DIALOGUES DE BÊTES – THÉÂTRE LE LUCERNAIRE

♥♥ Faire parler un chat, un chien, pénétrer un monde mystérieux, drôle, cruel et tendre à la fois est né de l’inspiration de Colette. Donner à entendre ceux qui nous observent, nous reniflent, nous pressentent, ceux qui nous adorent bien au-delà de ce que nous pouvons imaginer. Dans Dialogues de bêtes, Colette dit « la triste tendresse qui fait battre si vite le cœur des  bêtes », mais aussi la révolte qui fait battre si fort le cœur des femmes…

« Colette donne la parole à deux bêtes, un chat et un chien, Toby-Chien et Kiki-La-Doucette. Ils parlent de leurs maîtres, les Deux-Pattes, Lui et Elle, Willy et Colette. Plusieurs tableaux pour accéder au “cœur des bêtes”, en révéler la beauté, la pudeur, la vulnérabilité, le côté fantasque aussi. Le chat et le chien servent à Colette de masque pour faire entendre sa vérité, celle de sa relation au monde, et aussi la vérité des relations entre les êtres : entre chien et chat, entre Lui et Elle… » (Élisabeth Chailloux).

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LE SIFFLEUR – THÉÂTRE DE LA GAÎTÉ- MONTPARNASSE

♥♥♥♥ Le public n’est pas du genre à supporter les circonvolutions d’un historien en pleine conférence sur l’histoire de la musique sifflée, genre méconnu ? Qu’à cela ne tienne. Pour servir son sujet, notre spécialiste consent, au détour d’un morceau, à vulgariser, ne laissant rien au hasard pour amuser son public. Rien n’est trop beau pour le séduire : Bizet, Mozart, Schubert, Ennio Morricone…

Auteur, metteur en scène et interprète, Fred Radix dit Le Siffleur est un artiste incroyable. Nous l’avions apprécié dans La Claque qui se joue toujours au Théâtre de la Gaîté-Montparnasse. En queue-de-pie, il mène à la baguette une conférence burlesque à l’humour totalement décalé (et très sérieuse à la fois) avec une technique de virtuose. Il raconte avec poésie la première partition de musique sifflée (La Flûte enchantée de Mozart), interprète divers extraits de compositions classiques très connus (Schubert, Mozart, Bizet…), de génériques de films culte (Le Gendarme de Saint-Tropez, Le Bon, la Brute et le Truand…) jusqu’aux emprunts aux compositeurs de chants d’oiseaux ! Le tout est agrémenté d’une multitude d’anecdotes et de jeux. Fred Radix ne laisse pas une minute de répit aux spectateurs, sous le charme, qu’ils soient ou non férus de musique classique ou sifflée et de tous les âges.

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LES LIAISONS DANGEREUSES – COMÉDIE DES CHAMPS-ÉLYSÉES

♥♥♥♥ La marquise de Merteuil sollicite son ancien amant, le vicomte de Valmont, pour lui proposer un défi immoral : elle souhaite se venger d’une ancienne infidélité en corrompant la jeune Cécile de Volanges, tout juste sortie du couvent, en lui ôtant sa virginité avant le mariage. ​Valmont, quant à lui, s’est mis en tête de séduire Mme de Tourvel, une jeune femme mariée et pieuse…

« Alors qu’en France on s’abreuvait des intrigues amoureuses de Marivaux, au théâtre, sous le manteau, on faisait secrètement circuler les lettres de Choderlos de Laclos. Et c’était déjà du théâtre. Car les personnages s’expriment à la première personne, sans narration, sans intervention de la part de l’auteur. J’ai souhaité préserver, dans cette adaptation inédite, toute la finesse et la préciosité de la langue. Sa force brute et ciselée. Et surtout la noirceur des personnages et du propos. » Arnaud Denis signe l’adaptation comme la mise en scène, mettant en exergue perversité des situations et affrontements larvés de rancœur. « Le vrai thème, bien sûr, c’est l’amour, et comment l’amour propre empêche l’amour. Car Merteuil et Valmont s’aiment profondément. Ils sont juste incapables de se l’avouer. Alors ils sèment le mal. Leur oisiveté d’aristocrate est comme un terreau pourri, qu’il faut sans cesse remuer pour en dissiper l’ennui. » Le décor de Jean-Michel Adam leur offre un magnifique écrin où les uns se délecteront à faire le mal à d’autres qui ne connaissent que bonté et générosité.

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LA CLAQUE – THÉÂTRE DE LA GAÎTÉ-MONTPARNASSE

♥♥♥♥ 1895 dans un théâtre parisien. Auguste Levasseur, chef de claque, dirige une troupe de complices, qui, mêlés au public, sont chargés d’applaudir aux moments opportuns car une pièce applaudie est une pièce à succès. Or, à deux heures d’une grande première, Auguste est abandonné par sa claque. Il charge alors Fauvette, musicienne de l’orchestre, et Dugommier, régisseur du théâtre, de trouver des remplaçants pour sauver la représentation du soir. Il ne reste plus qu’une heure trente avant le début de la première pour faire répéter les claqueurs novices en leur interprétant des extraits du spectacle qui ne compte pas moins de cinq actes, quarante musiciens et trente changements de décors ! La tâche est ardue, ils ne sont que trois, et ce soir, leur carrière ne tient plus qu’à une claque !… Elle sera assurée par les spectateurs du théâtre de la Gaité Montparnasse avec un immense plaisir.

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LA FIN DU DÉBUT – THÉÂTRE LEPIC

♥♥ Malgré la présence généreuse et la faconde indéniable du comédien, le seul en scène de Solal Bouloudnine n’a pas réussi à me convaincre. Sans doute est-ce lié au côté un peu trop brouillon de la mise en scène et du ton adopté, qui hésite entre plusieurs styles (jeu survolté, nostalgie à travers la musique et les vidéos des années 1990, humour potache ou franchement outrancier). Le postulat de départ : la mort brutale du compositeur et chanteur Michel Berger (décédé à 44  ans d’une crise cardiaque) qui aurait fait prendre conscience de la finitude de la vie au gamin de 6 ans qu’était l’humoriste à l’époque. À partir de là, il se construit un monde virtuel où le va-et-vient entre rêve et réalité, personnages réels ou inventés, va lui permettre de conjurer son angoisse de la mort.

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COMME IL VOUS PLAIRA – THÉÂTRE HÉBERTOT

♥♥♥ Un jeune duc, après avoir banni son grand frère, le vieux duc, décide de bannir sa nièce Rosalinde, la fille du vieux duc. Mais sa fille Célia, se considérant comme la sœur de Rosalinde, la fille du vieux duc, s’enfuie avec elle dans la forêt à la recherche de celui-ci. Poursuivies par le jeune duc, Rosalinde se déguise en homme, et Célia en bergère. Le vieux duc, le jeune duc, la fille du vieux duc, la fille du jeune duc, les amis du vieux duc, les amis du jeune duc, tout ce petit monde se retrouve dans la forêt des Ardennes…

Dans cette nouvelle adaptation de Pierre-Alain Leleu, moderne et enlevée, de la comédie Comme il vous plaira de William Shakespeare, se mêlent aventure, amour, désir, amitié, passion, jalousie… Les quiproquos s’enchaînent, les ducs et les duchesses en herbe se cherchent et se retrouvent, se détestent et s’aiment et s’épousent. Sous la houlette tonique de Léna Bréban, la mise en scène est détonante, décalée. Le rythme est mené tambour battant du lever au tomber de rideau. Le décor est féérique. Le texte est impertinent à souhait. La musique des Beatles et de Georges Moustaki accompagnent le tout. Quant aux neuf acteurs/chanteurs musiciens (Léna Bréban en alternance avec Ariane Mourier, Valentin Rolland en alternance avec Lionel Erdogan, Éric Bougnon, Adrien Dewitte, Pierre-Alain Leleu, Juliette Mayer-Michalon, Adrien Urso et Jean-Paul Bordes), tous talentueux, Barbara Schultz en tête, ils se déchaînent sur la scène comme dans la salle pour le plus grand plaisir ou étonnement du public. C’est selon.

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OMBRES PORTÉES – THÉÂTRE SILVIA MONTFORT

♥♥♥♥ La chorégraphe et metteuse en scène Raphaëlle Boitel, fondatrice de la compagnie « L’Oublié(e) », délivre avec son spectacle « Ombres Portées » une pièce très singulière et d’une grande épaisseur. Pour raconter l’histoire d’une famille rongée par le secret, en proie aux non-dits et aux silences, elle convoque toutes les expressions scéniques : danse, théâtre, arts du cirque qui se conjugent au plateau avec pureté, densité, élégance. Beau, graphique, et incroyablement inspiré.

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EXIT – THÉÂTRE 14

♥♥♥♥Jacklyne, Manu, Laurent, Docteur Jean et Sophie sont accompagnateurs bénévoles dans l’association Exit. Ils sont les héros du quotidien de nombreux malades, ils osent regarder la mort en face. Nous les suivons dans leurs réunions, leurs permanences téléphoniques, leurs randonnées. De la prise de contact jusqu’à la mort, ces anti-héros accompagnent, avec leurs propres limites, les malades vers une issue qu’ils estiment plus digne.

Depuis 1982, en Suisse, des associations telles qu’Exit proposent en toute légalité une assistance au suicide pour les personnes atteintes d’une maladie incurable.

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LE NEVEU DE RAMEAU – THÉÂTRE DE L’ESSAION

♥♥♥ Vers 1760, au café de la Régence non loin du Palais-Royal à Paris, lieu où les clients aiment à jouer aux échecs, un dialogue philosophique et pétillant, portant sur la morale, l’art, l’éducation et les mœurs, s’engage entre Denis Diderot, le fondateur de l’Encyclopédie (œuvre emblématique du siècle des Lumières), et un bohème cynique et braillard : Jean-François Rameau, neveu déchu du grand compositeur Jean-Philippe Rameau. Diderot est littéralement fasciné par ce personnage composé « De hauteur et de bassesse, de bon sens et de déraison », un être abject mais délivré de son abjection par la fierté qu’il en tire. Les deux hommes s’opposent en tout… ou presque.

Dans un décor sommaire (une table, un banc, deux chaises), la joute verbale entre ces deux tempéraments de feu que sont Diderot et Rameau est brillante, virevoltante, pétillante. De haute volée. Les deux antagonistes rivalisent d’intelligence et de malice, le sophisme de l’un répondant avec brio à la philosophie de l’autre. Il est vrai, on ne peut qu’en convenir : les dialogues signés Diderot sont étincelants tant par la forme que par le fond. Et d’une modernité époustouflante ! « L’homme est le terme unique d’où il faut partir et auquel il faut tout ramener. » Il en est toujours ainsi malgré les siècles qui nous séparent de leur rédaction.

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CLÔTURE DE L’AMOUR – THÉÂTRE DE L’ATELIER

♥♥♥ Les mots frappent, cognent, vont droit au corps et au cœur comme autant de scuds destinés à atteindre l’adversaire. Car c’est bien d’un combat qu’il s’agit ici. Le dernier. Celui que se livrent Audrey et Stan (les vrais prénoms de leurs interprètes) devant nous pour mettre fin à leur histoire d’amour. Deux artistes, qui partagent leur vie et leur travail depuis longtemps.
C’est l’homme – une fois n’est pas coutume – qui lance l’attaque. Pour dire qu’il n’aime plus cette femme, sa femme, qu’il ne la désire plus et qu’il va partir. Mais avant de la quitter, il entreprend, dans un violent monologue, une minutieuse entreprise de démolition de leur amour.

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