UN CAFE AVEC Delphine Robert et Elise Dubroca, compagnie de théâtre à domicile L’EFFET DU LOGIS

Delphine Robert

Delphine Robert

Elise Dubroca

Elise Dubroca

Coup de théâtre ! Bonjour Delphine et Elise, comment est née la compagnie L’EFFET DU LOGIS ?

Delphine Robert: Tout est parti d’une rencontre fin 2005. J’avais en tête l’idée de proposer un théâtre professionnel à domicile, proche du public. J’ai soumis le projet à une comédienne que je connaissais bien au niveau du jeu (ndlr : Valérie Français). Elle a accepté de se lancer dans l’aventure et la compagnie est née en 2006. On a commencé par concocter une pièce « Le vernis craque » qui traitait de la différence entre l’être et le paraître. On l’a beaucoup jouée à domicile puis est né un deuxième spectacle « Sans entracte » avec Elise qui, entre temps, avait rejoint la compagnie. Progressivement, on a eu envie de proposer des pièces personnalisées, inspirées des vraies vies de nos hôtes!

Elise Dubroca: C’est vrai qu’on a rencontré un beau succès avec « Sans entracte » dans lequel on insufflait déjà des allusions, des clins d’œil à la vie des gens. Ca nous a permis de roder en quelque sorte notre principe de pièce personnalisée. On sentait que le public réagissait très bien à ce concept.

Quel type de pièce proposez-vous à domicile ? Avez- vous plusieurs « formules » ?

Delphine: Oui, on propose trois types de pièce, généralement à l’occasion d’anniversaires, de fêtes surprises chez des particuliers. D’abord, des pièces « imposées » dont on parlait à l’instant, par exemple « Le vernis craque » (pièce composée de saynètes enlevées d’auteurs riches et variés autour du thème de l’être et du paraître), qui dure 50 minutes. C’est l’occasion de faire découvrir ou redécouvrir des auteurs talentueux et pas toujours connus. Ensuite, on propose des pièces « personnalisées » : on part généralement d’une trame commune dans laquelle on insuffle des pastilles, des clins d’œil liés à la vie des personnes. Ces pièces durent 40 à 50 minutes. L’idée, c’est vraiment « Et si votre histoire devenait une pièce de théâtre », racontez-nous des anecdotes, sur vous, votre famille, vos invités et nous en faisons une pièce unique ! Et puis, on fait des 100 % « sur mesure », qui sont des pièces uniques écrites de A à Z et qu’on ne joue qu’une seule fois !

Elise: On a également déjà répondu à des demandes venant d’entreprises qui souhaitent fédérer leur équipe autour d’une expérience théâtrale hors du commun. On crée alors un programme sur mesure, inattendu qui marque les participants !

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Comment préparez-vous les pièces personnalisées ? C’est un gros travail en amont j’imagine.

Elise: Oui, ça nécessite au départ un certain investissement. Quand on reçoit une demande, on rencontre les personnes de manière à recueillir des informations sur la personne pour qui nous jouons : personnalité, goûts, grandes étapes de vie, afin de nourrir notre inspiration pour l’écriture de la pièce. On essaye toujours de rencontrer plusieurs personnes de l’entourage (amis, famille,…) pour avoir des angles de vue différents. Après avoir interviewé un petit groupe mis dans la confidence, on écrit, on répète et on joue ! On est toujours vigilantes cependant sur les sujets « sensibles » qui pourraient blesser, rappeler des souvenirs douloureux ou dévoiler indirectement des secrets de famille.

Delphine: Ces interviews « préparatoires » sont très appréciés car ils permettent aux gens de parler, de s’ouvrir, de se livrer. Ils nous accordent beaucoup de confiance, ce qui est un confort de travail formidable pour nous ! On a de très beaux souvenirs de sur mesure. Je me rappelle d’une jeune femme qui fêtait son anniversaire et son mari nous avait confié qu’elle adorait les contes de fée. Du coup, on a joué « à fond » la carte du conte rocambolesque avec le soulier de Cendrillon dans l’escalier, l’aboyeur qui présente les invités, etc…

Concrètement, le jeu à domicile requiert-il des contraintes particulières ? Repérez-vous à l’avance les appartements par exemple ?

Elise: Non, on ne repère pas à l’avance. Généralement, les personnes nous décrivent la configuration des lieux par téléphone, ce qui nous suffit. On a déjà joué d’ailleurs dans des appartements très petits. En revanche, on ne joue pas devant moins de 15 personnes. En moyenne, le public, c’est 20/40 personnes. On répond même à une demande pour 60 personnes en ce moment.

Delphine: Mais on veille toujours, par le jeu des éclairages, à recréer une vraie scène, à maintenir une distance minimum avec le public, de manière à ne pas être trop intrusif, il est important de le laisser libre de ses réactions. On ne veut pas qu’il se sente piégé.

Justement, en quoi le rapport au public est-il différent dans le théâtre à domicile ?

Delphine: La grande différence, c’est qu’au théâtre classique, le public choisit d’aller voir une pièce alors qu’à domicile, il ne choisit pas. Nous ne sommes pas attendues ! Du coup, on se sert à fond de cet effet de surprise. On est encore plus actives pour être avec eux, les embarquer, les entraîner avec nous. Néanmoins, le fait que le public soit constitué d’amis, provoque une étonnante chaleur humaine et une écoute complice forte. On n’a jamais l’occasion de partager un spectacle, qui plus est personnalisé, avec 30 voir 50 de ses amis !

Elise: Il faut être très perméable, réactif à ce qui se passe. Personnellement, à domicile, je me sers davantage des réactions, des retours du public qui me permettent éventuellement de rebondir, de créer des mini improvisations, qui servent le spectacle, chose que je ne fais pas au théâtre « classique ».

En parlant public et rencontres, avez-vous des anecdotes savoureuses à ce sujet ?

Elise: Des anecdotes savoureuses, je ne sais pas, mais des moments très forts de communion, de partage, oui absolument ! Des personnes qui pleurent, qui ne veulent plus nous laisser partir, qui tombent amoureux (rires) ! La préparation des spectacles et les spectacles en eux-mêmes nous permettent de nouer une relation très forte de complicité, d’amitié, voir d’intimité car certaines personnes se livrent beaucoup pendant les interviews et partagent un moment unique avec nous pendant la représentation.

Delphine: C’est justement la vocation de la compagnie ! Tisser des liens forts et authentiques entre spectateurs et acteurs, rencontrer le public de cette manière là. J’ai toujours en tête et, c’est aussi une différence avec le classique, les gens qui, en fin de spectacle, nous regardent, qui auraient bien aimé nous parler, sans oser. A domicile, on a justement cette possibilité d’échanger avec le public et c’est toujours un moment un peu magique, pour eux comme pour nous. On garde d’ailleurs souvent contact avec des personnes chez qui on a joué et qui font fonctionner le bouche à oreille ! Et puis il y aussi ceux qui nous disent après la représentation « Moi je ne vais pas au théâtre mais là, vous m’avez donné envie d’y aller ! » et ça, c’est la plus belle récompense !

Valérie Français

Valérie Français

Comment vous répartissez-vous les tâches au sein de la compagnie (écriture, mise en scène,…) ?

Delphine: C’est avant tout un travail d’équipe : on se déplace, on rencontre nos futurs hôtes, on écrit les pièces et on joue ensemble. Mais je m’occupe généralement des premiers contacts téléphoniques. J’essaye de bien comprendre l’univers du public, ce qu’il attend et ce qu’on peut lui apporter en plus, tout cela pour proposer un spectacle adapté et insolite. Mais il faut aussi veiller à la faisabilité des choses.

Elise: Je suis un peu plus orientée écriture et mise en scène, en partant toujours de mon envie, « qu’est ce que moi j’aurais envie de voir ? ». Mais au final on se complète très bien toutes les 3 (ndlr : avec Valérie Français). Delphine et Valérie canalisent mes excès de créativité, mon petit grain de folie (rire) ! On est toutes très animées par l’envie de créer et d’inventer de nouvelles choses.

Et sinon, quels ont été vos parcours avant la compagnie ?

Elise: J’ai commencé le théâtre très jeune à l’âge de 7/8 ans avec une institutrice qui était passionnée de théâtre. Je me suis formée dans pas mal de clubs de théâtre à Paris et aux Etats-Unis à the American Academy of Dramatic Art. J’ai terminé ma formation à l’école de la rue Blanche. J’ai beaucoup joué dans du théâtre contemporain, qui est le type de théâtre qui m’intéresse le plus. J’estime que le théâtre est quelque chose qui doit être ancré dans son époque, relever du « ici et maintenant ». Aujourd’hui, j’ai beaucoup plus envie de créer, d’écrire, de mettre en scène.

Delphine : Je ne viens pas du tout d’un milieu artistique au départ. Mais dès l’école primaire, j’ai senti tout de suite un déclic, une évidence, un bonheur énorme de jouer. Et l’envie de devenir comédienne ne m’a plus jamais quittée. J’ai fait une école de commerce tout en suivant le cours Simon. J’ai joué beaucoup par la suite, aussi bien dans le théâtre classique que contemporain. Aujourd’hui, parallèlement au théâtre à domicile, je fais de la formation en art oratoire pour les médecins et les avocats. J’interviens aussi en tant que comédienne et scénariste sur le thème de la relation médecin/malade en collaboration avec des membres talentueux de la Société Française de psycho oncologie. C’est passionnant, on se sent utiles !

Merci ! Quels sont les projets de la compagnie ?

Delphine: On a le projet de travailler avec une galerie d’art qui combine art pictural et art culinaire et qui souhaiterait nous associer à des soirées événementielles. L’idée est d’écrire une pièce pour des personnes qui sont à table et qui, par un procédé original et malicieux sont amenées à entendre la conversation de la table d’à côté … Nous envisageons de corréler le texte à la cuisine proposée. On n’en dit pas plus pour le moment, on est en pleine création. Mais c’est un chantier passionnant !

Propos recueillis par Elisabeth Donetti

Compagnie L’EFFET DU LOGIS
www.leffetdulogis.com
Tel : 06 10 30 68 48
Mail : contact@leffetdulogis.com

UN CAFÉ AVEC David Barrouk, coach d’acteurs, Method Acting Center (Paris)

PHOTO DAVID

Bonjour David, vous avez créé Method Acting Center en 2002. Quelle est la vocation de l’école ? A qui s’adresse-t-elle ?

Je dirais de façon basique que l’école sert à former des acteurs de théâtre et de cinéma à leur métier, entendons-nous des acteurs réalistes qui répondent à des circonstances données de façon logique, crédible, quel que soit le contexte de jeu, aussi farfelu ou délirant soit-il. On travaille selon la méthode de Stanislavski, de l’Actor’s studio et de ses « disciples » : Michael Chekhov, Stella Adler, Lee Strasberg et le génialissime et pourtant étonnamment méconnu Robert Lewis (ndlr : l’un des trois fondateurs de l’Actor’s studio). Une centaine de comédiens suivent nos ateliers chaque année. On a environ un quart de professionnels, deux quarts de personnes qui veulent en faire leur métier et un dernier quart qui « essaye », soit au final 75% de personnes qui s’inscrivent dans une démarche professionnelle.

En quoi consiste votre travail de coach ?

Au départ, avant d’être coach, je suis d’abord un enseignant qui transmet une méthode, des techniques, un savoir-faire. Ensuite, si je fais bien mon travail, au bout d’un an, deux ans, je n’ai plus grand-chose à transmettre techniquement parlant et je glisse progressivement vers une activité de coach, c’est-à-dire quelqu’un qui, comme son nom l’indique, entraîne, aiguise les connaissances. Il y a certaines personnes que je coache par exemple depuis cinq, dix ans.

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Quels sont les enseignements clés que vous transmettez à vos comédiens ?

Mon premier enseignement consiste à désacraliser le jeu, décensurer, mettre à l’aise, apprendre par l’erreur et par le plaisir. Le plaisir est un outil pédagogique fondamental. En supprimant les tensions, les souffrances, les peurs, on libère l’imaginaire, la créativité, on permet aux acteurs de se mettre dans une vraie aisance, de façon qu’organiquement, simplement, naturellement ils vont trouver leur propre expressivité. Deuxième enseignement : on ne joue pas le texte, on ne joue pas les émotions, on joue les actions. L’acteur doit avoir une approche 360° de son environnement (où je suis, comment je me sens, pourquoi je suis ici, quel est mon objectif,…). Les émotions et enfin le texte ne sont, en quelque sorte, que des produits dérivés de la situation.Mon rôle, c’est d’apprendre aux acteurs « à ne pas jouer »,c’est à dire à ne pas faire semblant, à ne pas être dans un art de représentation mais dans un art d’expériences véritables, qu’elles soient physiques, psychologiques ou émotionnelles.

N’est-ce pas dangereux justement pour un acteur de vivre une véritable expérience psychologique ou physique ?

Pas s’il y a des gardes fous ! Dans les ateliers, il y a trois règles : ne pas se faire mal ou faire mal à l’autre, respecter la personne physique, prendre du plaisir. Dans la méthode, il y a des moyens d’entrer dans des scènes mais il y a aussi des moyens d’en sortir. Si on utilise du vécu par exemple, on va utiliser du vécu qui est daté. Mais ceci étant dit, pour moi, le vrai risque, c’est justement de ne pas en prendre, de ne pas vivre d’expériences. Sinon, à quoi bon ? Comment nourrir son travail de comédien ? Raison pour laquelle on invite nos comédiens à vivre des expériences pour alimenter leur travail. Mais je veille toujours à faire la différence entre l’intime et le privé. Quand je lance une direction pour le travail d’une scène et que je demande à mes comédiens de chercher dans leur vécu, je ne vais jamais chercher à savoir à quoi, à qui ils pensent. Le privé doit rester privé.

Quelles qualités demandez-vous à vos comédiens ?

Sans hésiter, la capacité d’émerveillement et de curiosité. Je leur demande de « jouer le jeu », de sortir des 2 ennemis fondamentaux selon moi à toute créativité : être blasé et comme on dit familièrement « se la jouer ». « Se la jouer » en acting, c’est déjà créer une carapace entre le monde extérieur et soi-même, qui entrave la créativité, la fraîcheur, l’émerveillement. Et puis, bien sûr, je leur demande du travail, de la persévérance. Pour réussir, comme le disait Brando, 1% de talent, 99% de travail….

Et quelles sont les qualités d’un bon coach ?

A mon avis, il y en a 3. Un bon coach doit d’abord être capable d’inspirer, d’être évocateur, d’allumer chez l’autre l’étincelle de la créativité, en proposant, en séduisant l’imaginaire mais jamais, encore une fois, en imposant. Ensuite, il doit savoir donner de la confiance aux acteurs, s’inscrire dans une pédagogie enthousiaste, positive. Et puis, être honnête intellectuellement, c’est-à-dire avoir conscience que son rôle n’est pas de donner un avis personnel ou de rendre un jugement sur telle ou telle personne de manière subjective. Il faut être vigilant sur ce point car les frontières sont très poreuses dans ce métier. Je dirais enfin d’une manière plus générale qu’il est important pour un coach d’avoir « tâté de la scène » pour connaître les challenges, les problématiques qui se posent à un acteur et pouvoir ensuite transmettre en connaissance de cause. Il faut avoir été de façon organique à la place de l’acteur pour vraiment l’aider et l’accompagner.

Y-a-t-il une différence entre coacher des acteurs pour le cinéma et pour le théâtre ?1891237_716567785050281_143719052_n

Non, on les coache de la même façon. La seule différence réside dans la projection de gestes et de la voix, autrement dit « sur-physicaliser » ou « sous-physicaliser » sa performance selon les contraintes spatiales, techniques données (taille d’une salle, extérieur/intérieur,…). Mais au final, le seul impératif pour un acteur, théâtre ou cinéma, c’est la recherche de la vérité, c’est d’être juste, c’est d’être connecté. La vérité intérieure a un goût unique qu’on ressent de la même façon au théâtre qu’au cinéma.

Qu’est-ce qui vous intéresse dans ce métier ? En quoi est-ce complémentaire de vos autres activités de scénariste/réalisateur/producteur ?

Je dirais que ce métier m’intéresse parce que l’humain m’intéresse. Dans le coaching, on est très profondément ancré dans l’humain. Et puis mon activité de coach me sert énormément dans mon activité de réalisateur. Le fait d’avoir une connaissance profonde, intime du travail de l’acteur me permet sur un tournage de me sentir en confiance avec eux, d’être à l’aise, de les faire travailler de manière à obtenir ce que je souhaite. A un niveau plus personnel, c’est agréable de pouvoir travailler avec des acteurs. Ça me permet de déconnecter un peu de mes univers, de me « rafraîchir ».

Parlez-nous de vous. Quel a été votre parcours ?

J’ai d’abord suivi des ateliers en France comme acteur. J’étais passionné par le coaching d’acteurs déjà à l’époque et j’ai participé un jour à Paris à un colloque sur « le siècle Stanislavski ». Déclic, je découvre cette méthode que je trouve ludique, accessible et très pragmatique et je décide de partir à New-York pour me former à la Méthode. Pendant 2 ans et demi, j’ai suivi les cours du Herbert Berghof Studio et du Michael Chekhov studio, tout en jouant sur la scène off de Broadway. Expérience phénoménale en termes d’apprentissage, de rencontres,… Je suis rentré en France et les choses se sont enchaînées assez naturellement, j’ai réalisé des courts et des moyens métrages qui ont été beaucoup diffusés et récompensés, j’ai créé un pool d’écriture de scenarii et j’ai commencé à coacher des acteurs en France qui étaient intéressés par mon expérience américaine. J’ai monté un atelier de coaching informel en 2000 qui est devenu Method Acting Center en 2002.

Que tirez-vous de cette expérience américaine ?

Ce que j’ai appris par-dessus-tout : l’amour et la passion d’un art se combinent parfaitement avec la désacralisation et l’irrévérence. Rien ne doit être figé, poussiéreux que l’on s’attaque à des contemporains ou des classiques. D’ailleurs Jouvet en parlait très bien « la tragédie, c’est du sport » les choses doivent être tangibles, physiques, ne rien mettre sur un piédestal.

Merci David. Et pour conclure, quels sont vos projets ?

Pas mal de choses ! Je suis en train de finir mon premier long métrage, qui a été tourné en Angleterre. J’ai aussi le projet de créer au sein de Method Acting Center avec les élèves de l’école un pôle production pour développer des projets cinéma et théâtre. Et puis l’écriture ! Je termine un livre sur l’acting, dont l’objectif est de compiler les enseignements de la Méthode Stanislavski, de les faire redécouvrir, de les rendre très accessibles et, encore et toujours, paradoxalement, de les démystifier pour mieux en maîtriser la magie. Tiens, à propos de démystification, le livre devrait s’intituler… « STAN » !

Propos recueillis par Elisabeth Donetti 

Pour aller plus loin :

www.methodacting.fr

www.davidbarrouk.com

 

 

 

UN CAFÉ AVEC Laurence Jeanneret, comédienne, professeur de théâtre aux Ateliers Seguin (Paris)

Laurence Jeanneret - Cpyright visuel Emmanuel Louis

Copyright visuel Emmanuel Louis

Bonjour Laurence, depuis combien de temps enseignez-vous le théâtre ? Comment avez-vous choisi cette voie ? 

Je n’ai pas vraiment choisi, ca a été une évidence. J’ai été comédienne tout au long de ma vie. Je suis arrivée à un âge où j’ai eu envie de partager mes sensibilités, mes expériences et surtout écouter les autres… Donc je ne donne pas des cours de théâtre, je n’aime pas le mot cours, je ne suis pas un prof, je partage des émotions avec des gens qui ont envie d’en partager avec moi.

Qu’est ce qui vous gêne dans ce mot prof ?

C’est un peu présomptueux de dire :« je sais des choses que vous, vous ne savez pas ». C’est même prétentieux. Après avoir beaucoup lu, écouté, et regardé, à la Sorbonne et aussi dans de grandes écoles de théâtre, j’ai compris que ces méthodes pédagogiques souvent contraignantes et ennuyeuses,  ne me convenaient pas, et qu’il fallait créer une pédagogie personnelle. J’adore les métaphores culinaires. Je fais donc « à la carte » et non pas «  au menu » !

Qu’avez-vous envie de transmettre à vos élèves ?

Je n’aime pas le mot transmettre. Je préfère les mots donner, partager. Mes élèves vont d’abord découvrir des choses sur eux-mêmes, apprendre à s’accepter tels qu’ils sont, avec leurs qualités et leurs défauts, et faire si possible que leurs défauts deviennent des qualités. Je pense que le théâtre est un moyen d’apprivoiser son image, de prendre conscience de l’effet qu’on fait, d’appréhender le physique qu’on a, de faire avec. Moi, ce qui m’intéresse, c’est d’aider à mieux communiquer avec les autres, à mieux s’exprimer, à oser regarder les gens dans les yeux, à surtout contrôler, dominer et lâcher ses émotions.

Il y a une petite connotation thérapeutique dans ce que vous me dites !

Bien sûr ! Et ça coûte beaucoup moins cher qu’un psy ! (rire). Les progrès sont souvent rapides, et surtout, on rit et on ne s’ennuie pas ! Je n’oblige jamais quelqu’un qui n’a pas envie de faire un exercice, chacun est libre, on n’est pas au boulot ou à l’école ! J’ajoute que mes ateliers sont interactifs, et que chacun peut donner son sentiment, et pourquoi pas, faire des propositions… Pour moi, un cours de théâtre réussi, c’est quand on repart plus léger, plus heureux en partant qu’en arrivant.

Si vous deviez définir votre « style », vous diriez quoi ?

Barré, complètement barré, je suis folle à lier ! (rire) Et je le revendique. Si on n’a pas un grain de folie dans la vie, quel ennui ! J’aime surprendre et être surprise. Mais en même temps, je sais exactement où je vais et ce que je veux, quitte à prendre des moyens détournés. Je suis très exigeante, je considère mes élèves amateurs comme des comédiens professionnels et je leur demande des choses a priori difficiles, mais en m’adaptant au niveau de chacun, pour que tout le monde progresse, tout en veillant à ce que les distributions soient équitables, et que personne ne se sente lésé. Je travaille beaucoup à l’instinct, à l’impulsion, à la passion. Le corps parle autant que les mots. Je fais beaucoup d’échauffement corporel et tout en musique,  car la musique est un merveilleux vecteur d’émotions. Je joue avec mes groupes quelquefois. J’aime bien que mes élèves se moquent de moi (rire). Il faut être humble. Je pense qu’on ne crée de bons cours que si on est bon tous ensemble.  La réciprocité, comme en amour !

Que viennent chercher les élèves dans vos cours selon vous ?

C’est jamais la même chose et c’est ça qui est formidable ! L’important est de créer un groupe, une dynamique de groupe. Généralement en début d’année, les personnes se jaugent,  se jugent, Mais très vite, grâce à des impros rigolotes, cadrées, et ciblées, des exercices personnalisés, la mayonnaise prend…Quand on monte un spectacle, il faut que chacun soit heureux de sa partition et fier de son travail. Donc l’important pour moi, c’est zéro compétition, zéro jalousie mais de la bienveillance, par le biais du rire et de la confiance.

Quels auteurs, quels types de pièce aimez-vous travailler ?

Je suis sortie du Conservatoire il y a une trentaine d’années, à la grande époque de Vitez, Roussillon. Les apprentis acteurs font leurs armes sur les classiques.  Les 2 premières années de mes ateliers, j’ai eu  des velléités de me pencher sur du Molière, Marivaux, Musset, en les modernisant. Mais je me suis vite rendue compte que c’était compliqué à présenter en spectacle.

Pourquoi ?

Parce que le classique est difficile ! Je m’adresse à des amateurs, au sens noble du terme. Le classique requiert beaucoup de technique, ça prend trop de temps. Même si je travaille des classiques pendant l’année sur des textes courts, incisifs, je propose depuis un an plutôt des textes contemporains, accessibles, drôles, parfois crus, dérangeants. Je repique des scènes de film, si possible choisis par mes élèves.  J’aime beaucoup faire découvrir de nouveaux auteurs,  pas forcément des auteurs à la mode. J’aime travailler sur l’émotion. L’émotion, c’est vraiment mon fond de commerce ! Ca donne des spectacles surprenants, très borderline, comme le titre de notre spectacle cette année d’ailleurs !

Quelle est votre plus grande satisfaction en tant qu’enseignante ? Et plus grande frustration ?

La frustration, c’est le manque de temps, j’ai deux heures par semaine  par groupe et c’est toujours un vrai défi de créer un bon spectacle avec 10 participants et seulement 2 heures de travail par semaine, même avec des heures sup ! La grande récompense, ce sont mes groupes qui chaque année font des spectacles formidables, donnent le meilleur d’eux-mêmes, se surprennent eux-mêmes et surtout surprennent ceux qui viennent les voir. 

L’enseignement est-il complémentaire de votre métier de comédienne, que vous exercez parallèlement ?

Absolument ! Je pense que les deux sont complémentaires et j’adore ! J’ai joué un Giraudoux l’année dernière, j’ai tourné, et c’est fou comme, le fait de donner des cours m’a enrichie en tant que comédienne. Demander chaque semaine à mes élèves de faire telle ou telle chose me pousse toujours à me demander : est-ce que je serais capable de faire ce que je leur demande ? Donc, oui c’est formidablement complémentaire.

Vous enseignez, vous jouez et vous mettez en scène. En quoi tout cela se complète ou se différencie-t-il ?  

C’est pareil ! Quand un participant n’arrive pas à jouer ce que je lui demande,  je détourne la chose. Et généralement, ça marche. J’essaie de démécaniser, de faire réinventer, de casser une mécanique trop huilée… Vous savez, quand je mets en scène, je ne sais jamais où je vais à la base. Tout dépend de mes comédiens. C’est en m’inspirant d’eux que je trouve une scénographie adaptée.

Rien n’est jamais figé alors ?

Jamais !!! On doit s’adapter en permanence. Quand je décide de quelque chose, c’est le contraire qui se produit. Par exemple, moi qui suis une grande voyageuse et qui pars deux fois par an en Asie à l’aventure, je peux vous dire que tout ce que je prévois ne se passe jamais comme prévu, c’est tout le contraire qui se produit.

Parlez-nous de votre actualité, de vos projets.

En tant que comédienne, il y a des projets mais je n’en parle pas, par superstition ! (rire). Ca bouge pas mal mais il est encore trop tôt pour en parler. En tout cas, je crois beaucoup aux rencontres et les rencontres boules de neige, j’adore ça.

Merci Laurence ! Pour conclure, quel est le « mot théâtre » que vous préférez ?

Public …et passion !!!!!!

Propos recueillis par Elisabeth Donetti 

Site web de Laurence Jeanneret, c’est ici