LA PETITE BOUTIQUE DES HORREURS – THÉÂTRE DE LA PORTE SAINT-MARTIN

♥♥♥ C’est l’une des pièces événements de cette rentrée ! Parce qu’on y retrouve à la manœuvre le duo star Christian Hecq/Valérie Lesort et qu’il s’agit de l’adaptation française d’une œuvre américaine culte. La Petite Boutique des horreurs fut d’abord un film série B (1960), puis une comédie musicale qui triompha à Broadway (1982), avant d’être adaptée au cinéma (1986). Hecq et Lesort s’emparent de cette œuvre inclassable, entre comédie et film d’horreur, s’amusent follement et s’autorisent toutes les folies visuelles et scéniques pour plonger le public au cœur d’un gros delirium. Jubilatoire !

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PEU IMPORTE – LA SCALA PARIS

♥♥♥ « Peu importe » : l’expression reviendra plusieurs fois au cours de la pièce dans la bouche de l’un ou l’autre des personnages, traduisant l’agacement devant l’échec de toute tentative de communication. Dans cette pièce, traduite et orchestrée avec brio par Robin Ormond, le dramaturge allemand contemporain Marius von Mayenburg (remarqué notamment pour Le Moche) dissèque l’usure de la relation dans un couple, voué à se jeter à la tête les mêmes reproches, à répéter le même conflit, comme dans un cycle infernal.

La pièce s’ouvre avec le retour de Simone d’un voyage d’affaires auprès de son époux, Erik, qui travaille à la maison et s’occupe de leurs enfants. Un couple « à l’avant-garde », comme aime à le répéter Simone. Un partage des rôles équitable en apparence mais qui, très vite, se révèle asphyxiant pour lui comme pour elle. Dans une parodie de couple uni, elle lui a rapporté un cadeau qu’il n’a visiblement pas envie de découvrir. Au milieu d’un décor encombré de paquets aussi nombreux qu’inutiles (symbole de la société de consommation), va se dérouler à un rythme très soutenu un tête-à-tête qui vire rapidement à l’affrontement, dans une langue acérée qui souligne la mauvaise foi, les incohérences et les contradictions de chacun.

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LE VILLAGE DE L’ALLEMAND – THÉÂTRE DES GÉMEAUX PARISIENS

♥♥♥(♥) Rachel (contraction de Rachid et Helmut) et Malrich (Malek/Ulrich) sont deux frères nés d’un père allemand et d’une mère algérienne dans un village d’Algérie, Aïn Deb, près de Sétif. Ils sont envoyés très jeunes vivre en banlieue parisienne chez leur oncle Ali et son épouse. Tandis que l’aîné réussit brillamment ses études, le cadet erre au milieu des jeunes de la cité. Après le suicide de Rachel, Malrich se plonge dans le journal intime tenu par son frère pendant deux ans. Il y découvre des secrets de famille terribles liés au passé nazi de leur père, ancien officier SS réfugié en Algérie après la Seconde Guerre mondiale.

Inspiré d’une histoire vraie, Le Village de l’Allemand ou Le Journal des frères Schiller de Boualem Sansal (Editions Gallimard) propose une réflexion véhémente autour des liens de la filiation, le combat contre l’oubli et le négationnisme. Une parole nécessaire – hier, aujourd’hui, demain – à lire ou à entendre sur la scène des Gémeaux Parisiens.

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LE REPAS DES FAUVES – THÉÂTRE HÉBERTOT

♥♥♥♥ Paris 1942. Sept convives, s’étant plus ou moins bien accommodés à l’Occupation allemande, se retrouvent chez l’un d’eux pour fêter l’anniversaire de leur hôte. La soirée se déroule sous les meilleurs auspices, lorsqu’au pied de leur immeuble sont abattus deux officiers allemands. En représailles, la Gestapo investit l’immeuble et décide de prendre deux otages par appartement. Mais le commandant Kaubach, qui dirige l’opération, reconnaît en la personne du propriétaire de l’appartement, M. Pélissier, un libraire à qui il achète régulièrement des ouvrages. Soucieux d’entretenir les rapports courtois qu’il a toujours eus avec lui, il décide de les laisser finir leur dîner et de ne passer prendre ses otages qu’au dessert. Mieux : il leur laisse la liberté de choisir eux-mêmes les deux otages qui l’accompagneront. Débute alors Le Repas des fauves, huis clos étonnant où s’écharpent la complexité des sentiments nourris par la peur d’une mort imminente et les nécessaires compromis moraux pour sa propre survie.

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RELATIONSHIT – STUDIO HÉBERTOT

♥♥♥ Dans la start-up innovante et branchée Sarrautech, tout est dit, tout est clair, tout est net… En apparence. Le personnel de l’open space de la start-up est au bord de la crise. Ils bossent ensemble mais se comprennent-ils vraiment ? Derrière les mails polis et les sourires de façade : la peur du conflit, le besoin de reconnaissance ou l’envie de tout contrôler. Et quand la boîte menace de couler, les masques tombent : Alex, PDG, lutte pour sauver son trône. Les collaborateurs s’épient, s’accusent, s’évitent. Personne ne sait qui sera le « maillon faible », et ce sera à celui qui arrache les masques de ses collègues.

Relationshit est une comédie d’Antoine Sentis à l’humour féroce, voire mordant. Elle parle le véritable langage de l’entreprise et des open space. Son style est enlevé. Le jeu des comédiens – Quitterie Arnaud, Jean-Charles Deval, Antonin Dobrowolska, Martin Pommier et Cécile Houette – comme la mise en scène sont dynamiques. L’intrigue est riche en rebondissements mais quelque peu cousue de fil blanc. Les situations font autant rire que réfléchir sur la réalité des relations quotidiennes sur le lieu de travail. On peut y reconnaître ses collègues ou soi-même si toutefois on côtoie de près le monde de l’entreprise.

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DE L’AUTRE CÔTÉ DU MIROIR. LES ENFANTS PERDUS – LA SCÈNE PARISIENNE – JEUNE PUBLIC

♥♥ Au collège de Wingston, Honorine entame son premier jour d’école sur les chapeaux de roues. Alors qu’elle rêve de devenir la plus populaire du collège, elle fait la connaissance de Tommy, le garçon le plus cool aimé de tous ! Le combat va être rude pour avoir la cote auprès de tout le monde, surtout si un événement inattendu bouscule le cours des choses et s’ils tombent… de l’autre côté du miroir et se perdent dans un monde fantastique hors du temps pour mieux retrouver leur propre personnalité. Une invitation à la tolérance vis-à-vos de l’autre et à la découverte de soi pour mettre fin au harcèlement scolaire.

De l’autre côté du miroir est une comédie musicale rondement menée par une jeune troupe d’artistes – Charlie Barthélemy, Jennifer Miralto, Pénélope Guittard, Thierry Marques et Laurie Santaiti – hauts en couleur, pétillants de talents dans tous les arts – le théâtre, le chant et la danse. L’intrigue est riche en rebondissements et en créativité. S’y ajoutent une avalanche de costumes colorés et une multitude de décors mobiles. Tous les éléments sont réunis pour réussir un spectacle familial : émerveiller petits et grands tout en les sensibilisant aux risques de discrimination dans le milieu scolaire, à l’intégration des jeunes dans la société, à l’affirmation de soi. Le tout avec beaucoup de sensibilité et de poésie. Et pourtant…

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DANTON, ROBESPIERRE. LES RACINES DE LA LIBERTÉ – THÉÂTRE DES GÉMEAUX PARISIENS

♥♥♥♥ Dernière rencontre entre Danton et Robespierre, deux figures majeures de la Révolution française. Danton, géant excessif et spontané, amoureux du plaisir ; Robespierre, ascète élégant et réfléchi, philosophe de la Révolution. Deux conceptions de la vie, deux visions du bonheur séparent ces deux amis de légende. À une époque où, pour ses idéaux, on franchit sur l’échafaud les portes de la mort en chantant, vivre est un combat. Leur ultime joute verbale sera menée tel un duel jusqu’à la mort.

Dernier face-à-face, Danton et Robespierre, autour d’une immense table noire. Dès les premières répliques, le public plonge dans un moment essentiel de l’histoire de France. Le texte puissant d’Hugues Leforestier, mêlant astucieusement savoir historique et réflexion sur les aléas politiques rimant les destinées, est porté par la sobre mise en scène de Morgane Lombard. Il est ponctué de pointes d’humour et d’idées d’humanisme d’avant-garde. Passionnant d’un bout à l’autre. Le jeu des comédiens – Nathalie Mann et Hugues Leforestier – est hors pair. (Il n’y a pas d’erreur, c’est bien une femme qui joue le rôle de Robespierre, elle est vraiment remarquable de vérité.) Les costumes et les perruques d’époque sont magnifiques.

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LE DERNIER CÈDRE DU LIBAN – THÉÂTRE DE L’ŒUVRE

♥♥♥♥ Eva, très intelligente mais surtout très en colère, est une jeune pensionnaire du centre d’éducation fermé pour mineurs de Mont-de-Marsan. Abandonnée à la naissance, elle ne connaît rien de ses parents. Pourtant, ce jour-là, convoquée chez le notaire, elle reçoit son héritage : des dizaines de microcassettes et un dictaphone – la voix de sa mère sur des heures et des heures d’enregistrement. La guerre du Liban, le discours de Yasser Arafat à l’ONU, la chute du mur de Berlin… Anna Duval était reporter de guerre. Eva plonge alors dans toute une décennie de journalisme pour découvrir sa propre histoire.

Le Dernier Cèdre du Liban nous fait voyager de pays en pays, de conflit en confit pour nous dépeindre la réalité quotidienne des reporters de guerre en suivant Anna sur plusieurs terrains d’opération. Parallèlement, Eva est en quête de comprendre pourquoi sa mère l’a abandonnée à sa naissance.

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LA FOLLE JOURNÉE OU LE MARIAGE DE FIGARO – LA SCALA PARIS

♥♥♥♥ Pour notre plus grand plaisir, Léna Bréban s’est emparée de la célèbre pièce de Beaumarchais, écrite juste avant la Révolution, dénonciation mordante des rapports de domination entre maîtres et domestiques, mais aussi entre hommes et femmes. Son adaptation en souligne toute l’actualité à notre époque post-MeeToo. Ainsi, les femmes luttent chacune à leur manière pour repousser ceux qui les harcèlent et arriver à leurs fins : Suzanne, la camériste, désireuse d’épouser le valet Figaro, dont elle est amoureuse, doit ruser pour échapper aux assauts du comte, qui aimerait bien exercer son « droit de cuissage » sur elle ; quant à la comtesse, elle est victime de la jalousie de son mari (qui la délaisse) vis-à-vis de Chérubin, tout feu tout flamme à la vue d’un simple jupon féminin. D’autres personnages hauts en couleur (notamment celui de Marceline, interprétée par Annie Benoît, savoureuse en vieille fille qui a jeté son dévolu sur Figaro) viennent enrichir ce réjouissant jeu de dupes.

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SUR LE BANC – LE FUNAMBULE

♥♥ 5 h 30 du matin. Trois femmes sur un banc. Elles s’y retrouvent régulièrement pour parler, chanter, danser. Leur thème de prédilection : quelle est la place de la femme dans la société lorsqu’elle est danseuse et approche l’âge de la retraite ?

Sur le banc, voilà une création collective inclassable mêlant plusieurs arts vivants : la danse, le théâtre et le chant lyrique. Les corps en mouvement de ces dames aux cheveux blancs sont élégants, les ports de tête sont altiers, les grands écarts et les pas chassés sont exécutés à la perfection.

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