VERTIGE (danse) – GRAND PALAIS

♥♥♥♥ Le temps de quelques soirées de juin, la nef du Grand Palais s’est transformée sous nos yeux ébahis en une immense volière bruissant de musique et de mouvements aériens. Sous la direction du performeur Nathan Paulin, huit voltigeurs et highliners, vêtus de blanc, ont évolué au-dessus du public avec une légèreté et une grâce incroyables, faisant osciller les sangles tendues de part et d’autre de la verrière. Rien ne semblait troubler la quiétude de ces drôles d’oiseaux perchés au-dessus du vide.

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UN FIL À LA PATTE – THÉÂTRE LE LUCERNAIRE

♥♥♥♥ Quel est donc ce fil à la patte dont on parle ? C’est celui qui lie le jeune et ambitieux Bois-d’Enghien à Lucette, la chanteuse de cabaret, aussi célèbre pour ses chansons que pour ses tocades amoureuses et son tempérament de feu. Situation on ne peut plus épineuse pour lui, car il a d’autres aspirations : il doit se marier le soir même avec la fille de la baronne Duverger et veut annoncer à sa maîtresse, très amoureuse de lui, qu’il la quitte.

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OÜM (Danse) – MUSÉE DU QUAI-BRANLY

♥♥♥♥ « J’entends une voix qui appelle au milieu de la nuit. / Elle crie de l’au-delà : “Gens insouciants, / Réveillez-vous et remplissez le verre du désir / Avant que ne remplisse le verre de la vie, la main du destin.”»
Les  144 Quatrains du poète persan Omar Khayyam, dont est tiré cet extrait, ont servi de source d’inspiration à Fouad Boussouf, chorégraphe et directeur du Phare-Centre chorégraphique national du Havre Normandie, pour ce spectacle. Après Feû, en hommage à sa mère, présenté précédemment dans le cadre du musée du Quai-Branly, il nous offre cette fois une création dédiée à son père. Celui-ci était un fervent admirateur de la diva égyptienne Oüm Kalthoum (qui commença sa carrière au milieu des années 1920), dont la voix ample et le pouvoir d’improvisation électrisaient littéralement les foules.

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FÊU (danse) – vu au musée du Quai-Branly

♥♥♥♥ Fouad Boussouf n’est décidément jamais là où on l’attend ! J’ai découvert son univers envoûtant lors de l’installation vidéo Burn to shine, réalisée au Petit Palais à Paris avec Ugo Rondinone en 2022. Puis j’ai été voir son spectacle au Théâtre du Rond-Point en 2023, encore sur le thème du feu purificateur et libérateur, qui m’avait emballée. Je le retrouve, avec le même spectacle et le même enthousiasme, au musée du Quai-Branly, dans le cadre d’une carte blanche qui lui a été accordée durant deux week-ends exceptionnels.

Avec Fêu, le chorégraphe et directeur du Centre chorégraphique national du Havre Normandie a créé un spectacle hypnotisant, en hommage à sa mère (mais pas que), qui célèbre la puissance et l’énergie des femmes, gardiennes immémoriales du foyer, mais aussi « guerrières » au service de la vie. Dans une ronde étourdissante, rythmée par le martèlement des percussions ou les rythmes électro, ses dix danseuses incarnent le cycle de la vie.

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LE MALADE IMAGINAIRE – THÉÂTRE DE LA CONCORDE

♥♥♥ C’est à une relecture décapante de la célèbre (et dernière) pièce écrite et jouée par Molière que Tigran Mekhitarian, jeune metteur en scène trentenaire, nous convie dans ce lieu récemment ouvert qu’est le Théâtre de la Concorde, dirigé par Elsa Boublil, et animé de la belle intention de mettre la culture à la portée de tous.
Pour Mekhitarian, familier du fondateur de l’Illustre-Théâtre : « De toutes ses œuvres, c’est pour moi Le Malade imaginaire la pièce la plus riche en exploration des tréfonds de l’âme humaine. Et s’il y a bien une pièce de Molière à considérer comme une tragédie, c’est celle-ci. Et plus la tragédie est forte, plus les mots de Molière font rire. »

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FESTIVAL AVIGNON OFF 2025 – IL N’Y A PAS DE AJAR (vu au THÉÂTRE DE L’ATELIER)

♥♥♥♥ Pour sa première pièce de théâtre, Delphine Horvilleur, rabbin(e) et conteuse, fait le pari (risqué) d’un monologue au sous-titre un peu énigmatique : Monologue contre l’identité. Face à la multiplication des revendications identitaires et communautaires, elle nous montre que nous ne sommes jamais « ce que nous pensons être ». Nous sommes juif, musulman, chrétien, agnostique… mais pas que. Nous sommes aussi homme, femme ; père, mère, etc., donc la somme d’une addition de possibles nous-mêmes, toujours en perpétuel devenir. Ce qui aurait pu vite tourner au discours abscons devient, grâce à l’humour irrévérencieux de son autrice et au fascinant pouvoir de métamorphose de son interprète (excellente Johanna Nizard), une brillante démonstration sur les multiples identités dont nous sommes constitués et, de fait, un propos contre toutes les intolérances.

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ŒDIPE ROI – LA SCALA PARIS

♥♥♥♥ Avec cet Œdipe roi, déjà montré au Printemps des comédiens, à Montpellier, en 2022, Éric Lacascade nous livre une adaptation limpide et puissante de la plus célèbre des tragédies grecques, écrite par Sophocle au Ve siècle av. J.-C. Dans un espace dépouillé qui ressemble à une agora, le chœur antique (Jade Crespy et Alexandre Alberts) se fait le porte-parole du public, de l’assemblée à qui Œdipe s’adresse dès le début de la pièce. Ce parti pris du metteur en scène n’est pas sans évoquer le principe même de la démocratie dans laquelle les dirigeants doivent rendre des comptes à ceux qu’ils gouvernent, donnant d’emblée une résonance contemporaine au sujet.

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LES GRATITUDES – THÉÂTRE DU PETIT-SAINT-MARTIN

♥♥♥♥ Quoi de pire pour une femme de mots que de sentir, avec l’âge, que ceux-ci lui échappent, qu’elle n’arrive plus à formuler sa pensée comme elle le souhaiterait ? C’est la terrible réalité – l’aphasie – à laquelle est confrontée Michka, ancienne parolière, que cette situation plonge dans le désarroi et la peur de rester seule. Voilà pourquoi elle vient solliciter une place dans un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Dans ce monde impitoyable qui « accueille » des personnes âgées, très âgées et du « quatrième âge », comme les qualifie non sans humour Michka, elle se heurte à un quotidien marqué par des rituels immuables et, surtout, le manque de liberté.

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PORT-AU-PRINCE ET SA DOUCE NUIT – THÉÂTRE 14

♥♥ Dans l’intimité de leur chambre à coucher, éclairée par une simple bougie, un couple qui n’arrive pas à dormir évoque la ville qu’il aime tant, rongée par une pauvreté et une insécurité endémiques. Les deux amants se remémorent leurs plus beaux souvenirs, chantent, se caressent, se déchirent… avant la séparation qui paraît inéluctable. Elle, Zily, veut partir vivre ailleurs avec lui, mais Ferah refuse de quitter son île, attaché à son travail à l’hôpital. En toile de fond se découpe la silhouette de Port-au-Prince qui tangue, plongée dans un crépuscule bleuté. De temps en temps, des coups de feu émaillent la nuit, rappelant le chaos au-dehors.

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FACE AUX MURS – LA SCALA PARIS

♥♥♥♥Sur scène, un homme nous surplombe, dans une atmosphère mystérieuse, presque surnaturelle, nimbée de brume. Solitude. Soudain, l’homme chute et disparaît. Surgit une étrange structure métallique qui ressemble à une cage, derrière laquelle apparaissent des ombres chinoises. Emprisonnement. Puis, la structure pivote sur elle-même, créant de nouveaux espaces de possibles. Nous voici cette fois plongés dans un monde urbain, enveloppé de lumières rasantes, où des silhouettes masculines, en manteau de ville ou en streetwear, se dressent devant nous, étrangement figés. Incommunicabilité. Une jeune femme, légère et rieuse, court de l’une à l’autre et s’amuse à les faire tomber, telles des quilles dans un jeu. Les hommes s’animent peu à peu, des interactions se créent entre eux, rompant leur solitude.

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