LES GRATITUDES – THÉÂTRE DU PETIT-SAINT-MARTIN

♥♥♥♥ Quoi de pire pour une femme de mots que de sentir, avec l’âge, que ceux-ci lui échappent, qu’elle n’arrive plus à formuler sa pensée comme elle le souhaiterait ? C’est la terrible réalité – l’aphasie – à laquelle est confrontée Michka, ancienne parolière, que cette situation plonge dans le désarroi et la peur de rester seule. Voilà pourquoi elle vient solliciter une place dans un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Dans ce monde impitoyable qui « accueille » des personnes âgées, très âgées et du « quatrième âge », comme les qualifie non sans humour Michka, elle se heurte à un quotidien marqué par des rituels immuables et, surtout, le manque de liberté.

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ANTOINE ET CLÉOPÂTRE – THÉÂTRE DE LA BASTILLE

♥♥♥L’actuel directeur du festival d’Avignon, Tiago Rodrigues, est revenu présenter au théâtre de la Bastille, son port d’attache parisien, Antoine et Cléopâtre, l’une des pièces emblématiques de son répertoire. Créée en 2014, la proposition est un récit singulier, un moment de théâtre totalement suspendu, puissant, parfois déroutant. Mais d’une infinie séduction.

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PORT-AU-PRINCE ET SA DOUCE NUIT – THÉÂTRE 14

♥♥ Dans l’intimité de leur chambre à coucher, éclairée par une simple bougie, un couple qui n’arrive pas à dormir évoque la ville qu’il aime tant, rongée par une pauvreté et une insécurité endémiques. Les deux amants se remémorent leurs plus beaux souvenirs, chantent, se caressent, se déchirent… avant la séparation qui paraît inéluctable. Elle, Zily, veut partir vivre ailleurs avec lui, mais Ferah refuse de quitter son île, attaché à son travail à l’hôpital. En toile de fond se découpe la silhouette de Port-au-Prince qui tangue, plongée dans un crépuscule bleuté. De temps en temps, des coups de feu émaillent la nuit, rappelant le chaos au-dehors.

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DOLOROSA – THÉÂTRE DU ROND-POINT

♥♥ Le metteur en scène Marcial di Fonzo Bo adapte Dolorosa, la pièce de l’auteure allemande Rebekka Kricheldorf, nouvelle star du théâtre berlinois. Librement inspirée des Trois soeurs de Tchekhov, la pièce questionne les états d’âme d’une fratrie, Micha, Olga et Irina, au fil de trois anniversaires successifs de l’une d’elles. La pièce brosse en creux le portrait d’une génération désenchantée, mal à l’aise dans son époque, incapable d’apporter un sens à leur existence. Un spectacle ambitieux mais inégal.

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DES SPECTACLES À DECOUVRIR OU À REVOIR SUR CULTUREBOX

En hiver, nous apprécions particulièrement de faire du cocooning au fond de notre canapé avec une bonne tasse de thé bien chaude et sous notre plaid préféré. L’occasion peut-être de découvrir un ou plusieurs spectacles qu’on a manqués sur les planches ou bien de revoir une pièce de théâtre qu’on a appréciée.

Sont actuellement disponibles sur la plateforme France TV quelques spectacles chroniqués par Coup de théâtre précédemment :

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FACE AUX MURS – LA SCALA PARIS

♥♥♥♥Sur scène, un homme nous surplombe, dans une atmosphère mystérieuse, presque surnaturelle, nimbée de brume. Solitude. Soudain, l’homme chute et disparaît. Surgit une étrange structure métallique qui ressemble à une cage, derrière laquelle apparaissent des ombres chinoises. Emprisonnement. Puis, la structure pivote sur elle-même, créant de nouveaux espaces de possibles. Nous voici cette fois plongés dans un monde urbain, enveloppé de lumières rasantes, où des silhouettes masculines, en manteau de ville ou en streetwear, se dressent devant nous, étrangement figés. Incommunicabilité. Une jeune femme, légère et rieuse, court de l’une à l’autre et s’amuse à les faire tomber, telles des quilles dans un jeu. Les hommes s’animent peu à peu, des interactions se créent entre eux, rompant leur solitude.

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LES FEMMES DE BARBE-BLEUE – THÉÂTRE DE BELLEVILLE

♥♥♥♥ « Derrière toute porte qu’on a peur d’ouvrir, toute question qu’on refuse de se poser, toute liberté à laquelle on accepte de renoncer, il y a une femme mise à mort par le prédateur en nous : La Barbe Bleue. » Cette citation de Clarissa Pinkola Estés – psychanalyste américaine d’origine mexicaine et auteure du célèbre Femmes qui courent avec les loups – pourrait servir de manifeste au spectacle que Lisa Guez a créé, en 2018, au Lavoir moderne parisien. Cette mise en scène ose revisiter le conte de Perrault avec une belle lucidité féministe, transformant la fable moralisatrice en quête jubilatoire de liberté. Qu’y a-t-il derrière cette porte que la cinquième épouse tremble d’ouvrir ? Et si cette curiosité qualifiée de « féminine » – comme s’il s’agissait d’un intolérable défaut – n’était autre qu’une pulsion de vie, légitime et nécessaire pour devenir une femme accomplie ?

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AU CHŒUR DES FEMMES – COMPAGNIE SANS LÉZARD

♥♥♥♥ Josiane est partie, Pierrot est effondré. Trouvera-t-il un réconfort, des réponses au Chœur des femmes, café où l’on a coutume de philosopher en chansons ?

Fondée en 2007 par Hélène Morguen, la Compagnie Sans Lézard réunit des artistes de différents horizons – comédiens, chanteurs, musiciens –autour de spectacles dont l’originalité est de mêler la comédie au chant, l’humour à l’émotion, tout en mettant en avant des thématiques fortes, des personnages aux caractères bien trempés et des périodes de notre histoire en explorant le répertoire français d’hier et d’aujourd’hui (d’Edith Piaf à Juliette en passant par Brassens, Trenet, Ferrat, Aznavour, Yvette Guilbert, Lynda Lemay, Juliette Gréco, Anne Sylvestre ou Barbara pour n’en citer que quelques-uns !).

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LE PREMIER SEXE OU LA GROSSE ARNAQUE DE LA VIRILITÉ – LA SCALA PARIS

♥♥♥Comme son titre l’indique en partie, c’est le seul en scène d’un homme d’aujourd’hui, avec ses doutes, ses faiblesses, ses difficultés à trouver son chemin personnel. Un homme qui ne se reconnaît pas dans ce que les autres voudraient qu’il soit, à savoir, l’incarnation de la masculinité triomphante et de ses valeurs (la force physique et mentale, le succès auprès des filles, etc.)

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OBLOMOV –THÉÂTRE ESSAÏON

♥♥♥♥ Se lèvera ou se lèvera pas ? Oblomov est une sorte d’« aquaboniste » qui vit dans la Russie de la fin du XIXe siècle, dirigée par une aristocratie en pleine décadence. Reclus dans son appartement avec son vieux domestique Zakhar, il passe toutes ses journées au lit, repoussant sans cesse les tâches de la vie courante qu’il juge futiles. Le cadre feutré de la petite salle de l’Essaïon se prête merveilleusement à la mise en scène intimiste adoptée par Jacques Connort pour ce drôle de duo maître-valet.

Nous sommes littéralement dans la chambre d’Oblomov plongée dans une semi-obscurité, presque au pied de son lit, où le jeune trublion se complaît à se tourner et se retourner devant nous dans un fouillis de draps et d’oreillers. Ce lit, qui occupe tant de place dans la vie d’Oblomov (et sur scène), semble symboliser toute son existence, cocon douillet qui le protège de la réalité. À ses côtés, Zakhar incarne une figure stable et bienveillante, quasi paternelle, qui exhorte vainement son maître à sortir de son apathie et à assumer ses responsabilités.

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