Louis-Le-Grand, 75002 Paris (métro Opéra)

Jusqu’au 31 mars 2017 • Actuellement du mardi au samedi à 19h. Attention nouveaux horaires à partir du 1er mars 2017 : du mercredi au samedi à 19h et le dimanche à 15h

Durée : 1h15

Crédit photos : Raphaël Arnaud 

moi-et-francois-mitterrand-photo-lettre-libre-de-droit-c-raphael-arnaudmoi-et-francois-mitterrand-photo-fauteuil-libre-de-droit-c-raphael-arnaudmoi-et-francois-mitterrand-photo-elysee-libre-de-droit-c-raphael-arnaudmoi-et-francois-mitterrand-photo-dossier-libre-de-droit-c-raphael-arnaud