L’AUDIENCE EST OUVERTE – THÉÂTRE DE LA MICHODIÈRE

♥♥♥♥ L’Audience est ouverte aborde quatre grandes affaires emblématiques du XXe siècle à travers le prisme de plaidoiries prononcées par de grands avocats : Maître Labori avec le procès d’Émile Zola dans l’affaire Dreyfus ; Maître Dupin sur l’euthanasie en France ; Maître Molteni, dans un concours d’éloquence, sur le délit de solidarité ; Maître Jakubowicz, lors du procès de Klaus Barbie et de ses crimes contre l’humanité.

La mise en scène immersive d’Éric Théobald, entrecoupée d’images d’archives, invite le spectateur à endosser le rôle du juré. Un travail d’ambiance sonore et musical renforce la tension palpable dans une salle d’audience. Comment ne pas être happé par chaque plaidoirie ? Ces quatre affaires emblématiques ont marqué l’histoire judiciaire et font écho à des enjeux contemporains essentiels. On ne peut pas rester insensible, ne pas prendre position, ne pas entamer une introspection qui se prolongera bien après le baisser de rideau.

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UN CAFÉ AVEC CATHERINE GUIZARD, DIRECTRICE DE L’ASSOCIATION LA STRADA & CIES

L’association La Strada & Cies est fondamentalement animée par le désir de rencontrer, faire connaître, soutenir les artistes, défendre des textes, des écritures artistiques singulières, comme autant de fenêtres à maintenir ouvertes sur notre monde. Elle propose aux créateurs un accompagnement presse, diffusion, montage de production, conseil en développement et formation. La Strada & Cies s’engage pour que la diversité des propos et des pratiques artistiques ait sa place dans le monde culturel actuel. Rencontre avec Catherine Guizard, la directrice de l’association.

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VEL D’HIV – THÉÂTRE ANTOINE

♥♥ Les voix d’Antonina, Anna, Ettel, Fernande franchissent la barrière du temps pour nous interroger, nous parler en tant que filles, mères, sœurs, femmes du 16 et 17 juillet 1942, dates de la rafle du Vel d’Hiv. Elles et toutes celles qui suivront ouvriront la marche de la déportation et de la solution finale. Tour à tour incrédules, combatives, résistantes, elles affrontent l’arbitraire et la folie d’un double autoritarisme combiné : le nazisme et le collaborationnisme français.

En introduction, nous est conté comment Alice Taglioni a été approchée pour donner vie à ces feuillets historiques. Sera-t-elle la mieux placée pour défendre cette thématique, s’interroge-t-elle, elle n’est pas de confession juive. Elle n’est pas non plus troyenne et cela ne l’a pas empêché de jouer précédemment Euripide ! Est-ce d’un grand intérêt d’entendre les échanges avec son agent artistique, en fond les bruits d’un café parisien, cherchant à la convaincre d’accepter le projet ?

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LE PLUS HEUREUX DES TROIS – THÉÂTRE EDGAR

♥♥♥ Alphonse Marjavel est le plus heureux des hommes. Pour la Saint- Alphonse, sa femme Hermance, a invité tous ses amis : Jobelin l’amant de sa première femme, sa nièce Berthe et Ernest son amant. Arrivent de la Sarthe Omer et Mariette, les nouveaux domestiques qui, par leur candeur et leur ignorance, vont faire imploser tous les arrangements et l’organisation de ce joli petit monde… avec le concours d’un cerf de la forêt de Compiègne, de Cléo le poisson rouge et d’un hanneton sarthois qui vient tout droit de Pruillé le Chétif ! Qui sera le plus heureux des trois : le mari, la femme ou l’amant ?

Le Plus Heureux des trois, d’Eugène Labiche et Edmond Gondinet, a été présenté pour la première fois au Théâtre du Palais-Royal (Paris, 1870). Adapté et mis en scène par Luq Hamett (directeur du Théâtre Edgar), ce vaudeville étourdissant est mené tambour battant pendant ses trois actes au cours desquels des situations farfelues s’enchaînent avec célérité.

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LA P’TITE DÉBROUILLE – LES ENFANTS DU PARADIS

♥♥♥♥ 1942. Jean, un zazou, blessé et obligé de fuir, trouve refuge dans un hôpital abandonné de Picardie où survit Paul, un handicapé moteur. Rejoints par Michèle, une fermière, adoratrice de Pétain séparée de sa famille, ils vont devoir se confiner jusqu’à la fin de la guerre. Aux antipodes les uns des autres, tous trois vont tenter de rendre leur quotidien léger, malgré les choix et les difficultés imposés par la guerre.

La P’tite Débrouille est une comédie sur fond historique pleine d’humour et de dérision. Étonnamment, sous ses airs de légèreté, elle déborde d’humanité et de tolérance. Franck Le Hen, l’auteur, nous fait passer du rire aux larmes. Que d’émotion ! Un vrai bonheur théâtral sans autre prétention que de divertir intelligemment : on y parle des rapports humains en temps de crise, lorsque des vies sont en jeu, quand l’avenir de l’humanité est incertain.

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PARTIE – LE CENTQUATRE-PARIS

♥♥♥ En 1913, Louis et sa mère habitent un quartier populaire parisien. Louis vend à la criée du mouron, une petite plante destinée à nourrir les oiseaux dans les parcs. Éliane, sa mère, est vendeuse de quatre saisons. Mobilisé en 1914, Louis est envoyé au front, dans l’enfer de la Première Guerre mondiale. Il est âgé de 19 ans. Partie raconte son histoire, au fil des lettres qu’il envoie à sa maman.

Sur scène, Justine Bachelet donne vie à l’échange épistolaire poignant entre le jeune homme et sa mère, qui décrit l’horreur de la Première Guerre mondiale et les mécanismes idéologiques du patriotisme. Elle joue l’un et l’autre. Choix fort discutable.

Basé sur un rigoureux travail de recherche d’archives autour de la Première Guerre mondiale, le texte de Tamara Al Saadi s’inscrit dans le registre d’un théâtre documentaire. Plein de sensibilité et d’émotion, il est le creuset de la rencontre entre l’intime et la grande Histoire. Pourquoi ce titre Partie ? C’est Louis, un homme, qui est parti à la guerre. Pourquoi le choix du féminin ? Là est la question sans réponse apparente.

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BIOGRAPHIE : UN JEU – THEATRE MARIGNY

♥♥ À la faveur de sa rencontre avec Antoinette, le professeur Kürmann rejoue sa vie, retouche son existence, explore les possibles, et s’imagine un autre passé pour espérer un autre avenir. Et s’il pouvait, à cinquante ans, rejouer sa vie, les grandes scènes de sa vie, en modifier un geste, un mot, en déjouer le cours, et surtout éviter une rencontre, celle d’Antoinette, miracle et cauchemar de son existence ? C’est la règle de ce jeu : réécrire sa biographie.

Vingt ans après sa première mise en scène de Biographie : un jeu(1999, Cartoucherie, François Berléand et Emmanuelle Devos) Jérôme Bélier-Garcia reprend la comédie douce-amère de Max Frisch où le professeur Kürmann a le privilège de pouvoir revenir dans le temps, le suspendre, choisir d’autres voies dans l’espoir de s’offrir un meilleur avenir sentimental. Mais il n’est pas si aisé de décider de modifier le cours de sa vie en toute conscience d’où une multitude d’interrogations engoncées d’indécisions. Immanquablement, s’ensuivent de (trop) nombreux comeback pour réécrire la rencontre fatidique et le premier matin du professeur Kürmann et d’Antoinette en modifiant un geste, une parole, une sortie, un accessoire. Les propos et les faits sont répétés à l’envi qu’ils finissent par lasser jusqu’à l’ennui bon nombre de spectateurs.  

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MA VERSION DE L’HISTOIRE – THÉÂTRE MICHEL

♥♥♥ Valentine et Sam font une thérapie de couple. Sam n’a pas du tout envie d’être là. Valentine pense que c’est essentiel. Elle raconte leur vie commune. Sam s’insurge : ça ne s’est pas passé comme ça ! Et il se met à raconter sa propre version de l’histoire. Ils ont vécu ensemble pendant vingt ans mais ils n’ont pas vécu la même histoire. Alors, qui a tort, qui a raison ?

À la fois drôle et fin, Ma version de l’histoire a tout d’un bon spectacle : un texte de Sébastien Azzopardi savoureux et surprenant à différents points de l’intrigue, une mise en scène alerte et originale, un fond de décor en forme de kaléidoscope permettant des changements rapides de lieux et de temps. Quant au jeu des comédiens, il est pétillant et juste. Ils sont tous talentueux, autant les têtes d’affiche, Sébastien Azzopardi et Miren Pradier, que les seconds rôles, Déborah Leclercq et Alexandre Nicot, interprétant une multitude de personnages.

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J’AI SI PEU PARLÉ MA PROPRE LANGUE – THÉÂTRE DE LA REINE BLANCHE (vu à Reims au Cellier)

♥♥ Aujourd’hui, la Radio amicale du Soleil, « la radio de tous les rapatriés d’Algérie », rend hommage à Carmen Sintès, figure emblématique de ce quartier de Cannes. Diffusée en direct et en public, l’émission rassemble autour de la présentatrice Rosa Crémieux plusieurs invités qui ont bien connu Carmen : Jeannine, sa meilleure amie depuis les années de jeunesse en Algérie et une invitée surprise, l’autrice Angèle Deriaut.

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FEMME NON RÉÉDUCABLE – STUDIO HÉBERTOT (vu au Théâtre Au bout là-bas)

♥♥♥ En 2005, Vladislav Surkov, le très puissant secrétaire de Vladimir Poutine, signe une circulaire dans laquelle il constate que les ennemis de l’État se divisent en deux catégories : les ennemis avec lesquels on peut raisonner et ceux avec qui on ne peut pas, ces derniers sont dits « non rééducables ». La journaliste d’investigation, militante des droits de l’homme Anna Politkovskaïa était certainement de ceux-là.

Femme non rééducable raconte l’itinéraire d’Anna Politkovskaïa qui ne cessa de dénoncer les exactions des camps russes et tchétchènes par la description objective des faits. « Je me limite à raconter des faits. Les faits : tels qu’ils se produisent, tels qu’ils sont. Ça peut paraître la chose la plus simple, ici, c’est la plus difficile. Et ça coûte un prix fou. Quel prix ? Le prix que tu payes quand tu ne pratiques plus un métier, mais tu rentres en guerre. Tu combats. Tu te sens un combattant », affirme Stefano Massini. Anna Politkovskaïa sera assassinée le 7 octobre 2006 à Moscou, jour de l’anniversaire du chef de l’État Vladimir Poutine. Son corps est découvert dans la cage d’escalier de son immeuble, dans le centre de Moscou, un pistolet et quatre balles à ses côtés.

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