LA CERISAIE – PALAIS DES PAPES – FESTIVAL D’AVIGNON

♥♥♥♥ Hier soir, la pluie est venue perturber la représentation de « La Cerisaie » dans la Cour d’honneur du Palais des Papes. Jouera ? Jouera pas ? La question était sur toutes les lèvres des 1 457 spectateurs venus découvrir l’adaptation de la pièce de Tchekhov par le metteur en scène portugais Tiago Rodrigues, futur directeur du Festival d’Avignon. Sous une pluie persistante et sans annonce officielle, beaucoup de spectateurs se découragèrent et prirent le chemin de la sortie vers 22h30…Mal leur en a pris. La représentation (aménagée malheureusement au vu des conditions météo) fut finalement donnée vers 23h00 et le spectacle fut enchanteur !

Tiago Rodrigues, à l’initiative d’Isabelle Huppert, s’empare du chef d’œuvre d’Anton Tchekhov « La Cerisaie » qui raconte l’histoire de Lioubov, une femme forte et fragile, et de sa famille devant quitter leur propriété, leur datcha, « la belle cerisaie », au profit d’un promoteur. Et à travers ce départ, il s’agira de renoncer à une époque, à un monde à une enfance, de passer d’une Russie agraire, féodale avec ses grands propriétaires et ses moujiks, à une société nouvelle, moderne, capitaliste. Lioubov sera la triste prisonnière d’un monde disparu et le symbole d’un nouveau monde, l’espoir pour chacun d’une ascension sociale.

Un spectacle absolument envoûtant ! Ici aucune volonté d’un décor réaliste pour plonger le spectateur dans la Russie aristocrate et décadente de la fin du XIXe siècle. Tiago Rodrigues fait le choix de la modernité, du dépouillement et du minimalisme pour mieux faire résonner le texte et symboliser le passage d’un monde à un autre. Des rangées de chaises, un habile dispositif de plateaux coulissants, des éclairages chauds et mobiles, des séquences musicales superbes par les deux musiciens live concourent à offrir un spectacle beau, graphique, sensible, émouvant. Quelques séquences d’anthologie resteront en mémoire comme le démantèlement de la datcha et sa valse de chaises orchestré par Lopakine, le chant de bienvenue à Lioubov ou l’immense plateau nu et crépusculaire une fois la Cerisaie disparue. Côté interprétation, Isabelle Huppert campe avec un faux détachement une Lioubov fantasque, désabusée et fragile, dommage seulement que le débit de la comédienne soit si rapide et son articulation à la peine. A ses côtés, la troupe chorale fait merveille comme Adama Diop qui apporte beaucoup d’épaisseur dans le rôle de Lopakine, ce fils de moujik qui s’emparera du domaine ou d’Océane Caïraty qui même fraîcheur et profondeur dans le rôle de la jeune intendante Varia. Du bel ouvrage !

Signé Elisabeth

LA CERISAIE

Cour d’honneur du Palais des Papes, Avignon

Jusqu’au 17 juillet 2021, à 22h

Durée : 2h30

Crédit photos : Christophe Renaud de Lage

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