BREAK THE ROCK – THÉÂTRE DU ROND-POINT

♥♥♥♥ « Eh bien voilà. La boîte de Pandore, d’où se sont échappés la guerre, le mensonge, la réalité déformée, l’indifférence – le monde l’a bien ouverte. Maintenant, nous devons tous apprendre à vivre dans cette nouvelle réalité. »
Ce constat terrible, c’est celui du collectif ukrainien Dakh Daughters, qui traverse comme un leitmotiv leur nouvel opus musical. Depuis leur révélation sur la scène française en 2013, et dans la lignée de leur spectacle Danse macabre, en 2023, avec le même metteur en scène, Vlad Troiskyi, ces quatre artistes – Nataliya Halanevych, Ruslana Khazipova, Solomiia Melnyk, Ganna Nikitina – mènent une carrière internationale, portant haut la voix de leur pays déchiré. Multi-instrumentistes, comédiennes, chanteuses à la puissance vocale stupéfiante, elles se battent pour défendre la paix et la liberté, transformant la douleur en force créatrice. En ce 10 février, dans la grande salle du Théâtre du Rond-Point, elles ont tenu leur promesse : briser la roche – Break the Rock – pour en extraire la lumière.

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DANSE MACABRE – THÉÂTRE DU SOLEIL

♥♥♥♥ Je les avais découvertes dans le magnifique Antigone de Lucie Berelowitch – en russe et en ukrainien – où les Dakh Daughters incarnaient un chœur tragique d’une puissance sidérante. À la fois comédiennes, musiciennes et chanteuses, reconnaissables entre toutes avec leur look néogothique, les six artistes de cette compagnie créée à Kiev par Vlad Troitskyi (une septième est restée en Ukraine) mettent cette fois leurs talents au service d’un spectacle intense, oscillant entre révolte et émotion. Danse macabre est un cri de résistance contre l’invasion russe – mais un cri qui réussit à faire émerger la poésie du chaos.

D’emblée, l’esthétique visuelle frappe par sa force évocatrice. Grâce à une scénographie inspirée, les valises de ceux et celles qui fuient se transforment selon les besoins en immeubles avec leurs fenêtres éclairées, en abris précaires ou encore en autels. Les subtils jeux de lumière accentuent cette ambiance apocalyptique, au milieu de laquelle les artistes courent sous le fracas des obus, s’écroulent, se relèvent, dans une danse sans fin. L’atmosphère sombre nous plonge au cœur de la guerre en Ukraine, à travers la musique, mais aussi des textes et des témoignages – ô combien poignants – d’anonymes.

Du chant guerrier à la chanson folklorique, en passant par ces confessions déchirantes qui décrivent les horreurs des combats, Danse macabre maintient un équilibre rare entre rage et tendresse. Les Dakh Daughters apportent leur touche inclassable – à mi-chemin entre esthétique contemporaine et cabaret punk, rappelant l’énergie survoltée d’une Nina Hagen. Leurs chants façonnent une ambiance hypnotique qui ne faiblit jamais. Nous ressentons la souffrance de ceux qui vivent la guerre dans leur chair, mais aussi dans leur âme, comme les nombreux exilés ukrainiens dans le monde – dont font partie les artistes elles-mêmes. Les témoignages, hélas intemporels, montrent que le viol est sciemment utilisé comme arme de guerre pour briser l’adversaire.

Reste cette image finale qui s’impose : six femmes saluant en brandissant le drapeau bleu et jaune, et toute la salle – composée en partie d’Ukrainiens venus soutenir la cause de leur pays – qui se lève d’un seul mouvement. Danse macabre est une magnifique ode à la culture et au peuple ukrainiens, à leur courage et leur capacité de résilience.

Le billet de Véronique

DANSE MACABRE
Théâtre du Soleil
La Cartoucherie
Route-du-Champ-de-Manœuvre
75012 Paris

Jusqu’au 2 avril 2023
Du mercredi au samedi à 20 h
Le dimanche à 14 h 30
Relâche le 29 mars

Crédits photo : Oleksandr Kosmach