LES JUSTES – THÉÂTRE DE POCHE MONTPARNASSE – MOIS MOLIÈRE ET FESTIVAL OFF AVIGNON 2026

♥♥♥♥ Moscou, 17 février 1905. Quatre terroristes du Parti socialiste révolutionnaire préparent un attentat contre le grand-duc Serge, oncle du tsar Nicolas II, qui gouverne Moscou depuis onze ans. Ivan Kaliayev, dit le « Poète », tiraillé entre sa soif de justice et son respect de la vie, est chargé de lancer la bombe fabriquée par Dora. Surgit un événement inattendu qui menace de faire échouer l’attentat et qui provoque au sein du groupe un séisme existentiel…

« Même dans la destruction, il y a un ordre, il y a des limites », rappelle Albert Camus. « À travers un dilemme cornélien (sacrifier ou non des enfants) qui tourmente et déchire les protagonistes, Albert Camus nous confronte à la question de la violence au nom de causes supérieures de justice et d’humanité. […] Dans un monde violent où la sérénité du débat public est en péril et où un nouveau terrorisme fait des ravages, il est bon de se réinterroger avec Camus sur les vertus de la mesure, de se replonger dans son humanisme farouche, serviteur de l’Homme dans sa complexité et ses paradoxes, sans jamais renoncer à la possibilité du progrès », confie Maxime d’Aboville. Metteur en scène du spectacle, il a réduit la distribution à quatre comédiens de la Compagnie Les Fautes de Frappe, « jouant parfois deux personnages opposés, pour mettre en valeur ce faisceau de trajectoires morales contraires, moteur de la dramaturgie des Justes ».

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PAUVRE BITOS ou LE DÎNER DE TÊTES – THÉÂTRE HÉBERTOT

♥♥♥♥ Dans une petite ville de province, un groupe d’amis de la bonne société se donne rendez-vous pour un « dîner de têtes ». Chacun doit se faire la tête d’un grand personnage de la Révolution française. André Bitos, fils du peuple devenu magistrat incorruptible et vertueux, est l’invité d’honneur : il jouera Robespierre. Mais il semble que l’objectif de cette soirée ne soit pas uniquement de refaire l’histoire de France… Cette bande de notables en smoking – perruque va se lancer dans un jeu de massacre aussi cruel que jubilatoire.

Pauvre Bitos est créé au théâtre Montparnasse (1956) avec Michel Bouquet dans le rôle-titre. Elle décroche autant un triomphe qu’elle déclenche un scandale. Pourquoi ? Jean Anouilh osait s’attaquer, dans un parallèle avec la Terreur de 1793, à un totem : l’épuration, considérée alors comme la suite logique de la Libération de 1944. « Bitos, dans l’imagination d’Anouilh, c’était une sorte d’arrière-petit-fils de Robespierre dans la France d’après-guerre. […] À la Libération, au moment où se passe la pièce, il se livre à de sinistres épurations au nom de la Résistance, au nom du bien. Je dois avouer que, au cours des répétitions qu’il avait voulues très secrètes, je ne me suis pas vraiment rendu compte du tollé que nous allions déchaîner. C’était le 11 octobre 1956. Certains allèrent jusqu’à qualifier la pièce ‘‘d’ordure’’ ou de ‘‘crachat’’ ; la plupart reprochaient à Anouilh de souiller l’honneur et la mémoire de la France, de mettre droite et gauche dans le même sac de fiel et de mépris, de ne sauver ni pauvres, ni riches : tous infâmes, lamentables, les Français qu’il mettait en scène… Mais si cette comédie grinçante fit violemment réagir le public, elle ne manqua pas de le faire venir en grand nombre : la pièce fut un triomphe. » (Michel Bouquet, in L’homme en jeu et Mémoire d’acteur).

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