LYSISTRATA LA GRÈVE DU SEXE – À LA FOLIE THÉÂTRE

198Et si pour que cesse à jamais la guerre entre Athènes et Sparte, il suffisait de faire la grève du sexe ?

Sur le ton du conte musical, la Compagnie Poupées Russes donne un grand coup de jeune à un texte écrit en 411 avant J.-C par Aristophane, l’illustre poète comique grec. Toujours avec humour, vitalité et plaisir, les comédiens nous entraînent dans cette quête folle de la paix par des femmes prêtes à tout pour garder leur mari et leurs enfants mâles près d’elles et surtout que plus jamais ils ne meurent au combat. Jeux d’acteurs et jeux de mots – parfois osés, jamais vulgaires – se bousculent pour le plus grand bonheur des spectateurs. Si on se réjouit devant le désespoir des époux, on s’étonne de l’ingéniosité des femmes pour résister aux tentatives de séduction des hommes à leur corps défendant. Surtout elles résistent, elles font bloc et elles obtiendront que les hommes fassent enfin la paix… et tant pis pour les anachronismes.

Aristophane flirte sans complexe avec notre actualité contemporaine. Et on se surprend à espérer qu’un jour prochain, toutes les femmes des pays où leurs droits sont bafoués ou empêtrés dans des conflits guerriers sans fin fassent la grève du sexe avec autant d’humour et de maestria dans le jeu et la voix.

Le regard d’Isabelle 

LYSISTRATA – LA GRÈVE DU SEXE

A la Folie théâtre, 6 rue de la Folie Méricourt, 75011 Paris 

Jusqu’au 8 novembre 2015

Les jeudis à 19h30, les samedis à 18h et les dimanches à 16h30

Crédit photos : Harold Passini 

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CAMILLE CLAUDEL – À LA FOLIE THÉÂTRE

168Dans son atelier qu’on a l’impression de partager, tant la proximité entre la scène et le public est étroite, Camille, assise sur un banc, dans une tenue de coton blanc, chante à tue-tête et bavarde à en perdre haleine tandis qu’elle lace ses bottes et continue de s’apprêter. Debout, ses mains cherchent éperdument le sculpteur Rodin, son amant (imaginé alors sur scène). Elle l’invite à lui prendre sa main.

En costume d’époque, Octave Mirbeau, Henri Asselin, critiques d’art et journalistes et le peintre Eugène Blot (trois rôles interprétés par Frédéric Goetz et Nicolas Pignon) occupent le fond de la scène, attablés et affairés à lire leurs correspondances. Ils n’ont de cesse de porter, à la lumière d’une bougie, Camille et son œuvre pour que l’éternité ne les oublie pas. Qu’ils se rassurent, Christine Farré (Camille et metteur en scène de la pièce) l’incarne avec une telle vitalité qu’elle semble être là, devant nous. Agenouillée sur le sol, habitée par une force impérieuse et impénétrable, elle creuse, triture, étire, modèle la terre sous ses mains passionnées qui donnent forme à la vie, aux Causeuses… Un talent qui rencontrera bien des déboires à s’exprimer longtemps dans l’ombre de Rodin, prisonnière d’un siècle machiste qui ne l’attendait pas : l’État français ne lui passera aucune commande, elle s’empêtrera dans des difficultés financières. Christine Farré prête sa sensibilité mais aussi son corps à Camille et n’hésite pas à se frotter le visage, son torse, ses bras d’argile pour mieux s’imprégner de l’artiste… D’une voie tourmentée, agitée, emballée, aux confins de l’exaltation de la passion, elle hurle sa souffrance, ses blessures face à ce monde plus enclin aux honneurs et à l’argent qu’à la quête d’un absolu.

Dans une fureur dévastatrice, elle détruira ses statues sous la stupéfaction de Mirbeau et Blot, impuissants à la consoler, et se clôturera dans son atelier avec ses chats. Une lente descente dans la dépression et la paranoïa la conduira à être internée dans un asile psychiatrique pendant trente ans. Délaissée des siens, elle attendra les lettres de son frère Paul et en vain de pouvoir sortir.

Un hommage appuyé à Camille Claudel que Christine Farré sculpte en chair et en os avec une profondeur de sentiment et cisèle avec une vigueur d’expression. Comme le prédisait Eugène Blot, « Le temps a remis tout en place ». En témoigne ce spectacle. 

Signé Carole !

 

CAMILLE CLAUDEL

À LA FOLIE THÉÂTRE, 6 rue de la Folie-Méricourt, 75011 Paris 

Jusqu’au 28 novembre 2015

les vendredis et samedis à 19h30

HUIS CLOS – À LA FOLIE THÉÂTRE

164Un divan rouge tel celui d’un psychanalyste, un guéridon sans bras sur lequel on s’assoit, des musiciens concentrés qui attendent de jouer, un garçon d’étage coiffé d’un haut-de-forme (Mike Desa) qui déploie un rideau blanc, un bronze de Barbedienne posé sur un meuble, un bocal à poisson rouge dont l’eau recouvre un coupe-papier, une porte de réfrigérateur par laquelle Garcin, Inès et Estelle entrent chacun leur tour… dans ce salon pas comme les autres ! Où sont-ils ? Voudraient-ils ressortir, que trop tard… Les portes de l’enfer se referment sur eux. Dans une chaleur lourde et humide, un brûlant mystère pèse : pourquoi sont-ils là réunis tous les trois ? Aucun remords n’habite ces trois « morts » à l’existence soi-disant vertueuse. Et pourtant… C’en est trop pour Inès (Anne-Lore Leguicheux), une vraie méchante qui « a besoin de la souffrance des autres pour exister » et dont le franc-parler s’essouffle de s’embarrasser de tant de politesse. Avec convoitise, elle couvre des yeux la belle Estelle (Hélène Bondaz), une riche mondaine. La déception la gagne vite quand Estelle, langoureuse, tente de se faufiler entre les bras virils de Garcin (Ronan Cavenne), journaliste au temps de son séjour sur terre, qui n’a de cesse pour l’heure de se réassurer auprès d’Inès qu’il n’est pas un lâche. Une partie mal engagée dont l’éternité de la peine rend l’épreuve épouvantable : les masques tombent, les personnalités se révèlent, le ton monte, les conversations s’enflamment sans fin sous le regard de l’autre, miroir de sa propre réalité, car « l’enfer, c’est les autres », aurait dit Sartre.

Une adaptation originale de « Huis Clos », signée Anne-Lore Leguicheux, qui sous le signe des arts, mêle la danse, la musique et le théâtre des mots à l’esprit de Sartre.

À chacun son danseur : Mélodie Decultieux, Juliette Brulin, Maxim Campistron épousent respectivement le corps « astral » d’Inès, Estelle et Garcin et dansent leurs maux sous les accords d’une musique créée dans le cadre de cet événément et écrite par les musiciens eux-mêmes (Clément Caritg, Ludovic Cayrel, Agnès Le Batteux, Caroline Trouillet). L’inconscient en mouvement et en musique aux portes de l’enfer… Réaliste ? Absurde ? Sartre aurait-il sauté de son fauteuil ? Moi, je m’y suis enfoncée avec plaisir. Une version contemporaine très artistique.

Signé Carole !

HUIS CLOS  

À La Folie Théâtre, 6, rue de la Folie Méricourt, 75011 Paris

Du jeudi au samedi à 21h30 – Jusqu’au 7 novembre 2015

Crédit photos : Denis Pascal 

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