MONSIEUR X – THÉATRE DE L’ATELIER

vz-6f7e1df0-81ac-47c1-af3c-fa82ae3d14c3♥♥♥♥ La pièce se déroule dans l’appartement de Monsieur X, dans une ville quelconque. Un homme à la retraite, en apparence comme les autres, avec sa petite vie routinière et modeste. Mais peu à peu, son appartement devient le théâtre d’un dérèglement du réel : les murs lui parlent, le lit aspire les objets par en dessous, le frigo lui fournit à la demande des repas, des fleurs et même du champagne… Ce qui pourrait n’être qu’un prétexte à effets comiques se révèle être une méditation délicate sur la solitude et cette capacité proprement humaine à transfigurer le banal en merveilleux.

L’univers visuel créé par la Mathilda May fourmille de trouvailles qui oscillent entre surréalisme et poésie pure. Une lettre d’amour qui pleure (de vraies larmes), la bouilloire qui indique la direction à suivre, une fenêtre dans laquelle apparaît un monde à la Magritte, aussi absurde qu’inquiétant, rappelant Monsieur X à la réalité : chaque objet devient le vecteur d’une émotion, d’un désir refoulé. L’utilisation ingénieuse de la vidéo et des bruitages amplifie cette porosité entre le dedans et le dehors, entre l’imaginaire et le réel. 

Mais c’est bien sûr Pierre Richard qui donne chair à cette fable onirique. Avec son air lunaire et sa démarche de funambule en déséquilibre, il incarne ce rêveur incorrigible, à mi-chemin entre Buster Keaton et M. Hulot. Sa gestuelle minimaliste – un haussement d’épaules, un regard étonné, une hésitation dans la démarche – suffit à exprimer tout un spectre d’émotions : la joie, la mélancolie, l’émerveillement, l’agacement face au chaos qui l’entoure. La scène où il peint l’objet de son désir, qui sort alors du cadre comme par enchantement pour venir lui parler, se révèle particulièrement troublante. S’y déploie un chassé-croisé vertigineux où rêve et réalité s’imbriquent si étroitement qu’on ne sait plus très bien où commence l’un et où finit l’autre. 

Mathilda May a écrit ce spectacle sur mesure pour le comédien, et cette adéquation parfaite entre l’interprète et son rôle confère à l’ensemble une délicatesse teintée de poésie. S’esquisse en filigrane une réflexion sur la vieillesse comme retour à l’enfance et sur l’imagination comme ultime refuge contre la pesanteur du monde. Un spectacle qui ne cherche ni à démontrer ni à convaincre, mais simplement à nous faire flotter un instant dans cet entre-deux fragile où tout reste possible.♦

Véronique Tran-Vinh

MONSIEUR X

Théâtre de l’Atelier
1, place Charles-Dullin, 75018 Paris (métro Anvers, Pigalle, Abbesses)

Jusqu’au 18 mars inclus
Relâches exceptionnelles du 7 au 14 janvier 2020 inclus
Du mardi au samedi à 19 heures, dimanche à 15 heures
Durée : 1 h 10

Crédit photo : Pauline Maillet

Monsieur X - Pierre Richard © Pauline Maillet-22 (1)

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