LA FIN DU DÉBUT – THÉÂTRE LEPIC

♥♥ Malgré la présence généreuse et la faconde indéniable du comédien, le seul en scène de Solal Bouloudnine n’a pas réussi à me convaincre. Sans doute est-ce lié au côté un peu trop brouillon de la mise en scène et du ton adopté, qui hésite entre plusieurs styles (jeu survolté, nostalgie à travers la musique et les vidéos des années 1990, humour potache ou franchement outrancier). Le postulat de départ : la mort brutale du compositeur et chanteur Michel Berger (décédé à 44  ans d’une crise cardiaque) qui aurait fait prendre conscience de la finitude de la vie au gamin de 6 ans qu’était l’humoriste à l’époque. À partir de là, il se construit un monde virtuel où le va-et-vient entre rêve et réalité, personnages réels ou inventés, va lui permettre de conjurer son angoisse de la mort.

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CLÔTURE DE L’AMOUR – THÉÂTRE DE L’ATELIER

♥♥♥ Les mots frappent, cognent, vont droit au corps et au cœur comme autant de lames destinées à atteindre l’adversaire. Car c’est bien d’un combat qu’il s’agit ici. Le dernier. Celui que se livrent Audrey et Stan (les vrais prénoms de leurs interprètes) devant nous pour mettre fin à leur histoire d’amour. Deux artistes, qui partagent leur vie et leur travail depuis longtemps. Clôture de l’amour, créée au Festival d’Avignon en 2011 avant de tourner dans le monde entier, est une pièce-choc : celle d’une rupture amoureuse portée à son point d’incandescence. C’est l’homme qui ouvre le feu – une fois n’est pas coutume. Stan, dans un long monologue d’une précision chirurgicale, dit à Audrey qu’il ne l’aime plus, qu’il ne la désire plus, qu’il va partir. Les mots ne blessent pas : ils dévastent.

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MÉNÉLAS RÉBÉTIKO RAPSODIE et HÉLÈNE APRÈS LA CHUTE – THÉÂTRE DE L’ÉPÉE DE BOIS

♥♥♥♥ Dans une ambiance de cabaret, à la lumière feutrée, Simon Abkarian reprend le spectacle musical Ménélas Rébétiko Rapsodie, créé il y a dix ans et nous offre un magnifique moment de poésie, empreint de mélancolie. Accompagné de deux musiciens (Grigori Vasilas, bouzouki et chant, et Kostas Tsekouras, guitare), il chante, esquisse quelques pas de danse et déclame, au nom de Ménélas, le roi de Sparte, une ode poignante à Hélène, la plus belle des femmes, qui l’a quitté pour le Troyen Paris.

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HÉLÈNE APRÈS LA CHUTE – THÉÂTRE DE L’ÉPÉE DE BOIS (vu à la Criée, à Marseille)

♥♥♥♥ Simon Abkahrian réinterprète brillamment le mythe d’Hélène de Troie, en imaginant les retrouvailles de la reine et de son mari Ménélas, roi de Sparte – qu’elle a quitté pour Pâris, déclenchant la guerre entre Grecs et Troyens –, après la chute de la ville de Troie. La pièce s’ouvre sur l’image splendide d’un tissu qui ondule et se déploie sur la scène telle une vague géante. En fond de scène, la silhouette de Ménélas au milieu des flots, épée à la main. La guerre de Troie s’est terminée dans le bruit et la fureur, et par la victoire écrasante des Grecs.

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L’ODEUR DE LA GUERRE – LA SCALA PARIS

♥♥♥ Elle a une allure de guerrière, Julie Duval, alias Jeanne, son alter ego sur scène. Silhouette musclée, allure souple et déterminée, du genre qui ne s’en laisse pas conter. Vêtue d’une tenue de sport, short et brassière, qu’elle gardera tout au long du spectacle, elle se prépare pour son premier championnat de boxe à Paris. L’Odeur de la guerre, c’est le parcours d’une jeune femme d’aujourd’hui qui doit affronter de multiples défis : le manque de dialogue avec ses parents, obsédés par la réussite scolaire, le harcèlement à l’école, l’indifférence des professeurs, et bien sûr, la violence des rapports entre les deux sexes. Et au-dessus de tout ça, plane la question essentielle : pourquoi naître fille serait-il un handicap ?

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SUR L’AUTRE RIVE – THÉÂTRE NANTERRE-AMANDIERS

♥♥ Adapter Platonov, la première pièce de Tchekhov, écrite à 18 ans, en hommage à une actrice qu’il admirait, était un pari à la fois risqué et exaltant pour Cyril Teste, qui avait déjà mis en scène La Mouette, en 2022. En écho à cette pièce, le metteur en scène, avec son collectif MxM, imagine une fête donnée par Anna Petrovna, jeune veuve criblée de dettes, dans la maison qu’elle n’a plus les moyens d’entretenir. Elle sait que c’est sa dernière soirée avant la ruine totale. Parmi ses nombreux convives se trouve Micha (alias Platonov), un jeune homme cynique et séducteur, qui ne tarde pas à causer le trouble par son comportement provocateur, et Sonia, l’un de ses anciens amours, qui va se marier.

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ILLUSIONS PERDUES – THÉÂTRE DE L’ATELIER

♥♥♥♥ Flamboyante ! Voici le premier mot qui me vient à l’esprit en pensant à l’adaptation théâtrale de Pauline Bayle. Aussi flamboyante que le chef-d’œuvre dont elle est tirée (ce texte fait partie du vaste ensemble de romans intitulé La Comédie humaine), elle réussit le tour de force de résumer l’essentiel du propos de Balzac en y apportant une acuité et une énergie très contemporaines. Elle a reçu à juste titre le grand prix du Syndicat de la critique en 2022.

Tout le monde connaît l’histoire de Lucien de Rubempré (né Chardon), ce jeune poète « monté » à Paris pour y chercher la gloire littéraire qui, après avoir connu une ascension fulgurante comme journaliste et rencontré le grand amour, perdra tout ce qu’il possède (et au passage, un peu de son âme) dans les cercles délétères de l’édition littéraire et du journalisme du XIXe siècle, où derrière la comédie des apparences se profilent rapports de force, ambition et intérêts personnels. La pièce s’appuie sur trois comédiennes et deux comédiens, excellents, qui endossent avec célérité tous les rôles.

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LA JOIE – THÉÂTRE LA REINE BLANCHE

« Je me sens traversé par une force nouvelle, un plaisir d’exister qui donne envie de chanter. »

♥♥♥ Doux rêveur, imbécile heureux ou illuminé ? On est en droit de s’interroger face au personnage de Solaro. Présent au monde dans tous les cas, c’est l’exemple même de l’individu qui sait jouir de tous les plaisirs, du plus modeste au plus intense. Tout simplement vivant. Son optimisme (ou serait-ce ce sentiment qu’on appelle la joie ?) le conduit à traverser les épreuves de la vie sans que celles-ci ne l’atteignent profondément. Que ce soit de la chambre d’hôpital où sa mère se meurt d’un cancer ou à travers les barreaux d’une prison, il arrive toujours à capter un morceau de ciel bleu ou un éclat de lumière qui le rendent heureux. Même au tribunal où il est jugé pour un crime, il accepte sa sentence (l’emprisonnement) avec son stoïcisme habituel. Car Solaro a un don : se réjouir de la beauté de la vie même dans les pires circonstances.

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KING KONG THÉORIE – THÉÂTRE MONFORT

♥♥♥♥ Trois actrices sur scène, trois aspects de la féminité : celle blessée dans sa chair, celle qui joue le jeu social et celle qui réfléchit. Mais derrière ces figures se cache surtout celle de Virginie Despentes, la « guerrière » au verbe cru, parfois violent, mais à l’esprit acéré. Une auteure dont le propos percutant, toujours d’actualité (son livre a été publié en 2006), fait l’état des lieux de la condition des femmes, et de fait, des hommes dans ce deuxième millénaire. Elle s’interroge sur la culture du viol, l’assignation des rôles et met en avant la puissance potentielle des femmes.

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J’AI DES DOUTES – LA SCALA PARIS

♥♥♥Le ciel tonne, des éclairs strient l’obscurité de la salle et voilà François Morel qui apparaît par magie, tout de noir vêtu et sous les traits facétieux d’un archange (?), qui vient nous rapporter un dialogue entre Dieu et saint Pierre. Le premier est très fâché contre Raymond Devos, ce génie du calembour qui prétend réinventer le monde à sa manière, et demande au deuxième de le convoquer sur-le-champ. Mais, comme tente (en vain) de lui expliquer saint Pierre, personne ne convoque Devos… même le plus illustre des créateurs !

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