FESTIVAL AVIGNON OFF 2025 – IL N’Y A PAS DE AJAR (vu au THÉÂTRE DE L’ATELIER)

♥♥♥♥ Pour sa première pièce de théâtre, Delphine Horvilleur, rabbin(e) et conteuse, fait le pari (risqué) d’un monologue au sous-titre un peu énigmatique : Monologue contre l’identité. Face à la multiplication des revendications identitaires et communautaires, elle nous montre que nous ne sommes jamais « ce que nous pensons être ». Nous sommes juif, musulman, chrétien, agnostique… mais pas que. Nous sommes aussi homme, femme ; père, mère, etc., donc la somme d’une addition de possibles nous-mêmes, toujours en perpétuel devenir. Ce qui aurait pu vite tourner au discours abscons devient, grâce à l’humour irrévérencieux de son autrice et au fascinant pouvoir de métamorphose de son interprète (excellente Johanna Nizard), une brillante démonstration sur les multiples identités dont nous sommes constitués et, de fait, un propos contre toutes les intolérances.

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ŒDIPE ROI – LA SCALA PARIS

♥♥♥♥ Avec cet Œdipe roi, déjà montré au Printemps des comédiens, à Montpellier, en 2022, Éric Lacascade nous livre une adaptation limpide et puissante de la plus célèbre des tragédies grecques, écrite par Sophocle au Ve siècle av. J.-C. Dans un espace dépouillé qui ressemble à une agora, le chœur antique (Jade Crespy et Alexandre Alberts) se fait le porte-parole du public, de l’assemblée à qui Œdipe s’adresse dès le début de la pièce. Ce parti pris du metteur en scène n’est pas sans évoquer le principe même de la démocratie dans laquelle les dirigeants doivent rendre des comptes à ceux qu’ils gouvernent, donnant d’emblée une résonance contemporaine au sujet.

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LES GRATITUDES – THÉÂTRE DU PETIT-SAINT-MARTIN

♥♥♥♥ Quoi de pire pour une femme de mots que de sentir, avec l’âge, que ceux-ci lui échappent, qu’elle n’arrive plus à formuler sa pensée comme elle le souhaiterait ? C’est la terrible réalité – l’aphasie – à laquelle est confrontée Michka, ancienne parolière, que cette situation plonge dans le désarroi et la peur de rester seule. Voilà pourquoi elle vient solliciter une place dans un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Dans ce monde impitoyable qui « accueille » des personnes âgées, très âgées et du « quatrième âge », comme les qualifie non sans humour Michka, elle se heurte à un quotidien marqué par des rituels immuables et, surtout, le manque de liberté.

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PORT-AU-PRINCE ET SA DOUCE NUIT – THÉÂTRE 14

♥♥ Dans l’intimité de leur chambre à coucher, éclairée par une simple bougie, un couple qui n’arrive pas à dormir évoque la ville qu’il aime tant, rongée par une pauvreté et une insécurité endémiques. Les deux amants se remémorent leurs plus beaux souvenirs, chantent, se caressent, se déchirent… avant la séparation qui paraît inéluctable. Elle, Zily, veut partir vivre ailleurs avec lui, mais Ferah refuse de quitter son île, attaché à son travail à l’hôpital. En toile de fond se découpe la silhouette de Port-au-Prince qui tangue, plongée dans un crépuscule bleuté. De temps en temps, des coups de feu émaillent la nuit, rappelant le chaos au-dehors.

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FACE AUX MURS – LA SCALA PARIS

♥♥♥♥Sur scène, un homme nous surplombe, dans une atmosphère mystérieuse, presque surnaturelle, nimbée de brume. Solitude. Soudain, l’homme chute et disparaît. Surgit une étrange structure métallique qui ressemble à une cage, derrière laquelle apparaissent des ombres chinoises. Emprisonnement. Puis, la structure pivote sur elle-même, créant de nouveaux espaces de possibles. Nous voici cette fois plongés dans un monde urbain, enveloppé de lumières rasantes, où des silhouettes masculines, en manteau de ville ou en streetwear, se dressent devant nous, étrangement figés. Incommunicabilité. Une jeune femme, légère et rieuse, court de l’une à l’autre et s’amuse à les faire tomber, telles des quilles dans un jeu. Les hommes s’animent peu à peu, des interactions se créent entre eux, rompant leur solitude.

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LES FEMMES DE BARBE-BLEUE – THÉÂTRE DE BELLEVILLE

♥♥♥♥ « Derrière toute porte qu’on a peur d’ouvrir, toute question qu’on refuse de se poser, toute liberté à laquelle on accepte de renoncer, il y a une femme mise à mort par le prédateur en nous : La Barbe Bleue. » Cette citation de Clarissa Pinkola Estés – psychanalyste américaine d’origine mexicaine et auteure du célèbre Femmes qui courent avec les loups – pourrait servir de manifeste au spectacle que Lisa Guez a créé, en 2018, au Lavoir moderne parisien. Cette mise en scène ose revisiter le conte de Perrault avec une belle lucidité féministe, transformant la fable moralisatrice en quête jubilatoire de liberté. Qu’y a-t-il derrière cette porte que la cinquième épouse tremble d’ouvrir ? Et si cette curiosité qualifiée de « féminine » – comme s’il s’agissait d’un intolérable défaut – n’était autre qu’une pulsion de vie, légitime et nécessaire pour devenir une femme accomplie ?

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LE PREMIER SEXE OU LA GROSSE ARNAQUE DE LA VIRILITÉ – LA SCALA PARIS

♥♥♥Comme son titre l’indique en partie, c’est le seul en scène d’un homme d’aujourd’hui, avec ses doutes, ses faiblesses, ses difficultés à trouver son chemin personnel. Un homme qui ne se reconnaît pas dans ce que les autres voudraient qu’il soit, à savoir, l’incarnation de la masculinité triomphante et de ses valeurs (la force physique et mentale, le succès auprès des filles, etc.)

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OBLOMOV –THÉÂTRE ESSAÏON

♥♥♥♥ Se lèvera ou se lèvera pas ? Oblomov est une sorte d’« aquaboniste » qui vit dans la Russie de la fin du XIXe siècle, dirigée par une aristocratie en pleine décadence. Reclus dans son appartement avec son vieux domestique Zakhar, il passe toutes ses journées au lit, repoussant sans cesse les tâches de la vie courante qu’il juge futiles. Le cadre feutré de la petite salle de l’Essaïon se prête merveilleusement à la mise en scène intimiste adoptée par Jacques Connort pour ce drôle de duo maître-valet.

Nous sommes littéralement dans la chambre d’Oblomov plongée dans une semi-obscurité, presque au pied de son lit, où le jeune trublion se complaît à se tourner et se retourner devant nous dans un fouillis de draps et d’oreillers. Ce lit, qui occupe tant de place dans la vie d’Oblomov (et sur scène), semble symboliser toute son existence, cocon douillet qui le protège de la réalité. À ses côtés, Zakhar incarne une figure stable et bienveillante, quasi paternelle, qui exhorte vainement son maître à sortir de son apathie et à assumer ses responsabilités.

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PUNK.E.S, ou comment nous ne sommes pas devenues célèbres – LA SCALA PARIS

♥♥♥ Viv Albertine, Ari Up, Palmolive et Tessa Pollit : quatre filles aux surnoms improbables, quatre écorchées vives avec la rage au cœur, mais aussi la fureur de vivre, à Londres, au tournant des années 1975. Alors que l’Angleterre traverse une crise économique sans précédent et que Margaret Thatcher dirige le Parti conservateur d’une poigne de fer, certains jeunes se sentent dépossédés de leur avenir et crient leur rage à travers une musique au rythme frénétique. C’est la naissance du mouvement punk qui sera aussi fulgurant qu’éphémère.

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LES BO DE JOËL POMMERAT

♥♥♥ Qui eût cru que des bandes originales, créées spécialement pour le théâtre, et notamment pour l’inclassable Joël Pommerat, puissent composer un concert à part entière ? C’est ce qu’a tenté et démontré avec talent Antonin Leymarie, compositeur-interprète, batteur et percussionniste, lors de deux soirées sur la scène du Silvia Monfort, en nous plongeant dans l’univers si singulier du metteur en scène avec qui il collabore régulièrement depuis 2006. Accompagné par Linda Oláh, chanteuse atypique à la voix multiforme, et trois musiciens inspirés, Guillaume Magne (guitare), Olivier Léré (basse), Bettina Kee (piano et clavier), Antonin nous fait revisiter à travers le son ses créations les plus célèbres, comme La Réunification des deux Corées (ma chronique ici),  – où un Elvis androgyne surgissait entre deux saynètes pour chanter  –, Contes et Légendes, Cercles/Fictions.

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