ILLUSIONS PERDUES – THÉÂTRE DE L’ATELIER

♥♥♥♥ Flamboyante ! Voici le premier mot qui me vient à l’esprit en pensant à l’adaptation théâtrale de Pauline Bayle. Aussi flamboyante que le chef-d’œuvre dont elle est tirée (ce texte fait partie du vaste ensemble de romans intitulé La Comédie humaine), elle réussit le tour de force de résumer l’essentiel du propos de Balzac en y apportant une acuité et une énergie très contemporaines. Elle a reçu à juste titre le grand prix du Syndicat de la critique en 2022.

Tout le monde connaît l’histoire de Lucien de Rubempré (né Chardon), ce jeune poète « monté » à Paris pour y chercher la gloire littéraire qui, après avoir connu une ascension fulgurante comme journaliste et rencontré le grand amour, perdra tout ce qu’il possède (et au passage, un peu de son âme) dans les cercles délétères de l’édition littéraire et du journalisme du XIXe siècle, où derrière la comédie des apparences se profilent rapports de force, ambition et intérêts personnels. La pièce s’appuie sur trois comédiennes et deux comédiens, excellents, qui endossent avec célérité tous les rôles.

UNE SOCIÉTÉ DOMINÉE PAR LES MÉDIAS
La mise en scène est d’une modernité époustouflante, mariant avec brio les dialogues enlevés et des scènes plus spectaculaires, comme le « show » de Coralie, la jeune actrice en vue, maîtresse de Lucien (interprété par une Zoé Fauconnet électrisante), ou encore la danse effrénée des membres du journal lorsqu’ils fêtent leurs victoires professionnelles. Mais, et c’est tout à son honneur, jamais la scénographie ne vient occulter la puissance des mots de Balzac. Des mots qui, comme ceux des journalistes, peuvent encenser, faire d’un simple individu un héros aux yeux du public et inversement, être aussi acérés que des poignards et défaire une réputation en un clin d’œil.

Mais la plus grande force de la pièce réside dans le parallèle que l’on peut établir entre cette société d’arrivistes, rivalisant de traits d’esprit pour servir ceux qui feront leur célébrité et leur richesse, et la nôtre. Une société dominée par les médias, déjà. Sur la scène au décor épuré, éclairée par des lumières braquées sur les protagonistes, se joue la ronde cruelle des faux-semblants qui masque à peine les visées cupides ou politiques des uns et des autres. Pour mieux accentuer cette impression de participer à un théâtre perpétuel (la bien nommée « comédie humaine »), un cercle de personnes du public est présent sur le plateau où se joue la pièce et assiste en direct à la victoire éphémère, puis à la « mise à mort » sociale de Lucien.

Voilà un spectacle à l’intelligence percutante, fidèle à l’esprit de Balzac. Pauline Bayle parvient à rendre son texte accessible à tous les publics, en lui conservant son mordant et en faisant ressortir sa modernité. Bravo !

Le billet de Véronique

ILLUSIONS PERDUES
Théâtre de l’Atelier
1, place Charles-Dullin
75018 Paris

Jusqu’au 6 octobre

Du mardi au vendredi à 20 h
Le samedi à 18 h
Le dimanche à 16 h

Durée : 2 h 30 sans entracte

Crédits photo : Simon Gosselin

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