
♥♥♥♥ Pour rappel historique, « le Club sportif juif Hakoah (force en hébreu) fut fondé en 1909, les juifs n’étant plus acceptés dans les autres clubs sportifs de Vienne. En 1938, quelques jours après l’Anschluss, il fut dissous par les nazis, ses installations furent confisquées, son palmarès effacé, le nom même d’Hakoah fût interdit en 1941, pendant que dirigeants, joueurs et salariés étaient pourchassés, assassinés ou déportés. »
Nage Libre éclaire le destin de trois nageuses de ce club. Juives autrichiennes, elles ont été destituées de tous leurs titres par le IIIe Reich dirigé par « le peintre en bâtiment » pour avoir refusé de participer aux Jeux Olympiques de 1936. Forcées à l’exil en raison d’un antisémitisme grandissant, elles se retrouvent en Autriche en 1995, après 59 ans d’errance, invitées par la ville de Vienne pour la restitution des prix sportifs aux juifs viennois. Il ne pouvait en être autrement après l’entrée de l’Autriche dans l’Union Européenne. Rachel émigrée à New-York, Hannah à Buenos-Aires et Esther à Tel Aviv reviennent à Vienne pour la restitution de leurs médailles et pour nager une dernière fois dans la piscine de leur jeunesse d’Amalienbad. Elles se retrouvent autour d’une coupe de champagne dans le cabaret viennois Hölle (L’Enfer) où elles avaient leurs habitudes au temps de leur jeunesse dans l’Autriche nazie. Un énigmatique Monsieur Lust (Nicolas Struve) les y accueille.
Avant la cérémonie officielle, elles relatent avec une bonne dose d’humour arrosée de dérision souvenirs, fantasmes et visions oniriques autour de leurs amours et de leurs amitiés, de leurs corps et de leurs records, des goûts et des odeurs mémorables (les pâtisseries viennoises, l’eau chlorée des piscines…). Leurs récits se mêlent et s’entremêlent, à la fois sensibles et émouvants sans nostalgie ni pathos, à des chansons d’hier et d’aujourd’hui interprétées en anglais, yiddish, espagnol et allemand sur une musique d’Éric Slabiak. Elles expriment les douleurs de la perte de leur position sociale, de leur avenir de sportive professionnelle, de l’exil imposé, des proches et amis assassinés par la barbarie humaine (Matthias Sindelar, surnommé ‘‘le Mozart du football’’…). Elles disent aussi leur résilience et leur amour de l’existence. Elles voudraient toujours croire en la bonté de l’Homme. « Elles parviennent ainsi à nous transmettre un peu de leur quotidien » nous confie l’autrice et metteuse en scène Lisa Wurmser.
Rachel, Hannah et Esther (Francine Bergé, Bernadette Le Saché, Flore Lefebvre des Noëttes) – toutes trois admirables, remarquables et complices à souhait – sont des femmes éprises autant des plaisirs de l’existence que de liberté. L’Histoire d’hier a coupé leur ascension sportive dans la natation, elles viennent avec élégance entendre des excuses des officiels autrichiens d’aujourd’hui. L’incroyable s’est produit : aucun d’eux ne se déplacera pour participer à la cérémonie !
Le texte de Lisa Wurmser, aux fausses apparences légères et ironiques, truculentes parfois, est autant émouvant que bouleversant. Il sublime la disparition programmée de ses trois femmes (comme bien d’autres) qui a belle et bien échoué grâce à l’aide de Max, leur entraîneur et mentor qui a organisé leur fuite. Nage Libre est un message d’espoir pour « Plus jamais ça ! », ici comme ailleurs.
Le regard d’Isabelle
Studio Hébertot – 78 bis Bd des Batignolles, 75017 Paris
Du 23 avril au 31 mai 2026
Du jeudi au samedi 19h, dimanche 17h (relâches les 21 et 22 mai)
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15 novembre 2026 – Théâtre Roger Lafaille, Chennevières-sur-Marne
À partir de : 10 ans
Durée : 1h15


