
♥♥♥♥ Ils sont huit, filles et garçons, tous orphelins, qui se sont connus dans les rues de Saravejo assiégée (1992-1995). Frères et sœurs de misère, égarés dans une ville à feu et à sang, réunis par la peur, mais avec des individualités très marquées. Il y a Sead, le charismatique chef de bande (Yann Guchereau) ; Refka (Manon Preterre), une drôle de loupiote qui a toujours envie de faire pipi ; Stipan (Sylvain Le Ferrec), le rustre et son frère Josip (Hoël Le Corre), retardé mental qui dit I love you à tous ceux qu’il rencontre ; Nada (Montaine Fregeai), la benjamine, devenue la reine des pickpockets, qui aime en secret Sead ; Amar (Nathan Dugray) et Admira (Lara Melchiori), le couple d’amoureux-ennemis (lui Serbe et elle Bosniaque) et enfin, Bosko (Axel Godard), le troubadour surgi de nulle part, qui sait mettre leurs maux en musique.
Le texte prenant et poétique de Fabrice Melquiot est servi par la diction parfaite de la comédienne Hoël Le Corre (excellente aussi dans le rôle de Josip) et soutenu par la mise en scène nerveuse de François Ha Van. Celle-ci serre au plus près les comédiens, les regroupe, puis suit un ou deux personnages dans leur histoire personnelle. Irrémédiablement traumatisés par la guerre, qui vient tout juste de se terminer, ils exorcisent leur douleur à travers le chant et la musique. Le son de la guitare électrique apporte une dimension fiévreuse, très rock, à l’ensemble.
La pièce met en avant la force du collectif, qui les pousse à s’entraider pour essayer de s’en sortir, mais aussi les rapports de force inhérents à la notion de groupe. Elle n’édulcore pas la violence de chacun des protagonistes, marqués à vie dans leur psyché. On ne peut s’empêcher de penser à toutes ces générations d’enfants – que ce soit en Ukraine, au Proche-Orient, en Afrique ou ailleurs – sacrifiées sur l’autel de la guerre, dont tous les repères ont disparu. Comment faire pour redonner un sens à leur existence ?
Avec la fougue de leur jeunesse et un esprit de troupe remarquable, les comédiens de Kids nous embarquent durant une heure dans le tourbillon de leurs émotions, qui entremêle le désespoir, la passion, la solidarité et le rêve. Et réussissent à nous donner une formidable leçon de vie.
Le billet de Véronique
KIDS
La Scala Paris – la Piccola Scala
13, boulevard de Strasbourg
75010 Paris
Jusqu’au 6 avril
Vendredi et samedi à 19 h 30
Le dimanche à 17 h 30
Relâche les 3, 8, 9, 10 et 17 mars
Crédits photo : Nathanne Le Corre



