HUIS CLOS – THÉÂTRE DE L’ATELIER

♥♥♥♥ Voici une pièce que tout le monde connaît ou croit connaître. Et pour cause, qui ne l’a pas étudiée au lycée ? Écrite par Sartre en 1943, elle fit scandale à sa sortie. Même si le contexte a radicalement changé, le texte n’a pas pris une ride. S’il nous touche encore à ce point aujourd’hui, c’est parce qu’il parle de nous face au jugement d’autrui et surtout, face à nous-mêmes.

L’argument est on ne peut plus simple. Trois personnes (un homme et deux femmes) se retrouvent en enfer. Pas grand-chose de commun en apparence entre le journaliste Garcin, veule et cynique, Inès, l’employée des postes séductrice et manipulatrice, et Estelle, la prétendue femme du monde et fausse ingénue, si ce n’est que ce sont tous trois sont de beaux salauds.

Dans ce jeu où personnes n’est dupe (sauf de lui-même), chacun tend à l’autre le miroir de ses mensonges et de ses lâchetés. Peu à peu, les masques tombent et nos trois personnages se rendent compte qu’ils n’existent qu’à travers le regard des deux autres. Ils vont découvrir rapidement qu’ils ne sont là que pour souffrir et se faire souffrir mutuellement.

Un trio diabolique

Dans cette mise à nu de l’âme humaine, Jean-Louis Benoit opte pour une mise en scène tout aussi dépouillée. Avec une scénographie et un décor réduits au minimum (trois canapés et une console), il laisse la part belle au texte. Curieusement – et c’est la révélation de ce spectacle –, c’est comme si celui-ci, libéré de son carcan, laissait percer, derrière la férocité de son propos, des relents d’humour noir.

La mise en scène s’efface aussi devant le jeu de ce trio diabolique. Maxime d’Aboville est parfait dans le rôle du lâche, incapable d’assumer la responsabilité de ses actes et poussé dans ses retranchements par Inès. Prisonnier du regard des autres et prêt à tout pour ne pas faire face à lui-même, il nous impressionne par son jeu tout en contraste. Marianne Basler, quant à elle, campe une homosexuelle cinglante, fascinante de cynisme et de lucidité. Proie toute désignée pour ces deux fauves prêts à s’entredévorer, Mathilde Charbonneaux joue avec finesse de sa féminité et de sa prétendue fragilité.

Même si l’on en connaît déjà la fin, on ne peut s’empêcher d’être captivé par l’âpreté de ce combat. Un combat qui se livre avec des mots aussi tranchants que des armes, portés par des acteurs incandescents.

Le billet de Véronique

HUIS CLOS

Théâtre de l’Atelier, place Charles-Dullin, 75018 Paris

Jusqu’au 18 mars 2022

Du samedi au mardi à 19 h

Crédits photo : Pascal Victor – Agence Opale

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