PORT-AU-PRINCE ET SA DOUCE NUIT – THÉÂTRE 14

♥♥ Dans l’intimité de leur chambre à coucher, éclairée par une simple bougie, un couple qui n’arrive pas à dormir évoque la ville qu’il aime tant, rongée par une pauvreté et une insécurité endémiques. Les deux amants se remémorent leurs plus beaux souvenirs, chantent, se caressent, se déchirent… avant la séparation qui paraît inéluctable. Elle, Zily, veut partir vivre ailleurs avec lui, mais Ferah refuse de quitter son île, attaché à son travail à l’hôpital. En toile de fond se découpe la silhouette de Port-au-Prince qui tangue, plongée dans un crépuscule bleuté. De temps en temps, des coups de feu émaillent la nuit, rappelant le chaos au-dehors.

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FACE AUX MURS – LA SCALA PARIS

♥♥♥♥Sur scène, un homme nous surplombe, dans une atmosphère mystérieuse, presque surnaturelle, nimbée de brume. Solitude. Soudain, l’homme chute et disparaît. Surgit une étrange structure métallique qui ressemble à une cage, derrière laquelle apparaissent des ombres chinoises. Emprisonnement. Puis, la structure pivote sur elle-même, créant de nouveaux espaces de possibles. Nous voici cette fois plongés dans un monde urbain, enveloppé de lumières rasantes, où des silhouettes masculines, en manteau de ville ou en streetwear, se dressent devant nous, étrangement figés. Incommunicabilité. Une jeune femme, légère et rieuse, court de l’une à l’autre et s’amuse à les faire tomber, telles des quilles dans un jeu. Les hommes s’animent peu à peu, des interactions se créent entre eux, rompant leur solitude.

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LES FEMMES DE BARBE-BLEUE – THÉÂTRE DE BELLEVILLE

♥♥♥♥ « Derrière toute porte qu’on a peur d’ouvrir, toute question qu’on refuse de se poser, toute liberté à laquelle on accepte de renoncer, il y a une femme mise à mort par le prédateur en nous : La Barbe Bleue. » Clarissa Pinkola Estés
Qu’y a-t-il derrière cette porte que la cinquième épouse de Barbe-Bleue tremble d’ouvrir ? N’avons-nous pas toutes rêvé un jour de pousser la porte d’un endroit qui nous était interdit ? D’où vient cette curiosité qualifiée de « féminine » comme si c’était un intolérable défaut ? Et si c’était seulement l’envie d’explorer d’autres parts de nous-même, une pulsion de vie tout à fait légitime, et même nécessaire pour devenir une femme accomplie ?

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LE PREMIER SEXE OU LA GROSSE ARNAQUE DE LA VIRILITÉ – LA SCALA PARIS

♥♥♥Comme son titre l’indique en partie, c’est le seul en scène d’un homme d’aujourd’hui, avec ses doutes, ses faiblesses, ses difficultés à trouver son chemin personnel. Un homme qui ne se reconnaît pas dans ce que les autres voudraient qu’il soit, à savoir, l’incarnation de la masculinité triomphante et de ses valeurs (la force physique et mentale, le succès auprès des filles, etc.)

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OBLOMOV –THÉÂTRE ESSAÏON

♥♥♥♥ Se lèvera ou se lèvera pas ? Oblomov est une sorte d’« aquaboniste » qui vit dans la Russie de la fin du XIXe siècle, dirigée par une aristocratie en pleine décadence. Reclus dans son appartement avec son vieux domestique Zakhar, il passe toutes ses journées au lit, repoussant sans cesse les tâches de la vie courante qu’il juge futiles. Le cadre feutré de la petite salle de l’Essaïon se prête merveilleusement à la mise en scène intimiste adoptée par Jacques Connort pour ce drôle de duo maître-valet.

Nous sommes littéralement dans la chambre d’Oblomov plongée dans une semi-obscurité, presque au pied de son lit, où le jeune trublion se complaît à se tourner et se retourner devant nous dans un fouillis de draps et d’oreillers. Ce lit, qui occupe tant de place dans la vie d’Oblomov (et sur scène), semble symboliser toute son existence, cocon douillet qui le protège de la réalité. À ses côtés, Zakhar incarne une figure stable et bienveillante, quasi paternelle, qui exhorte vainement son maître à sortir de son apathie et à assumer ses responsabilités.

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PUNK.E.S, ou comment nous ne sommes pas devenues célèbres – LA SCALA PARIS

♥♥♥ Viv Albertine, Ari Up, Palmolive et Tessa Pollit : quatre filles aux surnoms improbables, quatre écorchées vives avec la rage au cœur, mais aussi la fureur de vivre, à Londres, au tournant des années 1975. Alors que l’Angleterre traverse une crise économique sans précédent et que Margaret Thatcher dirige le Parti conservateur d’une poigne de fer, certains jeunes se sentent dépossédés de leur avenir et crient leur rage à travers une musique au rythme frénétique. C’est la naissance du mouvement punk qui sera aussi fulgurant qu’éphémère.

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LES BO DE JOËL POMMERAT

♥♥♥ Qui eût cru que des bandes originales, créées spécialement pour le théâtre, et notamment pour l’inclassable Joël Pommerat, puissent composer un concert à part entière ? C’est ce qu’a tenté et démontré avec talent Antonin Leymarie, compositeur-interprète, batteur et percussionniste, lors de deux soirées sur la scène du Silvia Monfort, en nous plongeant dans l’univers si singulier du metteur en scène avec qui il collabore régulièrement depuis 2006. Accompagné par Linda Oláh, chanteuse atypique à la voix multiforme, et trois musiciens inspirés, Guillaume Magne (guitare), Olivier Léré (basse), Bettina Kee (piano et clavier), Antonin nous fait revisiter à travers le son ses créations les plus célèbres, comme La Réunification des deux Corées (ma chronique ici),  – où un Elvis androgyne surgissait entre deux saynètes pour chanter  –, Contes et Légendes, Cercles/Fictions.

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SI TU T’EN VAS – LA SCALA PARIS

♥♥♥ Que dire à un adolescent de 17 ans qui a décidé d’arrêter ses études pour partir à Dubaï développer son business de revente de sneakers : Qu’il faut faire passer la réalité avant ses rêves ? Qu’en agissant ainsi, il risque de bousiller son avenir ? C’est à cette question cruciale que doit répondre Mme Ogier, enseignante de lycée, confrontée à Nathan, son élève de terminale venu lui annoncer sa décision alors qu’elle corrige ses copies dans sa salle de classe. Elle va mettre toute la force de ses convictions professionnelle et personnelle pour essayer de le faire changer d’avis.

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LA FIN DU DÉBUT – THÉÂTRE LEPIC

♥♥ Malgré la présence généreuse et la faconde indéniable du comédien, le seul en scène de Solal Bouloudnine n’a pas réussi à me convaincre. Sans doute est-ce lié au côté un peu trop brouillon de la mise en scène et du ton adopté, qui hésite entre plusieurs styles (jeu survolté, nostalgie à travers la musique et les vidéos des années 1990, humour potache ou franchement outrancier). Le postulat de départ : la mort brutale du compositeur et chanteur Michel Berger (décédé à 44  ans d’une crise cardiaque) qui aurait fait prendre conscience de la finitude de la vie au gamin de 6 ans qu’était l’humoriste à l’époque. À partir de là, il se construit un monde virtuel où le va-et-vient entre rêve et réalité, personnages réels ou inventés, va lui permettre de conjurer son angoisse de la mort.

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CLÔTURE DE L’AMOUR – THÉÂTRE DE L’ATELIER

♥♥♥ Les mots frappent, cognent, vont droit au corps et au cœur comme autant de scuds destinés à atteindre l’adversaire. Car c’est bien d’un combat qu’il s’agit ici. Le dernier. Celui que se livrent Audrey et Stan (les vrais prénoms de leurs interprètes) devant nous pour mettre fin à leur histoire d’amour. Deux artistes, qui partagent leur vie et leur travail depuis longtemps.
C’est l’homme – une fois n’est pas coutume – qui lance l’attaque. Pour dire qu’il n’aime plus cette femme, sa femme, qu’il ne la désire plus et qu’il va partir. Mais avant de la quitter, il entreprend, dans un violent monologue, une minutieuse entreprise de démolition de leur amour.

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