TOUTES LES PETITES CHOSES QUE J’AI PU VOIR – THÉÂTRE DU ROND-POINT

♥♥♥ Qui ne connaît pas les nouvelles de Carver risque d’être dérouté par ce spectacle ; a contrario, les admirateurs de l’écrivain y retrouveront son univers si singulier. En adaptant quelques courtes histoires (dont Les Vitamines du bonheur) pour la scène, la comédienne et metteuse en scène Olivia Corsini parvient à restituer le trait incisif de celui que l’on surnomme le « Tchekov américain », décrivant la vie des laissés-pour-compte de l’Amérique désenchantée des années 1970. Né en Oregon en 1938, Carver a multiplié les petits boulots avant de connaître le succès et de mourir prématurément d’un cancer à l’âge de 50 ans. Comme souvent chez lui, le désespoir côtoie la dérision, une dérision qui semble être le symptôme d’une lucidité ultime.

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GAUGUIN–VAN GOGH – LE LUCERNAIRE

♥♥♥♥ Quelques semaines avant le 23 décembre 1888, le fameux jour où Vincent Van Gogh se coupera l’oreille avec son rasoir, Paul Gauguin le rejoint dans sa maison d’Arles à la demande insistante de Théo Van Gogh. Vincent y vit depuis quelques semaines, avec une certaine sérénité, pensionné par Théo. L’idée ? Fonder en Provence une maison d’artistes d’avant-garde. Vincent voue une admiration sans faille à Paul Gauguin, l’un des pères de l’art moderne. Pourtant, que de querelles éclatent entre eux pendant leur tumultueuse cohabitation. Leurs deux visions opposées de la peinture s’entrechoquent (Gauguin l’imaginaire, Van Gogh la nature), comme leurs modes de vie, leurs caractères. Chez eux, tout est dissemblable. Mais comment Vincent est-il arrivé à ce niveau de désespoir jusqu’à s’automutiler ? Gauguin – Van Gogh retrace fidèlement ces neuf semaines incandescentes.

Le face-à-face entre les deux peintres interprété par William Mesguich (Van Gogh) et Alexandre Cattez (Gauguin) est éblouissant de talent et de sincérité. La vive tension émotionnelle entre les deux hommes monte crescendo au fil des scènes pour atteindre une incroyable intensité qui s’achèvera par le geste fatal. Les mots de Cliff Paillé sont fougueux comme les personnalités décrites sont justes, l’un est nerveux et dépressif, l’autre est jouisseur et confiant en son avenir. La mise en scène de Cliff Paillé et Noémie Alzieu orchestre à merveille la dégradation inéluctable de leur relation et annonce la fin tragique de l’artiste maudit.

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