♥♥♥♥ Pour cette dernière chronique de la saison, j’arrive, comme l’on dit, après la bataille. L’encensement médiatique, les cinq molières, le succès public (la salle était archi comble un 29 juillet) ont consacré Edmond comme LA pièce phénomène de cette saison 2016/2017. Alors affichons la couleur tout de suite, évidemment on comprend le succès parce qu’on a passé un excellent moment de théâtre. Lire la suite
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MA VIE EN BIAIS – THÉÂTRE LA FLÈCHE

♥♥♥ Être une vraie héroïne, c’était le projet de sa vie. Mais de clown à « bookeuse » dans une maison close, elle a décroché (et perdu) 64 petits boulots ! À l’heure de l’ubérisation et des bullshit jobs, comment ajuster notre vie rêvée au monde du travail ?
Adaptée du texte de Claudia Shear, immense succès à Broadway, « Ma vie en biais est un miroir de nos peines en même temps qu’une porte ouverte sur l’espérance : on peut embrasser la vie de telle sorte qu’elle ne puisse, au final, que nous sourire. Avec ce spectacle, je propose de réaliser ensemble que s’adapter n’est pas renoncer, composer n’est pas se trahir ; que quoi qu’il arrive, l’humour est un outil puissant pour tenir debout, que la curiosité pour autrui est une nourriture revigorante qui réserve bien des surprises, que rien n’est jamais perdu et que d’une manière ou d’une autre, nous pouvons tous et toutes trouver l’existence qui nous convient. » (Tatiana Gousseff)
Lire la suiteLA CORDE – STUDIO MARIGNY

♥♥♥♥ Louis et Gabriel, jeunes intellectuels arrogants, commettent un meurtre par pur défi, convaincus de leur supériorité. Leur victime ? Un camarade dont le cadavre repose sous les yeux de leurs invités, dissimulé dans un coffre en plein milieu du salon. Mais alors que la soirée bat son plein, entre conversations mondaines et piques acérées, Emile Cadell, leur ancien professeur, commence à douter… Tension insoutenable, jeu de manipulation et répliques mordantes s’entrelacent dans ce huis clos où l’ironie flirte avec le macabre. Derrière les rires et les verres qui s’entrechoquent, chaque mot pourrait bien trahir l’impensable…
Thriller policier rendu mythique au cinéma par le maître du suspense Alfred Hitchcock avec James Stewart (1948), The Rope (1929) de Patrick Hamilton a été adapté pour le théâtre par Lilou Fogli et Julien Lambroschini. Tous deux nous en proposent une version modernisée, avec des répliques ciselées pleines d’humour, riche en rebondissements. Elle est mise en scène avec maestria par Guy-Pierre Couleau et Anne Poirier-Busson. Quant à l’interprétation, elle est remarquable que ce soit celle des deux meurtriers Audran Cattin et Thomas Ribière, de la maman de l’un d’eux Myriam Boyer, le professeur – enquêteur d’un jour Grégori Derangère, la fiancée de la victime Lucie Boujenah et le voisin du dessus Martin Karmann. Ils sont tous d’une justesse incroyable.
Lire la suiteLE VILLAGE DE L’ALLEMAND – THÉÂTRE DES GÉMEAUX PARISIENS

♥♥♥♥(♥) Rachel (contraction de Rachid et Helmut) et Malrich (Malek/Ulrich) sont deux frères nés d’un père allemand et d’une mère algérienne dans un village d’Algérie, Aïn Deb, près de Sétif. Ils sont envoyés très jeunes vivre en banlieue parisienne chez leur oncle Ali et son épouse. Tandis que l’aîné réussit brillamment ses études, le cadet erre au milieu des jeunes de la cité. Après le suicide de Rachel, Malrich se plonge dans le journal intime tenu par son frère pendant deux ans. Il y découvre des secrets de famille terribles liés au passé nazi de leur père, ancien officier SS réfugié en Algérie après la Seconde Guerre mondiale.
Inspiré d’une histoire vraie, Le Village de l’Allemand ou Le Journal des frères Schiller de Boualem Sansal (Editions Gallimard) propose une réflexion véhémente autour des liens de la filiation, le combat contre l’oubli et le négationnisme. Une parole nécessaire – hier, aujourd’hui, demain – à lire ou à entendre sur la scène des Gémeaux Parisiens.
Lire la suiteDANTON, ROBESPIERRE. LES RACINES DE LA LIBERTÉ – THÉÂTRE DES GÉMEAUX PARISIENS

♥♥♥♥ Dernière rencontre entre Danton et Robespierre, deux figures majeures de la Révolution française. Danton, géant excessif et spontané, amoureux du plaisir ; Robespierre, ascète élégant et réfléchi, philosophe de la Révolution. Deux conceptions de la vie, deux visions du bonheur séparent ces deux amis de légende. À une époque où, pour ses idéaux, on franchit sur l’échafaud les portes de la mort en chantant, vivre est un combat. Leur ultime joute verbale sera menée tel un duel jusqu’à la mort.
Dernier face-à-face, Danton et Robespierre, autour d’une immense table noire. Dès les premières répliques, le public plonge dans un moment essentiel de l’histoire de France. Le texte puissant d’Hugues Leforestier, mêlant astucieusement savoir historique et réflexion sur les aléas politiques rimant les destinées, est porté par la sobre mise en scène de Morgane Lombard. Il est ponctué de pointes d’humour et d’idées d’humanisme d’avant-garde. Passionnant d’un bout à l’autre. Le jeu des comédiens – Nathalie Mann et Hugues Leforestier – est hors pair. (Il n’y a pas d’erreur, c’est bien une femme qui joue le rôle de Robespierre, elle est vraiment remarquable de vérité.) Les costumes et les perruques d’époque sont magnifiques.
Lire la suiteMA FAMILLE EN OR – THÉÂTRE DES GÉMEAUX PARISIENS

♥♥♥♥ La famille Demasure, héritière surprise d’un milliardaire argentin, doit se retrouver au complet en Amérique du Sud pour toucher une fortune. Le père hypocondriaque et parano, la mère acheteuse compulsive et Arthur, le fils chouchou de sa maman trop sûr de lui, après moults tergiversations, sont prêts au départ. Manque à l’appel Ariane, la sœur rebelle. Partie faire le tour du monde depuis trois mois, personne ne sait où elle se trouve. Plus encore, elle ne veut plus entendre parler d’eux. Prêts à tout pour toucher cet argent tombé du ciel, tous trois s’engagent dans un road trip totalement délirant pour la retrouver. Sa passion pour Hergé et son illustre reporter Tintin dessinera sa feuille de route et les aidera à la retrouver. Cette épopée familiale sera l’occasion pour les vieux secrets et les anciennes rancunes de refaire surface et de découvrir les raisons qui ont poussé cet inconnu à leur léguer sa fortune.
Ma famille en or est une aventure familiale aussi hilarante qu’initiatique de Joseph Gallet et Élodie Wallace. La mise en scène d’Anne Bouvier nous embarque aux quatre coins du monde : Égypte, Tibet, États-Unis… On s’y croirait grâce au décor modulable à l’envi, au fond musical, aux costumes… Il nous semble sentir les encens et les épices. Si la mise en place de la situation est un peu longue, le déroulé par la suite nous mène de surprises en situations comiques avec délice. Le jeu des comédiens – Jean Fornerod, Joseph Gallet, Marie-Hélène Lentini, Mathilde Hennekine – est orchestré avec une précision d’orfèvre. Le rythme est effréné, les péripéties sont multiples et les révélations inattendues. Quant à leurs réactions, elles sont authentiques. Le tout, sans pathos ni mélodrame. Un vrai plaisir théâtral.
Lire la suiteDOLORES – THÉÂTRE ACTUEL LA BRUYÈRE

♥♥♥♥(♥) À 87 ans, Sylvin Rubinstein revient pour la première fois à l’Adria, célèbre cabaret où, en 1933, il a fait ses débuts aux côtés de sa sœur jumelle Maria. Il est tard, et Joseph, le serveur du lieu, passe un dernier coup de balai en prêtant une oreille – de plus en plus attentive – à Sylvin, qui a la nostalgie bavarde. Le vieil homme n’est guère loquace habituellement, mais ce soir tout est différent : le lieu le bouleverse, et la bienveillance du serveur le conforte. Il se lance et, pour la première fois de sa longue existence, il va raconter son destin hors du commun : sa carrière de danseur de flamenco fauchée au sommet de sa gloire, son amour brisé pour sa sœur jumelle et vénérée Maria, ses traumatismes, ses blessures et sa rage, le réseau de résistance qu’il rejoint et au sein duquel il s’illustre de façon exemplaire, avec parfois des habits de femme, sa folle danse sur le toit de l’hôpital lorsque Berlin est enseveli sous les bombes. Une histoire extravagante inspirée du propre récit de Sylvin Rubinstein…
Lire la suiteLE LIVRE OUBLIÉ – FESTIVAL SenS – THÉÂTRE DES GÉMEAUX PARISIENS

♥♥♥♥ Il voulait être seul. Et puis, elle entre dans son compartiment. Elle ne le regarde pas. Pire encore, c’est comme s’il n’existait pas. Elle lit. Mais il est libre, disponible. Surtout, lui est un homme à femmes et voudrait bien entamer avec elle la conversation. Comme ça, pour le plaisir de l’échange. Mais qui est-elle ? À quoi joue-t-elle ? Pourquoi cette indifférence ? Qui est cette inconnue, proche de la Passante de Baudelaire ? Que cache-t-elle ? Une station. Il l’aide à descendre sa grande et lourde valise. Elle descend du train, elle s’éloigne. Il reste seul comme il le souhaitait. Par mégarde, à moins que ce soit volontaire, elle a oublié le livre qui accaparait tant son attention il y a peu. Aussitôt, lui reviennent en mémoire de beaux textes sur les femmes et la séduction.
Dans une mise en scène épurée et une scénographie minimaliste, une simple banquette, Jean-Pierre Bouvier est parfois grave, parfois sensible, toujours rieur. Il raconte la « Femme » en empruntant ses mots aux personnages célèbres des œuvres de Racine, Beaumarchais, Molière, Cervantès, Claudel et de tant d’autres. Il les raconte « elles » pour mieux se dévoile « lui ». Il passe par tous les sangs, Dom Juan dépité et passionné. Est-ce un rêve ou un fantasme ? Un hommage à la Femme ou une ode au désir charnel ? Le tout est habilement mené en mots par Jean-Philippe Arrou-Vignod, l’architecte de ce bel assemblage littéraire.
Lire la suiteFESTIVAL OFF AVIGNON 2025 – LE MENTEUR – THÉÂTRE DU GIRASOLE (vu THEATRE DE POCHE MONTPARNASSE)

♥♥♥♥ Alors qu’il vient de terminer ses études, Dorante revient à Paris, bien résolu à profiter des plaisirs de la capitale. En compagnie de son valet, il rencontre deux jeunes coquettes aux Tuileries et s’invente une carrière militaire pour les éblouir. S’ensuit un imbroglio diabolique mêlant jeunes femmes, père et ami.
Faisant fi de l’honneur, des serments d’amitié et d’amour, Dorante s’enferre dans un engrenage de mensonges qui déclenche d’irrésistibles quiproquos. Les jeunes femmes n’étant pas en reste de supercherie, on se demande qui sera le vainqueur de ce jeu de dupes.
Lire la suiteFESTIVAL OFF AVIGNON 2025 – ROSSIGNOL À LA LANGUE POURRIE – (vu au FESTIVAL SENS – THÉÂTRE DES GÉMEAUX PARISIENS)

♥♥♥ Issus du recueil Le Cœur populaire paru en 1913, les soliloques du Rossignol à la langue pourrie de Jehan-Rictus, de son vrai nom Gabriel Randon, sont un manifeste en faveur des petites gens, des besogneux et des malfrats des faubourgs populaires de Paris du début du XXe siècle, tous les oubliés de la vie que nul ne veut voir ni même entendre parce qu’ils ont une vie chaotique et un langage bien à eux. Six portraits bruts et authentiques en sont extraits ; ils sont entrecoupés de brefs intermèdes musicaux pour apporter un brin de douceur.
Les personnages de Jehan-Rictus sont d’une vérité bouleversante. Les mots claquent comme des coups de semelle sur le pavé, les formules argotiques s’entrechoquent comme les dents des miséreux condamnés au grand vent. L’émotion rythmée de ses octosyllabes (plus proche au parler de tous les jours que les alexandrins) comme la simplicité apparente de son langage établissent une singulière communication entre le poète et le public, qu’il soit féru de poésie ou pas.
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