L’ODEUR DE LA GUERRE – LA SCALA PARIS

♥♥♥ Elle a une allure de guerrière, Julie Duval, alias Jeanne, son alter ego sur scène. Silhouette musclée, allure souple et déterminée, du genre qui ne s’en laisse pas conter. Vêtue d’une tenue de sport, short et brassière, qu’elle gardera tout au long du spectacle, elle se prépare pour son premier championnat de boxe à Paris. L’Odeur de la guerre, c’est le parcours d’une jeune femme d’aujourd’hui qui doit affronter de multiples défis : le manque de dialogue avec ses parents, obsédés par la réussite scolaire, le harcèlement à l’école, l’indifférence des professeurs, et bien sûr, la violence des rapports entre les deux sexes. Et au-dessus de tout ça, plane la question essentielle : pourquoi naître fille serait-il un handicap ?

Tout au long du spectacle, Julie/Jeanne déroule le fil de son passé, en grande partie autobiographique : son enfance à Fréjus, dans une famille « normale », entre une mère résignée qui ne parle qu’à son chien, et un père violent, qui aurait préféré avoir un garçon. Les scènes se succèdent avec une belle fluidité, et Julie endosse une kyrielle de personnages avec aisance, tout droit surgis de son enfance : les copines et copains de classe, qui se moquent de son cartable de « bébé » ; Doumia, qui rêve de devenir « patronne » (de quoi ?) et qui passe son temps à aller en boîte ; les garçons qui cherchent à l’impressionner et qui jouent les gros bras avec elle ; sa découverte des règles et de sa féminité… jusqu’à ce jour de trop, où elle est victime d’un viol.

Après, tout s’enchaîne très vite : la venue à Paris, pour tenter d’échapper à son passé, la découverte de la boxe thaï, puis du théâtre. Sans pathos, mais avec beaucoup d’énergie et d’humour, ponctuant son discours de quelques kicks dans un punching-ball, Jeanne nous montre comment elle a réussi à se réapproprier son corps et… conquérir sa liberté. Les personnages de l’entraîneur, bourru, mais qui croit à la vertu de l’effort, et du professeur de théâtre, à l’expression affectée mais aux propos justes, sont particulièrement drôles et savoureux. À travers sa gestuelle, ses postures et ses grimaces, la comédienne donne vie avec talent à cette galerie de portraits, accompagnée par la mise en scène punchy de Juliette Bayi et Élodie Menant.

Mais au-delà de la performance scénique de Julie Duval, la pièce délivre un message fort : grâce à la ténacité, le courage et le travail, il est possible de réinventer sa vie et de réaliser ses rêves. Julie Duval fait preuve d’une grande capacité de résilience – un terme très à la mode, mais qui trouve tout son sens ici –, et prouve à toutes les jeunes femmes (et aux jeunes en général) qu’on peut transformer sa rage en puissance et devenir maîtresse de son destin. KO final assuré !

Le billet de Véronique

L’ODEUR DE LA GUERRE
La Scala Paris
13, boulevard de Strasbourg
75010 Paris

Jusqu’au 18 mai 2025
Horaires variables en fonction des jours, à consulter directement sur le site.
Durée : 1 h 15

Crédits photo : Thomas O’Brien

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