ENTRE PARENTHÈSES – THÉÂTRE DE LA COLLINE

♥♥♥♥ La metteuse en scène Pauline Bureau (Féminines, Neige, Hors la Loi, Les Bijoux de Pacotille…), poursuit son travail sur le sujet des violences sexuelles faites aux femmes, avec « Entre Parenthèses » au théâtre de la Colline, librement inspiré du récit autobiographique d’Adelaïde Bon « La Petite Fille sur la Banquise » (Grasset, 2018). La pièce retrace le parcours d’Alma, victime d’un viol à l’âge de neuf ans, dont l’agresseur sera retrouvé 24 ans plus tard. Un spectacle choral puissant et limpide, tiré d’une histoire vraie, qui donne à entendre la souffrance silencieuse des enfants victimes d’abus sexuels et leur difficile reconstruction, dans une société parfois fragile à les entendre et les accompagner. Une pièce pédagogique, solidement documentée, qui explique peut-être plus qu’elle n’émeut mais s’empare du sujet avec sensibilité et intelligence. Forcément nécessaire.

Alma, la trentaine, mariée et enceinte de son premier enfant, reçoit un soir un appel de la brigade des mineurs qui l’informe avoir arrêté l’homme qui l’avait agressée sexuellement, en 1990, 24 ans plus tôt. Elle avait 9 ans cette année-là, rentrait un après-midi de l’école et avait subi, ce qu’on appelait encore à l’époque, un « attouchement » dans la cage d’escalier de son immeuble, requalifié depuis en viol. Ce coup de fil, électrochoc, déclenchera deux enquêtes parallèles : d’une part l’enquête intime d’Alma pour comprendre ce qui s’est passé dans cette cage d’escalier et les troubles « cet endroit en nous, glacé, givré » qu’elle ressent en elle mais qu’elle ne comprend pas. Et d’autre part l’enquête policière, mené par deux inspectrices déterminées, pour retrouver d’abord l’agresseur, puis les victimes, qui se compteront par dizaines. Et qui finiront par parler, par témoigner, comme Alma, dans un procès libérateur, étape clé dans le processus de reconstruction.

Pour construire cette narration et donner puissance au récit, Pauline Bureau, avec sa fidèle scénographe Emmanuelle Roy, fait le choix d’un dispositif scénique unique mais scindé en deux. Sur l’immense plateau de la Colline à l’esthétique aussi sobre qu’élégante, d’un côté du plateau, l’histoire et l’enquête intime d’Alma et de l’autre, l’enquête policière et sociale. Les trajectoires, intimement liées, se font écho et se répondent (avec l’appui parfois de quelques lignes ou dates projetées sur les grands panneaux) et permettent au spectateur d’alterner regard émotionnel et analyse plus distanciée sur les mécanismes juridiques, sociaux ou familiaux qui entourent les violences sexuelles sur mineurs. La narration se fait fluide, éclairante, peut-être parfois très (trop ?) explicative au détriment d’une émotion pure mais la distribution et la direction d’acteurs, admirables, sans jamais tomber dans le pathos, donnent à entendre crescendo l’enfermement des victimes, le poids des traumatismes et de certains mécanismes (silence, emprise, incompréhension des adultes) et la voie vers un début de guérison (magnifique déposition d’Alma au commissariat ou plaidoirie finale de son avocate au procès). Une pièce forte, sensible qui invite autant à la réflexion personnelle que collective. Et d’où l’on sort plus interpellé.

Signé Elisabeth

ENTRE PARENTHESES

Théâtre de la Colline, 15 rue Malte-Brun, 75020 Paris

Jusqu’au 19 avril 2026.

Crédit photos : Christophe Raynaud de Lage

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