SUR L’AUTRE RIVE – THÉÂTRE NANTERRE-AMANDIERS

♥♥ Adapter Platonov, la première pièce de Tchekhov, écrite à 18 ans, en hommage à une actrice qu’il admirait, était un pari à la fois risqué et exaltant pour Cyril Teste, qui avait déjà mis en scène La Mouette, en 2022. En écho à cette pièce, le metteur en scène, avec son collectif MxM, imagine une fête donnée par Anna Petrovna, jeune veuve criblée de dettes, dans la maison qu’elle n’a plus les moyens d’entretenir. Elle sait que c’est sa dernière soirée avant la ruine totale. Parmi ses nombreux convives se trouve Micha (alias Platonov), un jeune homme cynique et séducteur, qui ne tarde pas à causer le trouble par son comportement provocateur, et Sonia, l’un de ses anciens amours, qui va se marier.

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NASREDDINE – vu au FIGUIER POURPRE (JEUNE PUBLIC)

♥♥♥ C’est un drôle de bonhomme qui se promène à contresens dans l’existence. Est-il sage ? Est-il fou ? Là où la logique ne voit que deux voies possibles, il trouve toujours le moyen d’attraper la réalité et de la retourner, comme on met un vêtement à l’envers. Nasreddine, c’est celui qui peut se permettre de tout dire parce qu’on ne le prend pas au sérieux. Un sage pas aussi fou qu’il n’y paraît.

La compagnie Viens voir en face a traduit des fables populaires du Moyen-Orient dans un langage à la croisée des chemins entre arts de la parole et marionnettes contemporaines pour nous proposer un spectacle chaleureux et pétillant de malice, qui fait parler les objets tout en déployant les facéties d’un humour à double sens.

Nasreddine nous plonge dans l’imaginaire du Moyen-Orient. Tout en nous redonnant notre âme d’enfant, il régale autant nos yeux que nos oreilles. Un véritable moment d’enchantement et d’évasion pour les grands et les petits.

Le regard d’Isabelle

NASREDDINE

En 2024

Le jeudi 17 octobre à 10 h et 14 h
Le vendredi 18 octobre 14 h et 19 h
Le samedi 19 octobre à 16 h 
 
Du mercredi 23 au vendredi 25 octobre à 15 h au Mucem, Marseille (13)
 
le samedi 09 novembre à 16 h à l’Espace Charles-Aznavour, Arnouville (95)

 

GISÈLE HALIMI, UNE FAROUCHE LIBERTÉ – LA SCALA PARIS

♥♥♥ Ce spectacle, créé la saison dernière, s’appuie sur le livre d’entretiens menés par la journaliste Annick Cojean avec Gisèle Halimi Une farouche liberté – Gisèle Halimi, la cause des femmes aux éditions Steinkis, en coédition avec les éditions Grasset. Une farouche liberté raconte soixante-dix ans de combats, d’engagement au service de la justice et de la cause des femmes menés par une femme d’exception, Gisèle Halimi.

Avocate, militante féministe et femme politique franco-tunisienne, Gisèle Halimi a mené toute sa vie une lutte acharnée au service de la justice (défense des militants des indépendances tunisienne et algérienne, dénonciation de la torture…) et de la cause des femmes (engagement en faveur de l’avortement, répression du viol…). Avec Simone de Beauvoir, elle a créé l’association Choisir la cause des femmes, peu après le fameux « manifeste des 343 » dont elle sera la seule avocate à le signer. Et j’en passe.

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UN MONDE POSSIBLE – THÉÂTRE LEPIC

♥♥♥ Six mois après le départ brutal de son fils Alexandre, Vincent reçoit la visite d’Éric, un homme qu’il ne connaît pas et dont il n’a jamais entendu parler. L’inconnu se présente d’abord comme un simple coursier venu récupérer les affaires de l’adolescent. Supposée durer quelques minutes, l’entrevue se prolonge. Éric se révèle être bien plus qu’un émissaire, il connaît intimement Alexandre…

Dans Un monde possible, Charif Ghattas (auteur et metteur en scène) nous montre un chemin possible vers l’acceptation de l’autre avec ses différences. Immanquablement, il s’avère sinueux, parsemé de moments de résilience, grêlé par des accès de colère. Je tais volontairement la thématique pour ne pas dévoiler la teneur de l’intrigue, mais si je vous révèle qu’elle est très souvent abordée depuis quelques années dans la création artistique vous la devinerez.

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DANS LES YEUX DE MONET – THÉÂTRE DE LA MADELEINE

♥♥♥♥ 1892. Rouen. Claude Monet s’enferme plusieurs mois au-dessus d’une boutique de lingerie et de mode pour peindre la cathédrale aux différentes heures de la journée. Mais l’obscurité et le doute l’ont envahi. Il est alors rejoint par une jeune modèle de la boutique, venue passer un corset. Elle l’exaspère, l’insupporte, perturbe son quotidien. Au fil des jours, Camille – c’est son prénom, le même que celui de sa chère épouse morte il y a quinze ans – lui rendra la grâce de l’inspiration.

Dans les yeux de Monet est d’un grand esthétisme pour la vue comme pour l’audition. L’auteur Cyril Gély aborde l’inspiration du peintre impressionniste à travers ses affres nourris par le deuil, le doute et la dépression. L’intrigue nous transporte dans son atelier temporaire installé au-dessus d’une boutique de mode, sa grande baie vitrée donne sur la façade de la cathédrale de Rouen. Tous les sentiments humains sont abordés avec tendresse, poésie, humour et justesse.

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LA BELLE ET LA BÊTE – THÉÂTRE LE LUCERNAIRE (JEUNE PUBLIC)

♥♥♥ Un vieux marchand ruiné est obligé de vivre à la campagne avec ses trois filles. En rentrant d’un voyage, alors que l’orage se déchaîne, il se perd dans la forêt et se réfugie dans un somptueux château qui semble désert. Le lendemain matin, il y cueille une rose pour l’offrir à sa fille cadette, mais soudain, une terrifiante bête apparaît, furieuse, et le condamne à mort. Cependant, elle lui propose un marché : sa vie ou celle d’une de ses filles. De retour chez lui, le père se désole. Belle, sa plus jeune fille, décide de prendre sa place et se rend au château. Qu’adviendra-t-il de la jeune fille, confrontée à l’horrible bête ?

Le conte de La Belle et la Bête, adapté par Sarah Gabrielle, « entraîne le public à la rencontre de personnages quelquefois drôles, quelquefois terrifiants : La Belle, bien sûr, mais aussi son tendre père malade, ses deux insupportables sœurs, une troublante, cruelle et machiavélique fée et surtout la Bête. » Il permet d’aborder différents thèmes comme la pauvreté, la richesse, la normalité, la monstruosité, la colère, l’impuissance, la générosité, l’honnêteté… et de découvrir le plus important : la beauté se trouve dans le regard de l’autre.

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LE PÈRE GORIOT – THÉÂTRE DES GÉMEAUX PARISIENS

♥♥ Novembre 1819. Quartier latin de Paris. Dans la pension Vauquer, Eugène de Rastignac, jeune étudiant en droit, est intrigué par le pitoyable père Goriot, qui aide financièrement la comtesse de Restaud, et par les allées et venues du mystérieux Vautrin. Chez Mmes de Restaud et de Beauséant, Rastignac apprend que le père Goriot se ruine pour ses filles, Anastasie (Mme de Restaud) et Delphine (épouse du baron de Nucingen, banquier), lesquelles le méprisent. Refusant le conseil cynique de Vautrin l’invitant à courtiser Victorine Taillefer, jeune pensionnaire susceptible d’hériter la fortune de son père si on précipite les événements par un crime, Eugène, encouragé par Goriot, entreprend la conquête de Delphine…

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ILLUSIONS PERDUES – THÉÂTRE DE L’ATELIER

♥♥♥♥ Flamboyante ! Voici le premier mot qui me vient à l’esprit en pensant à l’adaptation théâtrale de Pauline Bayle. Aussi flamboyante que le chef-d’œuvre dont elle est tirée (ce texte fait partie du vaste ensemble de romans intitulé La Comédie humaine), elle réussit le tour de force de résumer l’essentiel du propos de Balzac en y apportant une acuité et une énergie très contemporaines. Elle a reçu à juste titre le grand prix du Syndicat de la critique en 2022.

Tout le monde connaît l’histoire de Lucien de Rubempré (né Chardon), ce jeune poète « monté » à Paris pour y chercher la gloire littéraire qui, après avoir connu une ascension fulgurante comme journaliste et rencontré le grand amour, perdra tout ce qu’il possède (et au passage, un peu de son âme) dans les cercles délétères de l’édition littéraire et du journalisme du XIXe siècle, où derrière la comédie des apparences se profilent rapports de force, ambition et intérêts personnels. La pièce s’appuie sur trois comédiennes et deux comédiens, excellents, qui endossent avec célérité tous les rôles.

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LA JOIE – THÉÂTRE LA REINE BLANCHE

« Je me sens traversé par une force nouvelle, un plaisir d’exister qui donne envie de chanter. »

♥♥♥ Doux rêveur, imbécile heureux ou illuminé ? On est en droit de s’interroger face au personnage de Solaro. Présent au monde dans tous les cas, c’est l’exemple même de l’individu qui sait jouir de tous les plaisirs, du plus modeste au plus intense. Tout simplement vivant. Son optimisme (ou serait-ce ce sentiment qu’on appelle la joie ?) le conduit à traverser les épreuves de la vie sans que celles-ci ne l’atteignent profondément. Que ce soit de la chambre d’hôpital où sa mère se meurt d’un cancer ou à travers les barreaux d’une prison, il arrive toujours à capter un morceau de ciel bleu ou un éclat de lumière qui le rendent heureux. Même au tribunal où il est jugé pour un crime, il accepte sa sentence (l’emprisonnement) avec son stoïcisme habituel. Car Solaro a un don : se réjouir de la beauté de la vie même dans les pires circonstances.

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FORMICA – THÉÂTRE DES GÉMEAUX PARISIENS

♥♥ Un dimanche midi dans un pavillon : une famille se réunit autour du poulet dominical. Chacun cherche désespérément un sujet de conversation. Chacun cherche mais nul ne trouve autour de quel sujet échangé. Et les heures s’écoulent…

Adapté par Amélie Etasse de la bande dessinée de Fabcaro, Formica est un spectacle autour de l’ennui dans le cadre familial d’un dimanche comme un autre. Sur quoi discuter avec ses proches lorsqu’on ne partager strictement rien avec eux ? Rien. Absolument rien sinon de belles banalités et de superbes clichés. Le tout est sans surprise, sans rebondissement.

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