L’Ogrelet – Théâtre Essaïon (Jeune Public)  

♥♥♥♥ C’est la rentrée pour ce petit de 6 ans qui vit avec sa maman dans une maison perdue au milieu d’une forêt sauvage et hostile. Il est même heureux de découvrir l’école. Il a les jambes d’un homme, certes, et son hérédité lui imprime de drôles d’envies, mais « Dans l’héritage on n’est pas obligé de tout prendre ! » et celui de l’ogrelet, mi-ogre mi-humain, n’est pas simple, entre un père défaillant et monstrueux et une mère protectrice et omniprésente, va-t-il réussir à surmonter les trois épreuves d’un difficile et tumultueux apprentissage ?

Dans une mise en scène évocatrice célébrant l’émancipation, Christophe Laparra orchestre avec humour et pertinence le combat contre « l’ogreté », soit « le désir maladif et irrépressible de dévorer de la chair crue d’enfants ». Au-delà de sa force poétique, le très beau texte de Suzanne Lebeau, nourrit de fécondes réflexions sur le sens de la liberté et des relations filiales : « […] La pièce de Suzanne Lebeau, L’Ogrelet, […] traite de l’apprentissage d‘un enfant qui, découvrant ses origines d’ogre héritées de son père, va chercher, en passant trois épreuves, à dépasser sa propre nature monstrueuse afin de devenir humain, se libérer de cette filiation et prendre de la distance avec sa mère trop protectrice. […] Le texte met en lumière la dangerosité des désirs non canalisés : les siens, ceux de ses parents et de tous en général. Il rappelle combien les meilleures intentions, comme celle de la protection maternelle, peuvent se révéler castratrices et destructrices lorsqu’elles proviennent de pulsions névrotiques inconscientes de la part de la personne qui les dispense. Il traite de la notion fondamentale d‘émancipation de l’enfant qui passe par une nécessaire transcendance de soi et des siens. Il apprend, à travers le douloureux apprentissage d’un enfant, qui devra passer et réussir plusieurs épreuves, qu‘il faut reconnaitre ses origines, les accepter et les dépasser afin d’acquérir sa propre liberté. » (Christophe Laparra)

Pour seuls éléments de décor, de vieilles caisses en bois montées sur roulettes afin de facilité leur mobilité. Pour les habiller, des lumières accompagnant le déroulement des jours et des saisons, une bande sonore composée des bruits de la forêt, des rires d’enfants, des coups de feu des chasseurs… N’oublions pas, en fond de scène, la projection de dessins animés et des indications relatives au fil des chapitres. Le tout magnifie l’imaginaire du conte pour enfants L’Ogrelet de Suzanne Lebeau à la fois poétique et réaliste comme les masques et les marionnettes.

Récit d’apprentissage riche en poésie, L’Ogrelet propose un tendre voyage dans l’enfance. Il interroge la différence et le besoin d’émancipation. Il invite autant la chimère que la réflexion tout en faisant le plein de merveilleux et d’émotion.

Les deux comédiens – Christophe Laparra et Patricia Varnay – sont si talentueux qu’enfants et adultes restent suspendus à leurs lèvres. L’Ogrelet est un joli spectacle jeune public à découvrir en famille.

Le regard d’Isabelle

L’OGRELET

Spectacle tout public et en famille à partir de 8/9 ans

Théâtre de l’Essaïon – 6 rue Pierre au Lard – 75004 Paris

Jusqu’au 3 juin 2026

Durée : 1h

Bande-annonce : https://youtu.be/1RUdarsghRY   

© Fabienne Rappeneau

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