Et si pour que cesse à jamais la guerre entre Athènes et Sparte, il suffisait de faire la grève du sexe ?
Sur le ton du conte musical, la Compagnie Poupées Russes donne un grand coup de jeune à un texte écrit en 411 avant J.-C par Aristophane, l’illustre poète comique grec. Toujours avec humour, vitalité et plaisir, les comédiens nous entraînent dans cette quête folle de la paix par des femmes prêtes à tout pour garder leur mari et leurs enfants mâles près d’elles et surtout que plus jamais ils ne meurent au combat. Jeux d’acteurs et jeux de mots – parfois osés, jamais vulgaires – se bousculent pour le plus grand bonheur des spectateurs. Si on se réjouit devant le désespoir des époux, on s’étonne de l’ingéniosité des femmes pour résister aux tentatives de séduction des hommes à leur corps défendant. Surtout elles résistent, elles font bloc et elles obtiendront que les hommes fassent enfin la paix… et tant pis pour les anachronismes.
Aristophane flirte sans complexe avec notre actualité contemporaine. Et on se surprend à espérer qu’un jour prochain, toutes les femmes des pays où leurs droits sont bafoués ou empêtrés dans des conflits guerriers sans fin fassent la grève du sexe avec autant d’humour et de maestria dans le jeu et la voix.
Le regard d’Isabelle
A la Folie théâtre, 6 rue de la Folie Méricourt, 75011 Paris
Jusqu’au 8 novembre 2015
Les jeudis à 19h30, les samedis à 18h et les dimanches à 16h30
Crédit photos : Harold Passini




Dans son atelier qu’on a l’impression de partager, tant la proximité entre la scène et le public est étroite, Camille, assise sur un banc, dans une tenue de coton blanc, chante à tue-tête et bavarde à en perdre haleine tandis qu’elle lace ses bottes et continue de s’apprêter. Debout, ses mains cherchent éperdument le sculpteur Rodin, son amant (imaginé alors sur scène). Elle l’invite à lui prendre sa main.
Un divan rouge tel celui d’un psychanalyste, un guéridon sans bras sur lequel on s’assoit, des musiciens concentrés qui attendent de jouer, un garçon d’étage coiffé d’un haut-de-forme (Mike Desa) qui déploie un rideau blanc, un bronze de Barbedienne posé sur un meuble, un bocal à poisson rouge dont l’eau recouvre un coupe-papier, une porte de réfrigérateur par laquelle Garcin, Inès et Estelle entrent chacun leur tour… dans ce salon pas comme les autres ! Où sont-ils ? Voudraient-ils ressortir, que trop tard… Les portes de l’enfer se referment sur eux. Dans une chaleur lourde et humide, un brûlant mystère pèse : pourquoi sont-ils là réunis tous les trois ? Aucun remords n’habite ces trois « morts » à l’existence soi-disant vertueuse. Et pourtant… C’en est trop pour Inès (Anne-Lore Leguicheux), une vraie méchante qui « a besoin de la souffrance des autres pour exister » et dont le franc-parler s’essouffle de s’embarrasser de tant de politesse. Avec convoitise, elle couvre des yeux la belle Estelle (Hélène Bondaz), une riche mondaine. La déception la gagne vite quand Estelle, langoureuse, tente de se faufiler entre les bras virils de Garcin (Ronan Cavenne), journaliste au temps de son séjour sur terre, qui n’a de cesse pour l’heure de se réassurer auprès d’Inès qu’il n’est pas un lâche. Une partie mal engagée dont l’éternité de la peine rend l’épreuve épouvantable : les masques tombent, les personnalités se révèlent, le ton monte, les conversations s’enflamment sans fin sous le regard de l’autre, miroir de sa propre réalité, car « l’enfer, c’est les autres », aurait dit Sartre.
