UN CAFÉ AVEC Serge Bourhis, auteur, metteur en scène, directeur de la compagnie Alcandre

Photo-Serge-AvignonUn heureux hasard m’a fait croiser Serge Bourhis un soir de mai à l’Essaïon Théâtre. Serge Bourhis dirige la compagnie ALCANDRE depuis 2008 et remporte actuellement un beau succès à Paris avec deux pièces qu’il a écrites et mises en scène Racine par la racine et Molieratus. Une proposition d’interview et quelques mails plus tard, la rencontre a lieu dans un café des Batignolles par une belle matinée ensoleillée. Radio Nova en fond sonore, quelques habitués attablés et la conversation s’engage autour d’un café et d’un cappuccino maison.

 

Coup de théâtre · Bonjour Serge, comment est née la compagnie Alcandre ? Quelle est sa « mission » artistique aujourd’hui ?

La compagnie est née en 2008 d’une rencontre avec des comédiens que j’avais engagés pour monter l’une de mes premières pièces qui s’intitulait Et on créa la femme et qui s’était jouée à Paris et au festival off d’Avignon 2009. Au départ, je n’avais pas de ligne artistique préconçue pour la compagnie. Les choses se sont faites au fur et à mesure, même si j’ai toujours été passionné par la direction d’acteurs et très attaché au théâtre écrit par et pour des comédiens. Aujourd’hui, artistiquement, nous défendons un théâtre de texte à destination d’un large public.

Comment définiriez-vous votre compagnie : un clan, une famille, une association ?

Le terme de famille me paraît le mieux convenir. Comme dans toute famille, les liens entre les membres peuvent parfois être passionnels. Monter plusieurs projets ensemble et vivre plusieurs Avignon (ce sera notre 4ème cette année) n’est pas une mince affaire. Une troupe de théâtre est une association de personnes autour d’un ou plusieurs projets. Nous vivons ensemble des moments très exaltants mais le métier de comédien a ceci de particulier qu’il touche à l’intime et les désaccords professionnels sonnent aussi parfois comme des remises en question de l’individu. Idéalement, je préfère travailler dans la durée avec des comédiens mais ce n’est pas toujours possible. Les nouveaux venus apportent aussi du sang neuf et régénérant pour le groupe.

Qu’est ce que vous aimez dans l’idée d’une troupe ?

J’aime l’idée que le groupe prime sur l’individu, qu’on dépasse les égos pour travailler pour un intérêt collectif. Même si j’écris les textes et que je mets en scène, le travail se fait beaucoup en commun, pendant les répétitions ; on trouve des idées ensemble et j’adore quand les comédiens proposent des choses. On vit des émotions ensemble qui sont très fortes. Je suis sensible aux valeurs de solidarité au sein de la troupe, de respect de ses partenaires, de sens du bien commun.

Comment choisissez-vous vos comédiens ?

Généralement, je passe une annonce sur un site spécialisé et j’auditionne les comédiens dont le profil me paraît correspondre à la personne que je recherche. Je rencontre alors une première fois le comédien ou la comédienne et si la rencontre se passe bien, j’organise une rencontre avec le reste de la troupe et une séance de travail. Mais recruter un comédien relève du pari. On se trompe parfois grossièrement et dans ce cas, il faut vite réparer l’erreur. Disons qu’avec le temps et l’expérience, on apprend à avoir plus de discernement, même si on n’est jamais assuré de rien.

Vous êtes auteur et metteur en scène. Comment nait une pièce chez vous ? Quelles sont les grandes étapes de création et d’élaboration d’un spectacle ?

Pour un auteur dramatique, c’est évidemment une chance que de pouvoir mettre en scène ses propres textes.Le processus de création est différent selon les spectacles. Pour certaines pièces, je pense d’abord à des comédiens ou à des personnages de romans, comme le personnage de Lilith dans la nouvelle de Primo Levi  qui m’a inspiré pour Et on créa la femme. Pour Racine par la racine, l’idée est venue d’un spectacle anglais que j’avais vu à Avignon en 2004 qui s’appelait Shakespeare le défi, une comédie un peu loufoque, très drôle avec 3 comédiens qui jouaient tout Shakespeare en 80 minutes. J’avais envie de travailler sur Racine et j’ai pensé qu’il serait intéressant de l’aborder sous un angle inhabituel. J’ai écrit une première version de la pièce en 3 semaines ; on l’a travaillée pendant 3 à 4 mois. La création du spectacle devient alors un laboratoire pour la gestation du texte. J’écris généralement un premier état du texte qui subit de très nombreuses métamorphoses au fil des répétitions. Certaines répliques écrites ne deviendront jamais audibles sur un plateau. Le travail consiste donc souvent à amputer, à renoncer, à rogner…comme dans tout travail d’écriture. Au fil du temps, le texte des pièces subit parfois de très profondes modifications. Ca a été particulièrement vrai pour le spectacle sur Racine.

Vous destinez de nombreuses pièces à un jeune public. Pourquoi vouloir précisément s’adresser aux jeunes ? Quelles actions mettez-vous en place pour les sensibiliser ?

Quand j’ai écrit « Racine par la racine » en 2009, je ne l’ai pas conçu à l’origine comme un spectacle pour la jeunesse. Ce n’est qu’au bout de quelques représentations que des spectateurs m’ont dit qu’il serait formidable de le jouer devant des lycéens. Peu à peu, nous avons donc commencé à le jouer dans de nombreux établissements scolaires de Paris, de banlieue et même de province. Le spectacle suivant, Je veux de l’amour et du hasard a été, lui, conçu et monté pour être joué dans des lycées. Quant à Molieratus, il s’agit d’une commande du théâtre Gérard Philippe de Meaux où notre compagnie a été en résidence en début 2013. Nous avons pour habitude, lorsque nous jouons devant des publics de scolaires, de faire suivre le spectacle d’un débat avec la troupe. Ca me paraît important pour le théâtre aujourd’hui de ne pas se couper du public des adolescents, faute de quoi il deviendra un loisir de personnes d’âge mûr. Rien de plus triste que d’aller assister à des spectacles dans des théâtres qui ressemblent à des maisons de retraite bourgeoises. Les adolescents d’aujourd’hui sont le public de demain et le théâtre a tout à gagner à jouer devant un public de jeunes, à aller à la rencontre de publics variés.

A l’approche du Festival d’Avignon, quel rôle joue le OFF pour une compagnie comme la vôtre ?

Pour une « jeune » compagnie comme la nôtre, le festival off est à la fois un très coûteux investissement et une opportunité pour diffuser et vendre nos spectacles. Certaines compagnies se ruinent et « explosent » au festival, d’autres se soudent et grandissent. Il faut avoir une grande confiance dans les personnes avec qui on tente l’aventure (car c’en est une !) et bien se préparer physiquement et psychologiquement.Je pense que la première fois qu’on a fait Avignon, on n’avait pas complètement conscience des enjeux et des risques ! (rire) C’est vraiment le bouche à oreille qui donne la chance aux « petits » spectacles. Pour Racine l’an dernier, on a commencé à jouer et le bouche à oreille a fonctionné, comme en 2010. On a affiché complet dès la quatrième soir et on  a ensuite refusé des spectateurs jusqu’à la fin du festival ! On y retourne cet été.

Comment souhaitez-vous faire évoluer la compagnie ? Quels sont vos projets ?

Il faut plusieurs années pour qu’une compagnie commence à devenir viable pour ses membres. La nôtre progresse chaque année, on travaille beaucoup, on franchit des caps ; il nous en reste encore beaucoup. Le problème est celui du financement des projets. En ce sens, nous aimerions pouvoir trouver des sources de financement pérennes qui nous permettront de travailler avec d’autres artistes : décorateurs, musiciens, créateurs lumière. Une autre question est celle de la recherche d’un lieu de travail. Concernant le travail artistique proprement dit, nous continuerons à créer des spectacles pour des publics adolescents et adultes, pourquoi pas pour enfants ? Et puis, j’ai commencé à écrire une comédie noire que j’aimerais monter la saison prochaine. J’ai aussi un projet ancien qui me tient à cœur depuis de nombreuses années. On nous réclame désormais un spectacle sur Corneille pour compléter la trilogie… et j’ai dans mes cartons informatiques des dizaines de maquettes de pièces dont certaines verront peut-être bientôt le jour…

Quel théâtre allez-vous voir aujourd’hui ? Quel spectateur êtes-vous ?

Je n’ai guère le temps ces temps-ci d’aller au théâtre et je suis un peu frustré de voir dans le théâtre contemporain le public se déplacer pour voir le travail d’un metteur en scène plus que pour découvrir des pièces ou pour voir des comédiens. Mais j’ai des metteurs en scène de prédilection comme Peter Brook qui est pour moi un modèle de grand et beau théâtre populaire ou Declan Donnellan. Il y a aussi des endroits que j’affectionne comme Les Bouffes du Nord. Je suis un spectateur très « difficile » mais en même temps très indulgent car je sais toute la difficulté de cet art si exigeant qu’est le théâtre. J’ai le souvenir d’un formidable spectacle à l’Odéon: l’illusion comique monté par Giorgio Strehler. Tout était magique : les comédiens, la lumière… Il y a un autre spectacle magnifique qui me revient en mémoire : 4.48 psychose, le texte de Sarah Kane monté par Claude Régy aux Bouffes du Nord avec Isabelle Huppert, seule en scène milieu plateau sans bouger pendant 2 heures. Un spectacle extatique !

Et pour conclure, le mot « théâtre » que vous préférez

Sous et sur le grill ! (rire)

Propos recueillis par Elisabeth Donetti 

Site web : http://www.lacompagniealcandre.com

Actuellement à l’ESSAION THÉÂTRE :

RACINE PAR LA RACINE

Chaque mercredi à 20h jusqu’à fin juin 2014

Du mercredi au samedi du 3 au 19 juillet 2014 à 20h (11 représentations)

Et au festival Off d’Avignon 2014 du 4 au 25 juillet à l’Essaïon Avignon

 

MOLIERATUS

Du jeudi au samedi à 20h jusqu’au 28 juin 2014

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UN CAFE AVEC Nelly Le Grévellec, directrice et programmatrice du théâtre DUNOIS, un théâtre à Paris pour l’enfance et la jeunesse

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Coup de théâtre • Bonjour Nelly, comment définiriez-vous le théâtre Dunois ?

Je dirais que c’est le seul théâtre exclusivement jeune public à Paris et identifié comme tel. Mais nous sommes aussi et avant tout un théâtre de quartier. Avant d’être un théâtre jeune public, le lieu a d’abord été le creuset d’une certaine avant-garde musicale (jazz, musique improvisée…) puis s’est converti à la danse contemporaine et au théâtre. L’ADN du théâtre DUNOIS est issu de toutes ces histoires, de toutes ces aventures artistiques.

Vous parlez d’un théâtre de quartier. C’est vrai que vous êtes implanté dans le 13ème arrondissement depuis très longtemps.

Oui, depuis 1977 exactement ! Aujourd’hui nous avons à cœur d’associer la vie de ce théâtre à la métamorphose architecturale du quartier. Je trouve important que les enfants et leurs parents s’interrogent sur cette ville en mutation, se projettent dans ce concept du « Grand Paris ». J’aime bien comparer le théâtre à un phare : même si les gens n’y viennent pas, qu’ils sentent que c’est un repère important, un lieu d’ancrage symbolique.

Quelle est la vocation du théâtre Dunois aujourd’hui ?

Notre vocation est double. D’abord proposer aux enfants et aux adolescents des spectacles singuliers, intellectuellement et esthétiquement exigeants pour les aider à réfléchir, à s’interroger et donc à grandir. Et aussi promouvoir des artistes audacieux qui ont envie d’emmener les spectateurs pas forcément là où ils s’attendraient à être conduits. Le théâtre Dunois, c’est au final, une alchimie entre un théâtre de recherche et des spectateurs curieux !

Comment élaborez-vous votre saison ? Quels critères guident vos choix ?

Selon différents critères : d’âge, de discipline, et de difficultés d’approche… Je programme des spectacles pour trois catégories d’âge : la petite enfance, les 6-10 ans et les adolescents, Je fais également une distinction entre les spectacles déjà créés et les spectacles en création. Cette année par exemple, on a 9 créations sur 14 spectacles, c’est-à-dire que je programme des compagnies, dont je connais et apprécie l’univers et la qualité du travail, uniquement sur un projet.

Dans votre programmation, quelle est la part de productions invitées et des productions « maison » ?

Nous n’avons que des productions invitées car nous n’avons pas de budget artistique pour faire fonctionner une compagnie en propre. Notre but, c’est d’apporter aux compagnies un public bien sûr et une visibilité. Pour l’économie d’une compagnie, un lieu comme le nôtre est important parce qu’il joue un peu le rôle d’Avignon. Un spectacle, pour exister, doit rencontrer un maximum de diffuseurs et pour les rencontrer, il faut un endroit précis, stratégique, qui concentre les acheteurs potentiels. Un passage au théâtre Dunois permet aux compagnies de montrer leur travail à beaucoup de programmateurs issus des 4 coins de l’hexagone, et ainsi assurer leur viabilité économique pour les saisons suivantes. Dans tous les cas, les compagnies aiment se produire ici pour les bonnes conditions techniques qui leur sont offertes ainsi que pour le rapport privilégié avec les spectateurs qu’offre notre salle.

Parlez-nous de cette saison 2013/2014

C’est difficile de privilégier des spectacles en particulier mais c’est vrai qu’on a eu quelques temps forts avec notamment la trilogie « Once Upon a time » de la comédienne Colette Garrigan et ses trois spectacles formidables Sleeping beauty, Mary Brown et Crowning Glory. Pour clore la saison, nous présentons également une pièce de l’auteur norvégien Jon Fosse Le manuscrit des chiens II/ Quelle merveille ! Cette pièce fait partie d’une trilogie dont les 2 autres volets ont été créés les années précédentes par L’Amin Cie théâtrale qui clôt ainsi trois années de résidence chez nous. Les 3 spectacles seront d’ailleurs représentés dans la même journée, le 8 juin dès 14h afin de mettre un point d’orgue à notre collaboration avec le metteur en scène Christophe Laluque.

Quel est votre public ?

En scolaire, il vient de tout Paris et des banlieues proches, avec environ 40% d’écoles du 13eme arrondissement et 60% des autres arrondissements et petite couronne. C’est vrai que la ligne 14 a tout changé ! Pour le public familial, c’est plus difficile à cerner, il y a un public de quartier, de Paris, d’Ile de France et de province.

La baisse des subventions publiques vous pénalise-t-elle ?

Pour l’instant l’impact est peu sensible, le pire est sans doute à venir. Dans l’absolu, on sait faire avec peu, on a toujours su travailler avec des moyens limités. On résistera peut-être mieux que les grosses structures. Curieusement notre notoriété est proportionnellement supérieure à nos moyens financiers.

Comment l’expliquez-vous ?

Je pense qu’elle provient d’abord du fait qu’on est un lieu parisien et qu’à ce niveau, on est visible de toute la France. On dispose également d’un certain nombre d’outils de communication (publications, site web,…) qui nous sont utiles pour développer la visibilité du lieu et mettre en avant la singularité de nos spectacles. La Gazelle, par exemple, le journal du théâtre Dunois, permet de prolonger la réflexion sur les thématiques qui sont abordées dans les spectacles que nous programmons.  

Quels sont les projets du théâtre ?

Le théâtre Dunois va s’associer l’année prochaine à l’opération La belle saison qui sera lancée officiellement cet été en Avignon par la Ministre de la Culture Aurélie Filippetti. L’objectif de cette Belle Saison avec l’Enfance et la Jeunesse, c’est de soutenir le théâtre jeune public, en favorisant les synergies et les collaborations entre tous les acteurs du terrain. En Ile de France nous sommes une plateforme de référence sur cette opération. Le spectacle vivant pour le jeune public va ainsi être mis à l’honneur sur l’ensemble du territoire grâce à ce coup de projecteur qui durera jusqu’en décembre 2015.

Quel a été votre parcours avant de diriger le théâtre Dunois ?

A la base, j’ai fait des études littéraires, fréquenté les mouvements militants du début des années 70, où l’on rencontrait beaucoup d’artistes. Les hasards et les rencontres de la vie m’ont conduite au théâtre Dunois au tout début de sa création. J’ai codirigé le théâtre Dunois comme lieu réputé pour le jazz, puis comme lieu pluridisciplinaire, ensuite j’ai créé ce théâtre à Paris pour l’Enfance et la Jeunesse. J’ai l’impression d’avoir vécu plusieurs vies : comme les chats! (rire)

Et pour conclure, le mot du « théâtre » que vous préférez ?

Dramaturgie !

Propos recueilis par Elisabeth Donetti 

THÉÂTRE DUNOIS

7 rue Louis Weiss • 75013 Paris

Accès : Bibliothèque F. Mitterrand (ligne 14), Chevaleret (ligne 6)

Tel: 01 45 84 72 00

www.theatredunois.org

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UN CAFÉ AVEC Murielle Magellan, dramaturge, romancière, scénariste

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Coup de théâtre • Bonjour Murielle, comment êtes-vous « née » au théâtre et à l’écriture théâtrale ?

J’ai découvert le théâtre très jeune au Club de théâtre amateur de Montauban, où j’ai grandi. J’ai joué pendant toute mon adolescence et à  17 ans, je suis partie à Paris pour suivre les cours d’une école de chansons « Le studio des variétés », parce que j’écrivais des chansons également à l’époque. Puis je me suis inscrite en fac de lettres et j’ai été reçue comme élève comédienne à l’Ecole du Théâtre national de Chaillot. C’est à cette époque que j’ai commencé à écrire des petits textes, des petites scènes. A la sortie de Chaillot, j’ai eu du mal à travailler comme comédienne et l’idée m’est venue d’écrire mes propres pièces pour m’offrir des rôles. J’ai écrit une première pièce qui s’appelait La saveur subtile des dinosaures, dans laquelle j’ai joué. La pièce racontait l’histoire d’une femme tiraillée entre plusieurs hommes, c’est-à-dire en réalité entre plusieurs schémas de vie. J’explorais déjà mes thèmes de prédilection: où est la vérité ? Où est le bon schéma ? Y-a-t-il un bon chemin, un mode d’emploi ? J’ai eu de très bons retours sur le texte et très vite, j’ai réalisé que j’avais un rapport très passionnel, très vif à l’écriture, beaucoup plus qu’au jeu d’ailleurs. Le chemin s’est ouvert, j’ai écrit par la suite Pierre et Papillon et les choses se sont enchaînées.

Comment naît une pièce chez vous ? Quel est le déclic ?

Le déclic, c’est souvent une addition de sensation ou d’observation de la vie, qui passe en moi régulièrement et qui, à un moment donné, va trouver une forme dramaturgique. Au départ, c’est du vécu : j’observe quelque chose en moi, je ressens quelque chose du monde, qui d’ailleurs ne fait pas tout de suite idée ou récit. Et tout à coup, les choses s’incarnent, s’illustrent, se formalisent. Ca devient une idée de pièce, puis l’idée devient un désir de raconter. Et quand ce désir persiste, cela veut dire qu’il faut y aller !

Pourquoi, à un moment donné, faire le choix d’écrire une pièce plutôt qu’un roman par exemple ?

Je pense que le sujet induit la forme. Comme je suis un auteur multiforme, je suis très à l’écoute de ce que l’idée porte en elle comme forme. Par exemple, mon deuxième roman Un refrain sur les murs raconte l’histoire d’une femme de manière très introspective. Au théâtre, il aurait été compliqué de décrire cette intériorité, alors que le roman l’appelle en quelque sorte. C’est un peu la même chose pour N’oublie pas les oiseaux (ndlr : dernier roman de Murielle Magellan) qui raconte 15 ans de vie et porte quelque chose d’épique, de romanesque. Le roman se prête davantage à l’histoire. Si je n’étais que dramaturge, je me serais certainement posée la question du « comment faire » pour raconter cette histoire sous forme de pièce, de scénario ou de chanson mais c’est l’avantage d’être un auteur pluriforme!

Vous êtes comédienne de formation. Cela vous aide-t-il dans le processus d’écriture ?

Oui, indéniablement même si c’est avant tout une histoire de goût. Moi qui aime un théâtre vivant, un théâtre « ici et maintenant », un théâtre qui m’émeut, qui me transporte, c’est un plus. Car le fait d’avoir été comédienne permet de savoir accéder à ses émotions, de les identifier et bien sûr de ressentir et connaître la vie du plateau. Molière est un grand exemple de ça ! Le dramaturge qui n’a jamais été comédien risque  peut-être de produire un théâtre un peu théorique, un peu didactique.

Pierre et papillon

Quand vous écrivez une pièce, vous projetez-vous déjà dans une idée de mise en scène ou vous attachez-vous prioritairement à l’écriture et au propos ? 

Je suis quelqu’un de plutôt concentré sur le propos, les personnages et l’écriture. Je n’aime pas, par exemple, avoir des comédiens en tête parce que j’aime être libre avec mes personnages, j’aime les faire exister en tant que tels, les comédiens ne viennent qu’après. De la même façon, je ne me projette pas dans une mise en scène, j’aime l’idée qu’un metteur en scène vienne s’emparer de mon texte pour y mettre son univers.

Pourtant, en vous lisant, on trouve beaucoup de didascalies très précises.

Oui, c’est vrai parce qu’au fond je sais où j’ai envie d’aller. Les didascalies servent à donner un éclairage au texte. Ceci étant, le metteur en scène est libre d’en tenir compte ou pas. J’ai eu de très bonnes surprises d’ailleurs sur Pierre et Papillon.

Traits d'unionEst-ce important de confier la mise en scène à un proche (ndlr Bernard Murat pour Traits d’Union) ou du moins, à quelqu’un dont vous connaissez le travail ?

Pour une toute première création, c’est important pour moi de connaître le metteur en scène, c’est-à-dire de sentir qu’il est sensible à mon univers et qu’il l’a bien identifié. Encore une fois, j’aime bien l’idée qu’un metteur en scène apporte son univers au mien. En revanche, je n’aime pas l’idée qu’il se serve de mon texte seulement comme de la matière. C’est comme un mariage au final, ce sont deux personnalités qui se rencontrent, qui se complètent mais qui ne doivent pas se posséder. Ceci étant, une fois que la pièce est créée, je trouve qu’elle ne m’appartient plus, qu’elle appartient au public et qui veut la monte. C’est là la véritable récompense ! En parlant de Bernard Murat, j’ai une histoire particulière avec lui.Quand j’étais toute jeune, j’ai été sa seconde assistante. Puis les années ont passé, on s’est complètement perdu de vue. Quand Pierre et Papillon a commencé à avoir du succès à Avignon et à Paris, j’ai appris à l’époque que le théâtre des Mathurins, que dirigeait Bernard, était intéressé par la pièce. Au final, il a pris la pièce. Le jour de la Première, je suis montée le voir dans son bureau et je lui ai dit Murielle Magellan, c’est moi, j’avais changé de nom entre temps ! Il était très ému, il m’avait quitté jeune assistante, il me revoyait auteure ! Du coup, il a demandé si j’avais d’autres pièces, il a lu Traits d’Union, il a aimé et il l’a montée !

Participez-vous au travail de mise en scène ou laissez-vous « carte blanche » ?

Généralement, je laisse le metteur en scène travailler même s’il m’est arrivé d’intervenir. Pour la création de Pierre et Papillon par exemple, j’étais assez impliquée, j’ai dit des choses, qui ont été retenues ou pas, c’est normal. Lorsque Bernard Murat justement a monté Traits d’Union, j’ai pu assister aux répétions mais je ne suis pas beaucoup intervenue parce que c’était bien tout simplement. Pour la petite histoire, il m’est arrivée aussi de mettre en scène, notamment l’une des soirées du Paris des Femmes  2013 mais j’évite d’échanger trop avec les auteurs. J’aime qu’on se fasse confiance mutuellement. En revanche, je n’ai jamais mis en scène l’une de mes pièces. Ca ne me tente pas pour l’instant, ça viendra peut-être plus tard.

Quelles sont, ou ont été, vos influences théâtrales ?

Chez les auteurs, les classiques, je suis une grande amoureuse de Racine par exemple. Plus proche de nous, j’aime beaucoup Tennessee Williams qui a apporté une grande modernité dans l’écriture théâtrale. J’ai beaucoup lu Peter Brook également – ce qu’il dit de la vie au plateau est passionnant – Antonin Arthaud, Stanislavski et la méthode de l’Actor’s Studio. Je me suis construite en essayant d’explorer beaucoup de formes de théâtre, même si le théâtre que j’écris est un théâtre très contemporain, très doux-amer, grinçant, sur le fil. J’aime bien écrire en creux, de manière très suggérée, très pointilliste, ce qui ne veut pas dire que les thèmes que j’explore ne sont pas graves ou lourds.

Quel type de théâtre aimez-vous voir aujourd’hui ?

Quand je vais au théâtre, ce qui est devenu plus rare par manque de temps, je vais au Rond-Point, au théâtre de l’Œuvre, au théâtre de l’Atelier. Je vais également dans des « petites » salles pour découvrir de nouveaux auteurs, on y découvre des « perles » de temps à temps, comme Le mec de la tombe d’à côté qui a rencontré un beau succès. Dans tous les cas, je vais voir un théâtre qui m’émeut, me touche, qui parle à mon cœur avant de parler à ma tête en quelque sorte, qui m’apporte aussi un regard ou un éclairage. En revanche, je n’aime pas un théâtre qui veut m’expliquer quelque chose, me donner à penser, me faire une démonstration de quoi que ce soit.

Parlons de votre actualité. Vous avez publié en janvier un roman autobiographique « N’oublie pas les oiseaux » et venez de cosigner le scénario d’un film avec la comédienne Audrey Dana.

Oui, j’ai coécrit avec Audrey le scénario d’un film qui va sortir le 4 juin et qui s’appelle Sous les jupes des filles. C’est une expérience formidable, très joyeuse. Le sujet -les femmes dans tous leurs états – nous plaisait beaucoup à toutes les deux. Je ne connaissais pas Audrey mais j’ai appris à la connaître en écrivant et je l’ai même dirigée dans deux des pièces du Paris des Femmes 2013. On est très différentes l’une de l’autre mais on a la même envie d’une parole libre, honnête, qui n’a pas peur de nommer les choses. On s’est vraiment reconnues artistiquement et humainement. Une très belle rencontre qui va nous porter peut-être vers des projets théâtre ! Concernant mon roman d’ailleurs, j’écrivais le matin N’oublie pas les oiseaux et l’après-midi le scénario avec Audrey ! Des journées chargées mais qui se complétaient bien au final puisque j’explorais mon histoire de femme à moi le matin et des histoires de femmes l’après-midi. Au fur et à mesure de l’écriture, je me suis aperçue que je ne faisais rien d’autre que d’écrire la même chose ! (rire). Audrey a d’ailleurs été l’une de mes premières lectrices. C’était précieux car elle a validé l’audace qui consistait à montrer cet amour nu, à le raconter « au scalpel ». Dans N’oublie pas les oiseaux, je raconte une histoire d’amour sur 15 ans avec ses bonheurs et ses souffrances. C’est l’éducation sentimentale d’une jeune femme un peu naïve, curieuse, et qui a le goût du risque, avec un homme Don Juan, plus âgé qu’elle, flamboyant et ombrageux. Au travers de cet amour mouvementé, elle devient femme et artiste, elle se construit.

Merci Murielle. Et pour conclure, le mot « théâtre » que vous préférez ?

La coulisse. Normal pour un auteur ! (rire)

Propos recueillis par Elisabeth Donetti 

POUR ALLER PLUS LOIN :

Suivre l’actualité de Murielle Magellan sur twitter et facebook 

Retrouvez l’interview de Murielle dans La Grande Librairie le 6 mars 2013

vz-1da2c96e-b4a8-4208-a5b3-6c7f861c4351PIERRE ET PAPILLON de Murielle Magellan

Théâtre de Ménilmontant, 15 rue du retrait, 75020 Paris

Les 26 avril,3 mai à 20h30

 

20667116SOUS LES JUPES DES FILLES d’Audrey Dana

Scénario Audrey Dana et Murielle Magellan

Sortie le 4 juin 2014

 

 

UN CAFE AVEC Delphine Robert et Elise Dubroca, compagnie de théâtre à domicile L’EFFET DU LOGIS

Delphine Robert

Delphine Robert

Elise Dubroca

Elise Dubroca

Coup de théâtre ! Bonjour Delphine et Elise, comment est née la compagnie L’EFFET DU LOGIS ?

Delphine Robert: Tout est parti d’une rencontre fin 2005. J’avais en tête l’idée de proposer un théâtre professionnel à domicile, proche du public. J’ai soumis le projet à une comédienne que je connaissais bien au niveau du jeu (ndlr : Valérie Français). Elle a accepté de se lancer dans l’aventure et la compagnie est née en 2006. On a commencé par concocter une pièce « Le vernis craque » qui traitait de la différence entre l’être et le paraître. On l’a beaucoup jouée à domicile puis est né un deuxième spectacle « Sans entracte » avec Elise qui, entre temps, avait rejoint la compagnie. Progressivement, on a eu envie de proposer des pièces personnalisées, inspirées des vraies vies de nos hôtes!

Elise Dubroca: C’est vrai qu’on a rencontré un beau succès avec « Sans entracte » dans lequel on insufflait déjà des allusions, des clins d’œil à la vie des gens. Ca nous a permis de roder en quelque sorte notre principe de pièce personnalisée. On sentait que le public réagissait très bien à ce concept.

Quel type de pièce proposez-vous à domicile ? Avez- vous plusieurs « formules » ?

Delphine: Oui, on propose trois types de pièce, généralement à l’occasion d’anniversaires, de fêtes surprises chez des particuliers. D’abord, des pièces « imposées » dont on parlait à l’instant, par exemple « Le vernis craque » (pièce composée de saynètes enlevées d’auteurs riches et variés autour du thème de l’être et du paraître), qui dure 50 minutes. C’est l’occasion de faire découvrir ou redécouvrir des auteurs talentueux et pas toujours connus. Ensuite, on propose des pièces « personnalisées » : on part généralement d’une trame commune dans laquelle on insuffle des pastilles, des clins d’œil liés à la vie des personnes. Ces pièces durent 40 à 50 minutes. L’idée, c’est vraiment « Et si votre histoire devenait une pièce de théâtre », racontez-nous des anecdotes, sur vous, votre famille, vos invités et nous en faisons une pièce unique ! Et puis, on fait des 100 % « sur mesure », qui sont des pièces uniques écrites de A à Z et qu’on ne joue qu’une seule fois !

Elise: On a également déjà répondu à des demandes venant d’entreprises qui souhaitent fédérer leur équipe autour d’une expérience théâtrale hors du commun. On crée alors un programme sur mesure, inattendu qui marque les participants !

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Comment préparez-vous les pièces personnalisées ? C’est un gros travail en amont j’imagine.

Elise: Oui, ça nécessite au départ un certain investissement. Quand on reçoit une demande, on rencontre les personnes de manière à recueillir des informations sur la personne pour qui nous jouons : personnalité, goûts, grandes étapes de vie, afin de nourrir notre inspiration pour l’écriture de la pièce. On essaye toujours de rencontrer plusieurs personnes de l’entourage (amis, famille,…) pour avoir des angles de vue différents. Après avoir interviewé un petit groupe mis dans la confidence, on écrit, on répète et on joue ! On est toujours vigilantes cependant sur les sujets « sensibles » qui pourraient blesser, rappeler des souvenirs douloureux ou dévoiler indirectement des secrets de famille.

Delphine: Ces interviews « préparatoires » sont très appréciés car ils permettent aux gens de parler, de s’ouvrir, de se livrer. Ils nous accordent beaucoup de confiance, ce qui est un confort de travail formidable pour nous ! On a de très beaux souvenirs de sur mesure. Je me rappelle d’une jeune femme qui fêtait son anniversaire et son mari nous avait confié qu’elle adorait les contes de fée. Du coup, on a joué « à fond » la carte du conte rocambolesque avec le soulier de Cendrillon dans l’escalier, l’aboyeur qui présente les invités, etc…

Concrètement, le jeu à domicile requiert-il des contraintes particulières ? Repérez-vous à l’avance les appartements par exemple ?

Elise: Non, on ne repère pas à l’avance. Généralement, les personnes nous décrivent la configuration des lieux par téléphone, ce qui nous suffit. On a déjà joué d’ailleurs dans des appartements très petits. En revanche, on ne joue pas devant moins de 15 personnes. En moyenne, le public, c’est 20/40 personnes. On répond même à une demande pour 60 personnes en ce moment.

Delphine: Mais on veille toujours, par le jeu des éclairages, à recréer une vraie scène, à maintenir une distance minimum avec le public, de manière à ne pas être trop intrusif, il est important de le laisser libre de ses réactions. On ne veut pas qu’il se sente piégé.

Justement, en quoi le rapport au public est-il différent dans le théâtre à domicile ?

Delphine: La grande différence, c’est qu’au théâtre classique, le public choisit d’aller voir une pièce alors qu’à domicile, il ne choisit pas. Nous ne sommes pas attendues ! Du coup, on se sert à fond de cet effet de surprise. On est encore plus actives pour être avec eux, les embarquer, les entraîner avec nous. Néanmoins, le fait que le public soit constitué d’amis, provoque une étonnante chaleur humaine et une écoute complice forte. On n’a jamais l’occasion de partager un spectacle, qui plus est personnalisé, avec 30 voir 50 de ses amis !

Elise: Il faut être très perméable, réactif à ce qui se passe. Personnellement, à domicile, je me sers davantage des réactions, des retours du public qui me permettent éventuellement de rebondir, de créer des mini improvisations, qui servent le spectacle, chose que je ne fais pas au théâtre « classique ».

En parlant public et rencontres, avez-vous des anecdotes savoureuses à ce sujet ?

Elise: Des anecdotes savoureuses, je ne sais pas, mais des moments très forts de communion, de partage, oui absolument ! Des personnes qui pleurent, qui ne veulent plus nous laisser partir, qui tombent amoureux (rires) ! La préparation des spectacles et les spectacles en eux-mêmes nous permettent de nouer une relation très forte de complicité, d’amitié, voir d’intimité car certaines personnes se livrent beaucoup pendant les interviews et partagent un moment unique avec nous pendant la représentation.

Delphine: C’est justement la vocation de la compagnie ! Tisser des liens forts et authentiques entre spectateurs et acteurs, rencontrer le public de cette manière là. J’ai toujours en tête et, c’est aussi une différence avec le classique, les gens qui, en fin de spectacle, nous regardent, qui auraient bien aimé nous parler, sans oser. A domicile, on a justement cette possibilité d’échanger avec le public et c’est toujours un moment un peu magique, pour eux comme pour nous. On garde d’ailleurs souvent contact avec des personnes chez qui on a joué et qui font fonctionner le bouche à oreille ! Et puis il y aussi ceux qui nous disent après la représentation « Moi je ne vais pas au théâtre mais là, vous m’avez donné envie d’y aller ! » et ça, c’est la plus belle récompense !

Valérie Français

Valérie Français

Comment vous répartissez-vous les tâches au sein de la compagnie (écriture, mise en scène,…) ?

Delphine: C’est avant tout un travail d’équipe : on se déplace, on rencontre nos futurs hôtes, on écrit les pièces et on joue ensemble. Mais je m’occupe généralement des premiers contacts téléphoniques. J’essaye de bien comprendre l’univers du public, ce qu’il attend et ce qu’on peut lui apporter en plus, tout cela pour proposer un spectacle adapté et insolite. Mais il faut aussi veiller à la faisabilité des choses.

Elise: Je suis un peu plus orientée écriture et mise en scène, en partant toujours de mon envie, « qu’est ce que moi j’aurais envie de voir ? ». Mais au final on se complète très bien toutes les 3 (ndlr : avec Valérie Français). Delphine et Valérie canalisent mes excès de créativité, mon petit grain de folie (rire) ! On est toutes très animées par l’envie de créer et d’inventer de nouvelles choses.

Et sinon, quels ont été vos parcours avant la compagnie ?

Elise: J’ai commencé le théâtre très jeune à l’âge de 7/8 ans avec une institutrice qui était passionnée de théâtre. Je me suis formée dans pas mal de clubs de théâtre à Paris et aux Etats-Unis à the American Academy of Dramatic Art. J’ai terminé ma formation à l’école de la rue Blanche. J’ai beaucoup joué dans du théâtre contemporain, qui est le type de théâtre qui m’intéresse le plus. J’estime que le théâtre est quelque chose qui doit être ancré dans son époque, relever du « ici et maintenant ». Aujourd’hui, j’ai beaucoup plus envie de créer, d’écrire, de mettre en scène.

Delphine : Je ne viens pas du tout d’un milieu artistique au départ. Mais dès l’école primaire, j’ai senti tout de suite un déclic, une évidence, un bonheur énorme de jouer. Et l’envie de devenir comédienne ne m’a plus jamais quittée. J’ai fait une école de commerce tout en suivant le cours Simon. J’ai joué beaucoup par la suite, aussi bien dans le théâtre classique que contemporain. Aujourd’hui, parallèlement au théâtre à domicile, je fais de la formation en art oratoire pour les médecins et les avocats. J’interviens aussi en tant que comédienne et scénariste sur le thème de la relation médecin/malade en collaboration avec des membres talentueux de la Société Française de psycho oncologie. C’est passionnant, on se sent utiles !

Merci ! Quels sont les projets de la compagnie ?

Delphine: On a le projet de travailler avec une galerie d’art qui combine art pictural et art culinaire et qui souhaiterait nous associer à des soirées événementielles. L’idée est d’écrire une pièce pour des personnes qui sont à table et qui, par un procédé original et malicieux sont amenées à entendre la conversation de la table d’à côté … Nous envisageons de corréler le texte à la cuisine proposée. On n’en dit pas plus pour le moment, on est en pleine création. Mais c’est un chantier passionnant !

Propos recueillis par Elisabeth Donetti

Compagnie L’EFFET DU LOGIS
www.leffetdulogis.com
Tel : 06 10 30 68 48
Mail : contact@leffetdulogis.com

UN CAFÉ AVEC David Barrouk, coach d’acteurs, Method Acting Center (Paris)

PHOTO DAVID

Bonjour David, vous avez créé Method Acting Center en 2002. Quelle est la vocation de l’école ? A qui s’adresse-t-elle ?

Je dirais de façon basique que l’école sert à former des acteurs de théâtre et de cinéma à leur métier, entendons-nous des acteurs réalistes qui répondent à des circonstances données de façon logique, crédible, quel que soit le contexte de jeu, aussi farfelu ou délirant soit-il. On travaille selon la méthode de Stanislavski, de l’Actor’s studio et de ses « disciples » : Michael Chekhov, Stella Adler, Lee Strasberg et le génialissime et pourtant étonnamment méconnu Robert Lewis (ndlr : l’un des trois fondateurs de l’Actor’s studio). Une centaine de comédiens suivent nos ateliers chaque année. On a environ un quart de professionnels, deux quarts de personnes qui veulent en faire leur métier et un dernier quart qui « essaye », soit au final 75% de personnes qui s’inscrivent dans une démarche professionnelle.

En quoi consiste votre travail de coach ?

Au départ, avant d’être coach, je suis d’abord un enseignant qui transmet une méthode, des techniques, un savoir-faire. Ensuite, si je fais bien mon travail, au bout d’un an, deux ans, je n’ai plus grand-chose à transmettre techniquement parlant et je glisse progressivement vers une activité de coach, c’est-à-dire quelqu’un qui, comme son nom l’indique, entraîne, aiguise les connaissances. Il y a certaines personnes que je coache par exemple depuis cinq, dix ans.

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Quels sont les enseignements clés que vous transmettez à vos comédiens ?

Mon premier enseignement consiste à désacraliser le jeu, décensurer, mettre à l’aise, apprendre par l’erreur et par le plaisir. Le plaisir est un outil pédagogique fondamental. En supprimant les tensions, les souffrances, les peurs, on libère l’imaginaire, la créativité, on permet aux acteurs de se mettre dans une vraie aisance, de façon qu’organiquement, simplement, naturellement ils vont trouver leur propre expressivité. Deuxième enseignement : on ne joue pas le texte, on ne joue pas les émotions, on joue les actions. L’acteur doit avoir une approche 360° de son environnement (où je suis, comment je me sens, pourquoi je suis ici, quel est mon objectif,…). Les émotions et enfin le texte ne sont, en quelque sorte, que des produits dérivés de la situation.Mon rôle, c’est d’apprendre aux acteurs « à ne pas jouer »,c’est à dire à ne pas faire semblant, à ne pas être dans un art de représentation mais dans un art d’expériences véritables, qu’elles soient physiques, psychologiques ou émotionnelles.

N’est-ce pas dangereux justement pour un acteur de vivre une véritable expérience psychologique ou physique ?

Pas s’il y a des gardes fous ! Dans les ateliers, il y a trois règles : ne pas se faire mal ou faire mal à l’autre, respecter la personne physique, prendre du plaisir. Dans la méthode, il y a des moyens d’entrer dans des scènes mais il y a aussi des moyens d’en sortir. Si on utilise du vécu par exemple, on va utiliser du vécu qui est daté. Mais ceci étant dit, pour moi, le vrai risque, c’est justement de ne pas en prendre, de ne pas vivre d’expériences. Sinon, à quoi bon ? Comment nourrir son travail de comédien ? Raison pour laquelle on invite nos comédiens à vivre des expériences pour alimenter leur travail. Mais je veille toujours à faire la différence entre l’intime et le privé. Quand je lance une direction pour le travail d’une scène et que je demande à mes comédiens de chercher dans leur vécu, je ne vais jamais chercher à savoir à quoi, à qui ils pensent. Le privé doit rester privé.

Quelles qualités demandez-vous à vos comédiens ?

Sans hésiter, la capacité d’émerveillement et de curiosité. Je leur demande de « jouer le jeu », de sortir des 2 ennemis fondamentaux selon moi à toute créativité : être blasé et comme on dit familièrement « se la jouer ». « Se la jouer » en acting, c’est déjà créer une carapace entre le monde extérieur et soi-même, qui entrave la créativité, la fraîcheur, l’émerveillement. Et puis, bien sûr, je leur demande du travail, de la persévérance. Pour réussir, comme le disait Brando, 1% de talent, 99% de travail….

Et quelles sont les qualités d’un bon coach ?

A mon avis, il y en a 3. Un bon coach doit d’abord être capable d’inspirer, d’être évocateur, d’allumer chez l’autre l’étincelle de la créativité, en proposant, en séduisant l’imaginaire mais jamais, encore une fois, en imposant. Ensuite, il doit savoir donner de la confiance aux acteurs, s’inscrire dans une pédagogie enthousiaste, positive. Et puis, être honnête intellectuellement, c’est-à-dire avoir conscience que son rôle n’est pas de donner un avis personnel ou de rendre un jugement sur telle ou telle personne de manière subjective. Il faut être vigilant sur ce point car les frontières sont très poreuses dans ce métier. Je dirais enfin d’une manière plus générale qu’il est important pour un coach d’avoir « tâté de la scène » pour connaître les challenges, les problématiques qui se posent à un acteur et pouvoir ensuite transmettre en connaissance de cause. Il faut avoir été de façon organique à la place de l’acteur pour vraiment l’aider et l’accompagner.

Y-a-t-il une différence entre coacher des acteurs pour le cinéma et pour le théâtre ?1891237_716567785050281_143719052_n

Non, on les coache de la même façon. La seule différence réside dans la projection de gestes et de la voix, autrement dit « sur-physicaliser » ou « sous-physicaliser » sa performance selon les contraintes spatiales, techniques données (taille d’une salle, extérieur/intérieur,…). Mais au final, le seul impératif pour un acteur, théâtre ou cinéma, c’est la recherche de la vérité, c’est d’être juste, c’est d’être connecté. La vérité intérieure a un goût unique qu’on ressent de la même façon au théâtre qu’au cinéma.

Qu’est-ce qui vous intéresse dans ce métier ? En quoi est-ce complémentaire de vos autres activités de scénariste/réalisateur/producteur ?

Je dirais que ce métier m’intéresse parce que l’humain m’intéresse. Dans le coaching, on est très profondément ancré dans l’humain. Et puis mon activité de coach me sert énormément dans mon activité de réalisateur. Le fait d’avoir une connaissance profonde, intime du travail de l’acteur me permet sur un tournage de me sentir en confiance avec eux, d’être à l’aise, de les faire travailler de manière à obtenir ce que je souhaite. A un niveau plus personnel, c’est agréable de pouvoir travailler avec des acteurs. Ça me permet de déconnecter un peu de mes univers, de me « rafraîchir ».

Parlez-nous de vous. Quel a été votre parcours ?

J’ai d’abord suivi des ateliers en France comme acteur. J’étais passionné par le coaching d’acteurs déjà à l’époque et j’ai participé un jour à Paris à un colloque sur « le siècle Stanislavski ». Déclic, je découvre cette méthode que je trouve ludique, accessible et très pragmatique et je décide de partir à New-York pour me former à la Méthode. Pendant 2 ans et demi, j’ai suivi les cours du Herbert Berghof Studio et du Michael Chekhov studio, tout en jouant sur la scène off de Broadway. Expérience phénoménale en termes d’apprentissage, de rencontres,… Je suis rentré en France et les choses se sont enchaînées assez naturellement, j’ai réalisé des courts et des moyens métrages qui ont été beaucoup diffusés et récompensés, j’ai créé un pool d’écriture de scenarii et j’ai commencé à coacher des acteurs en France qui étaient intéressés par mon expérience américaine. J’ai monté un atelier de coaching informel en 2000 qui est devenu Method Acting Center en 2002.

Que tirez-vous de cette expérience américaine ?

Ce que j’ai appris par-dessus-tout : l’amour et la passion d’un art se combinent parfaitement avec la désacralisation et l’irrévérence. Rien ne doit être figé, poussiéreux que l’on s’attaque à des contemporains ou des classiques. D’ailleurs Jouvet en parlait très bien « la tragédie, c’est du sport » les choses doivent être tangibles, physiques, ne rien mettre sur un piédestal.

Merci David. Et pour conclure, quels sont vos projets ?

Pas mal de choses ! Je suis en train de finir mon premier long métrage, qui a été tourné en Angleterre. J’ai aussi le projet de créer au sein de Method Acting Center avec les élèves de l’école un pôle production pour développer des projets cinéma et théâtre. Et puis l’écriture ! Je termine un livre sur l’acting, dont l’objectif est de compiler les enseignements de la Méthode Stanislavski, de les faire redécouvrir, de les rendre très accessibles et, encore et toujours, paradoxalement, de les démystifier pour mieux en maîtriser la magie. Tiens, à propos de démystification, le livre devrait s’intituler… « STAN » !

Propos recueillis par Elisabeth Donetti 

Pour aller plus loin :

www.methodacting.fr

www.davidbarrouk.com

 

 

 

UN CAFÉ AVEC Laurence Jeanneret, comédienne, professeur de théâtre aux Ateliers Seguin (Paris)

Laurence Jeanneret - Cpyright visuel Emmanuel Louis

Copyright visuel Emmanuel Louis

Bonjour Laurence, depuis combien de temps enseignez-vous le théâtre ? Comment avez-vous choisi cette voie ? 

Je n’ai pas vraiment choisi, ca a été une évidence. J’ai été comédienne tout au long de ma vie. Je suis arrivée à un âge où j’ai eu envie de partager mes sensibilités, mes expériences et surtout écouter les autres… Donc je ne donne pas des cours de théâtre, je n’aime pas le mot cours, je ne suis pas un prof, je partage des émotions avec des gens qui ont envie d’en partager avec moi.

Qu’est ce qui vous gêne dans ce mot prof ?

C’est un peu présomptueux de dire :« je sais des choses que vous, vous ne savez pas ». C’est même prétentieux. Après avoir beaucoup lu, écouté, et regardé, à la Sorbonne et aussi dans de grandes écoles de théâtre, j’ai compris que ces méthodes pédagogiques souvent contraignantes et ennuyeuses,  ne me convenaient pas, et qu’il fallait créer une pédagogie personnelle. J’adore les métaphores culinaires. Je fais donc « à la carte » et non pas «  au menu » !

Qu’avez-vous envie de transmettre à vos élèves ?

Je n’aime pas le mot transmettre. Je préfère les mots donner, partager. Mes élèves vont d’abord découvrir des choses sur eux-mêmes, apprendre à s’accepter tels qu’ils sont, avec leurs qualités et leurs défauts, et faire si possible que leurs défauts deviennent des qualités. Je pense que le théâtre est un moyen d’apprivoiser son image, de prendre conscience de l’effet qu’on fait, d’appréhender le physique qu’on a, de faire avec. Moi, ce qui m’intéresse, c’est d’aider à mieux communiquer avec les autres, à mieux s’exprimer, à oser regarder les gens dans les yeux, à surtout contrôler, dominer et lâcher ses émotions.

Il y a une petite connotation thérapeutique dans ce que vous me dites !

Bien sûr ! Et ça coûte beaucoup moins cher qu’un psy ! (rire). Les progrès sont souvent rapides, et surtout, on rit et on ne s’ennuie pas ! Je n’oblige jamais quelqu’un qui n’a pas envie de faire un exercice, chacun est libre, on n’est pas au boulot ou à l’école ! J’ajoute que mes ateliers sont interactifs, et que chacun peut donner son sentiment, et pourquoi pas, faire des propositions… Pour moi, un cours de théâtre réussi, c’est quand on repart plus léger, plus heureux en partant qu’en arrivant.

Si vous deviez définir votre « style », vous diriez quoi ?

Barré, complètement barré, je suis folle à lier ! (rire) Et je le revendique. Si on n’a pas un grain de folie dans la vie, quel ennui ! J’aime surprendre et être surprise. Mais en même temps, je sais exactement où je vais et ce que je veux, quitte à prendre des moyens détournés. Je suis très exigeante, je considère mes élèves amateurs comme des comédiens professionnels et je leur demande des choses a priori difficiles, mais en m’adaptant au niveau de chacun, pour que tout le monde progresse, tout en veillant à ce que les distributions soient équitables, et que personne ne se sente lésé. Je travaille beaucoup à l’instinct, à l’impulsion, à la passion. Le corps parle autant que les mots. Je fais beaucoup d’échauffement corporel et tout en musique,  car la musique est un merveilleux vecteur d’émotions. Je joue avec mes groupes quelquefois. J’aime bien que mes élèves se moquent de moi (rire). Il faut être humble. Je pense qu’on ne crée de bons cours que si on est bon tous ensemble.  La réciprocité, comme en amour !

Que viennent chercher les élèves dans vos cours selon vous ?

C’est jamais la même chose et c’est ça qui est formidable ! L’important est de créer un groupe, une dynamique de groupe. Généralement en début d’année, les personnes se jaugent,  se jugent, Mais très vite, grâce à des impros rigolotes, cadrées, et ciblées, des exercices personnalisés, la mayonnaise prend…Quand on monte un spectacle, il faut que chacun soit heureux de sa partition et fier de son travail. Donc l’important pour moi, c’est zéro compétition, zéro jalousie mais de la bienveillance, par le biais du rire et de la confiance.

Quels auteurs, quels types de pièce aimez-vous travailler ?

Je suis sortie du Conservatoire il y a une trentaine d’années, à la grande époque de Vitez, Roussillon. Les apprentis acteurs font leurs armes sur les classiques.  Les 2 premières années de mes ateliers, j’ai eu  des velléités de me pencher sur du Molière, Marivaux, Musset, en les modernisant. Mais je me suis vite rendue compte que c’était compliqué à présenter en spectacle.

Pourquoi ?

Parce que le classique est difficile ! Je m’adresse à des amateurs, au sens noble du terme. Le classique requiert beaucoup de technique, ça prend trop de temps. Même si je travaille des classiques pendant l’année sur des textes courts, incisifs, je propose depuis un an plutôt des textes contemporains, accessibles, drôles, parfois crus, dérangeants. Je repique des scènes de film, si possible choisis par mes élèves.  J’aime beaucoup faire découvrir de nouveaux auteurs,  pas forcément des auteurs à la mode. J’aime travailler sur l’émotion. L’émotion, c’est vraiment mon fond de commerce ! Ca donne des spectacles surprenants, très borderline, comme le titre de notre spectacle cette année d’ailleurs !

Quelle est votre plus grande satisfaction en tant qu’enseignante ? Et plus grande frustration ?

La frustration, c’est le manque de temps, j’ai deux heures par semaine  par groupe et c’est toujours un vrai défi de créer un bon spectacle avec 10 participants et seulement 2 heures de travail par semaine, même avec des heures sup ! La grande récompense, ce sont mes groupes qui chaque année font des spectacles formidables, donnent le meilleur d’eux-mêmes, se surprennent eux-mêmes et surtout surprennent ceux qui viennent les voir. 

L’enseignement est-il complémentaire de votre métier de comédienne, que vous exercez parallèlement ?

Absolument ! Je pense que les deux sont complémentaires et j’adore ! J’ai joué un Giraudoux l’année dernière, j’ai tourné, et c’est fou comme, le fait de donner des cours m’a enrichie en tant que comédienne. Demander chaque semaine à mes élèves de faire telle ou telle chose me pousse toujours à me demander : est-ce que je serais capable de faire ce que je leur demande ? Donc, oui c’est formidablement complémentaire.

Vous enseignez, vous jouez et vous mettez en scène. En quoi tout cela se complète ou se différencie-t-il ?  

C’est pareil ! Quand un participant n’arrive pas à jouer ce que je lui demande,  je détourne la chose. Et généralement, ça marche. J’essaie de démécaniser, de faire réinventer, de casser une mécanique trop huilée… Vous savez, quand je mets en scène, je ne sais jamais où je vais à la base. Tout dépend de mes comédiens. C’est en m’inspirant d’eux que je trouve une scénographie adaptée.

Rien n’est jamais figé alors ?

Jamais !!! On doit s’adapter en permanence. Quand je décide de quelque chose, c’est le contraire qui se produit. Par exemple, moi qui suis une grande voyageuse et qui pars deux fois par an en Asie à l’aventure, je peux vous dire que tout ce que je prévois ne se passe jamais comme prévu, c’est tout le contraire qui se produit.

Parlez-nous de votre actualité, de vos projets.

En tant que comédienne, il y a des projets mais je n’en parle pas, par superstition ! (rire). Ca bouge pas mal mais il est encore trop tôt pour en parler. En tout cas, je crois beaucoup aux rencontres et les rencontres boules de neige, j’adore ça.

Merci Laurence ! Pour conclure, quel est le « mot théâtre » que vous préférez ?

Public …et passion !!!!!!

Propos recueillis par Elisabeth Donetti 

Site web de Laurence Jeanneret, c’est ici