
♥♥♥Comme son titre l’indique en partie, c’est le seul en scène d’un homme d’aujourd’hui, avec ses doutes, ses faiblesses, ses difficultés à trouver son chemin personnel. Un homme qui ne se reconnaît pas dans ce que les autres voudraient qu’il soit, à savoir l’incarnation de la masculinité triomphante et de ses valeurs – la force physique et mentale, le succès auprès des filles, tous ces attributs que l’on impose comme autant d’injonctions. En revendiquant une filiation avec Simone de Beauvoir, le comédien trace un parallèle audacieux : lui aussi, membre du « premier sexe », serait passé de l’oppression à l’émancipation. Cette appropriation d’un vocabulaire féministe pour parler de sa propre trajectoire se révèle touchante dans sa sincérité, portée par une autodérision qui désarme toute velléité de jugement.
L’esthétique du spectacle, mise en scène par Vladimir Perrin, cultive le dépouillement. Une écharpe blanche pour tout accessoire, un espace nu où le comédien circule librement : rien ne vient encombrer la parole. Ce minimalisme scénique accentue la dimension de « confession publique ». Des années de thérapie ont manifestement aidé le narrateur à accepter sa famille dysfonctionnelle (mais y a-t-il réellement des familles qui ne le sont pas ?) et à tracer sa propre voie, loin des modèles imposés.
Tour à tour, Mickaël Délis incarne les figures qui l’ont façonné : sa mère dépressive et (trop) tolérante, son père obsédé par le sexe, ses camarades de classe, ses amours, un expert bien « barré » qui fait un cours sur la question du genre, et bien sûr, son fidèle psy, qui l’a accompagné dans l’acceptation de soi. Autant de personnages hauts en couleur qu’il interprète avec talent, passant de l’un à l’autre par de simples variations de posture ou d’intonation. Le public, visiblement touché par cette ode à la différence à la fois intelligente et sensible, applaudit à tout rompre.
Reste néanmoins une question, une fois le rideau tombé : cette remise en cause des clichés sur la virilité ne fonctionne-t-elle que portée par un homme homosexuel ? À quand le même spectacle avec un représentant du « premier sexe » hétérosexuel qui interrogerait ces mêmes injonctions ? Ce serait sans doute encore plus subversif – car c’est précisément au cœur de la norme que les assignations de genre pèsent le plus lourdement, invisibles à force d’évidence. Le geste de Mickaël Délis n’en demeure pas moins salutaire : il ouvre une brèche par où d’autres pourront peut-être s’engouffrer.
Le billet de Véronique
LE PREMIER SEXE OU LA GROSSE ARNAQUE DE LA VIRILITÉ
La Scala Paris
13, boulevard de Strasbourg
75010 Paris
Jusqu’au 30 mars 2025
Le mardi à 21 h 15, samedi à 19 h et dimanche à 17 h 15
Crédits photo : Marie Charbonnier


