Dernière chronique, je devrais dire dernier gros coup de cœur de l’année pour une pièce formidable qu’il est encore temps d’aller applaudir : « Le Temps des suricates » au théâtre des Béliers Parisiens qui offre, à travers le portait de deux acteurs de seconde zone, une touchante réflexion sur le théâtre et la condition du comédien.
Plantons le décor : Oyonnax, petite ville tranquille de l’Ain, accueille ce soir Hamlet en tournée. Dans la loge, les deux « petits » rôles, Mathieu et Édouard, attendent leur entrée sur scène, grâce au « retour plateau » du haut-parleur qui leur permet de suivre le déroulement de la pièce. Mais le temps est long et la conversation s’installe rapidement entre les deux. L’un, Mathieu/Marc Citti, n’ayant réussi qu’à décrocher qu’un simple emploi de figurant, enchaîne petit rôle sur petit rôle depuis des années. Frustré, amer et désabusé à l’encontre d’un métier qui ne l’a pas propulsé là où il l’aurait souhaité, il rêve encore à sa prochaine audition qui pourra peut-être relancer sa carrière. Face à lui, Édouard/Vincent Deniard, concentré et travailleur, a réussi à décrocher le rôle d’Horatio. Mais ce rôle lui permettra-t-il de redorer son blason de comédien alors qu’il est en plein doute sur ses compétences et son avenir ? Tels des suricates, ces petits animaux du désert, le cou toujours tendu à scruter l’horizon, Mathieu et Édouard, compagnons d’infortune, livreront leurs angoisses et leurs espoirs déçus, leurs frustrations et leurs rêves, le temps de cette soirée pas comme les autres.
Courez applaudir ce spectacle, il est formidable ! D’abord un texte « vrai », juste, souvent drôle, parfois féroce (signé Marc Citti) qui sonne comme un véritable plaidoyer pour des centaines de comédiens talentueux, passés par la voie royale (le « Cons.») mais peu demandés, taraudés par un avenir incertain, nostalgiques d’un passé prometteur. Le texte est intelligemment servi par une mise en scène ingénieuse et rythmée (on ne voit pas l’heure passer !) qui nous permet de voyager à travers la vie et l’imaginaire des personnages, entre flashback nostalgiques, pastilles autobiographiques et réalité du plateau. La loge devient le réceptacle des fantômes de leurs passés, des visions de leurs avenirs ou des fantasmes de leur vie. Bien vu ! Et le duo Marc Citti/Vincent Deniard (vu dans Le Porteur d’Histoire) fonctionne à merveille ! Jouant leurs partitions avec une aisance et une complicité irrésistibles, ils offrent une prestation diablement efficace ! Ne manquez pas la dernière représentation parisienne qui aura lieu le 2 janvier. Le spectacle passera peut-être par Avignon l’été prochain.
Le point de vue d’Elisabeth
Théâtre des Béliers Parisiens • 14 rue Sainte-Isaure, 75018 Paris
DERNIÈRE : le vendredi 2 janvier à 19h
Crédit photos : Lisa Lesourd





Vendredi 12 décembre, bras dessus bras dessous et sous la pluie, avec Élisabeth, non nous ne chantons pas « Singing in the rain » mais nous nous rendons joyeusement au théâtre La Bruyère à Notre-Dame-de-Lorette (9e). La représentation terminée, on s’engouffre dans une brasserie remplir notre estomac qui crie famine et échanger – comme à l’accoutumée – nos impressions sur la pièce. D’un mot à l’autre, d’une émotion à une autre, d’un regard à l’autre, une étincelle jaillit : oui nous aimons toutes deux le théâtre et si… et si je rejoignais Élisabeth sur Coup de Théâtre : « Tope là ! » Oui, c’est chose faite. À l’aube de cette nouvelle année, c’est donc avec plaisir que je vous livre ma première chronique : je me suis rendue hier à la Comédie Saint-Michel assister à la représentation « Lisa ». Il paraît qu’on a « revolé » la Joconde.
Cher lecteurs et amis bloggeurs, le blog fête ce mois-ci son premier anniversaire et un petit bonheur ne venant jamais seul, une nouvelle rédactrice me rejoint ! Je suis ravie de partager désormais ma plume avec Carole, secrétaire de rédaction dans le domaine éditorial, qui chroniquera des pièces dans une nouvelle rubrique intitulée Signé Carole ! Sans être à proprement parler une technicienne du théâtre, Carole est une spectatrice avertie, cultivée, amoureuse des beaux textes et ultra-sensible au travail du comédien et à la composition des personnages. Toujours curieuse et enthousiaste à l’idée de découvrir de nouveaux spectacles, de nouvelles compagnies et de nouveaux lieux, elle apportera son regard frais, direct, sincère sur les pièces qu’elle se rejouit déjà d’aller applaudir ! L’idée d’un blog à quatre mains est née comme une évidence un soir d’après spectacle dans une brasserie du quartier Notre-Dame-de-Lorette. Pourquoi ? Parce qu’à deux, c’est deux fois plus de spectacles vus, deux fois plus de chroniques, pour rendre encore mieux compte de l’actualité théâtrale parisienne. Bienvenue Carole, ravie de t’accueillir sur Coup de théâtre !
C’est l’histoire d’une rencontre entre deux femmes. Que rien ne devait réunir. Et que la musique sauvera. Allemagne, dans les années 80. Traude Krüger est une professeure de piano d’un certain âge, aux allures de vieille fille psychorigide et autoritaire, secrètement blessée par un passé qu’on devine douloureux. Elle dispense des cours de piano en prison, où elle rencontre Jenny Von Loeben, jeune taularde néo-punk de 20 ans écorchée vive, incontrôlable et accusée à tort du meurtre de son père qu’elle n’a pas commis. La professeure, d’abord réfractaire à éduquer musicalement la jeune femme, se prendra progressivement d’amitié pour cette rebelle, qui se révélera une musicienne surdouée. Elle donnera toute sa force et sa détermination à la préparer au concours des jeunes pianistes du Conservatoire. Une audition de quatre minutes qui pourra changer le cours de leurs vies. L’opportunité inespérée d’un nouveau départ ?
Dès son entrée en scène dans la demi-obscurité du plateau de l’Atelier vendredi dernier, le charisme de Jacques Weber agit irrésistiblement : une présence physique incontestable, une diction parfaite, une puissance vocale qui interpellent à la première réplique et nous font instantanément comprendre que l’on va assister à un grand moment de théâtre. A l’occasion de 30 représentations exceptionnelles, le comédien se glisse pendant une heure et demie dans la peau de Gustave Flaubert et nous fait découvrir dans un soliloque grandiose et puissant non pas l’écrivain mais l’homme intime, insoumis, anarchiste, libre jouisseur, combattant des petits-bourgeois et de l’étroitesse d’esprit de ses contemporains. Le verbe est haut, les mots souvent crus, la parole libre sur une succession de thèmes variés et d’une formidable actualité : le pouvoir, les femmes, l’amour, la postérité, les honneurs… Un formidable texte signé Arnaud Bédouet et librement inspiré de la correspondance de Flaubert. Car l’auteur de Madame Bovary a laissé une impressionnante correspondance dans laquelle il se laissait aller à une écriture plus libre, plus personnelle, plus truculente sans crainte de l’interdit ni des jugements de son époque et offrait son regard ironique et pessimiste sur l’humanité.
