FLEURS DE SOLEIL – THÉÂTRE ANTOINE

vz-f8b894e9-92a4-460b-8311-97972841c6cc♥♥♥♥ «En juin 1942, à Lemberg, dans d’étranges circonstances, un jeune SS à l’agonie m’a confessé ses crimes pour, m’a-t-il dit, mourir en paix après avoir obtenu d’un Juif le pardon. J’ai cru devoir lui refuser cette grâce. Obsédé par cette histoire, j’ai décidé de la raconter et à la fin de mon livre, je pose la question qui, aujourd’hui encore, en raison de sa portée politique, philosophique ou religieuse, mérite réponse : ai-je eu raison ou ai-je eu tort ? »
C’est en ces termes que Simon Wiesenthal raconte la genèse de son récit The Sunflowers publié en 1969, vendu à plus de dix millions d’exemplaires dans trente pays, ouvrage bouleversant par la sobriété de son écriture comme sa portée d’humanité universelle.Simon Wiesenthal, né dans une famille juive en Galicie, quitte enfant avec les siens cette province de l’ancien empire austro-hongrois après l’arrivée des cosaques pour échapper à leur haine à l’encontre de la communauté juive. Il étudie l’architecture à Lemberg, puis à Prague. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, il évite de justesse la déportation en Sibérie avec sa mère et son épouse. Arrêté en juin 1941, lors de l’invasion de l’Union soviétique par l’Allemagne nazie, il sera successivement interné dans cinq camps. Il sera libéré le 5 mai 1945. 89 membres de sa famille décéderont au cours de ces années d’antisémitisme comme des millions d’autres.
Après la guerre, Simon Wiesenthal consacre toutes les années qui lui restent à vivre à la recherche des criminels nazis, devenant la conscience et la voix des six millions de victimes juives de la Shoah comme des millions d’autres victimes assassinées par le régime nazi (résistants, communistes, homosexuels, Tziganes…).

Après l’enfermement dans les camps de travail et de concentration, Simon Wiesenthal est enfermé dans une perpétuelle et obsédante question : l’Homme peut-il pardonner l’impardonnable ? Le doit-il au nom de l’humanité ? Peut-il accorder lui-même une rédemption à un être humain au nom d’autres victimes ? Donner la justice n’est-il pas faire un pas vers le pardon ?…

Avant sa publication, Simon Wiesenthal a adressé son manuscrit The Sunflowers (Fleurs de soleil) à plusieurs personnalités de son époque. A toutes, il leur pose la même question : “ Qu’auriez-vous fait à ma place ? ”.
Adaptée de son ouvrage, Fleurs de soleil – ces tournesols qui poussaient sur les tombes des soldats-assassins SS alors que des milliers de corps pourrissaient dans les ghettos, les fosses communes, les bords des routes – est une pièce incontournable par sa valeur historique et humaine. Scindée en deux parties, après nous avoir livré le récit de Simon confronté à la demande de pardon de ce jeune soldat SS mourant et son refus de lui pardonner, les réponses de plusieurs personnalités – philosophes, historiens, représentant d’une religion – à son perpétuel et incessant questionnement : ‘‘ Ai-je eu tort ou raison de ne pas lui accorder mon pardon ? ’’ sont présentées. Se bousculent alors divers points de vue. Mais peuvent-ils seulement y répondre, la plupart n’ayant pas été la victime, directe ou indirecte, de ce génocide ?

Seul en scène, Thierry Lhermitte dialogue avec sa conscience nourrie en voie off par une galerie de personnalités qui ont marqué le fil de sa réflexion. Inconsciemment, spectateurs, nous nous interrogeons dans notre for intérieur : qu’aurions-nous fait à la place de Simon Wiesenthal ? Lui aurions-nous accordé notre pardon ?… Bien plus difficile qu’il n’y parait de se mettre à la place d’autrui, quelles que soient les circonstances. Plus encore lorsque l’Autre vous demande le pardon d’avoir participé à l’extermination de tout un village : des hommes, des femmes, des vieillards, des enfants. 300 innocents massacrés froidement pour l’exemple.

Le récit de Simon Wiesenthal est puissant, haletant, universel. Il ne peut qu’interpeler tout un chacun, peu importe ses convictions et ses origines.
Les réponses proposées par une douzaine de personnalités sont riches. Parmi d’autres : « La haine ravage nos esprits et ruine la vie des autres. Pardonner signifie briser le cycle de la haine. » (Matthieu Ricard, docteur en génétique cellulaire, moine bouddhiste tibétain). « Vous avez été vous-même, tel que vous étiez à ce moment-là, et c’est la seule chose qui compte; dans le monde de mensonge qui vous broyait tous, vous étiez alors par votre authenticité une miette dure, infiniment précieuse, de cet Esprit de vérité que Dieu désire infiniment être parmi les humains. » (Lytta Basset, philosophe et théologienne protestante suisse).

L’interprétation de Thierry Lhermitte incarne avec justesse l’accablement et l’incompréhension des millions d’hommes et de femmes victimes de l’horreur nazie. Il nous livre son témoignage avec émotion et humanité dans un jeu d’une grande sobriété pour mieux laisser place à la réflexion de chacun sur le pardon à accorder aux bourreaux.

Persiste un petit bémol pour la mise en scène de Steve Suissa. Si les allers – retours de Simon sur le plateau démontrent avec véracité la recherche vaine de Simon Wiesenthal autour du pardon de l’impardonnable qui le taraudera le reste de sa vie, si l’éclairage en clair obscur signifie l’accablement et la tristesse de l’existence de tous ceux qui ont connu l’horreur des camps de concentration, on regrette l’absence de dynamique dans la présentation des points de vue des différentes personnalités. Sur un écran blanc, apparait la photographie de l’auteur des mots dits par une voix off, puis un trait blanc contourne les traits de son visage et pour finir un extrait du texte apparait à l’image avant le blanc. Et ainsi identiquement pour l’ensemble des témoignages rapportés. Si cette grande sobriété invite chacun à la réflexion, elle devient vite redondante et par là même monotone. Bien entendu, on peut reconnaître qu’en accordant ce traitement identique à chaque approche, Steve Suissa n’en privilégie aucune, laissant chaque spectateur libre d’y adhérer ou non. Néanmoins, une mise en perspective de quelques unes, voire une présentation différente pour chacune aurait plus encore bousculés les esprits et invité chacun à entrer en débat dès la représentation achevée.

Néanmoins, Fleurs de soleil est à voir pour 40 représentations exceptionnelles au Théâtre Antoine pour le texte poignant de Simon Wiesenthal, l’interprétation sans faille de Thierry Lhermitte et plus encore par l’invitation qu’elle nous offre de rentrer à notre tour dans la réflexion : est-ce que tout est pardonnable ? Cette question en écho de nos jours au vue de notre actualité contemporaine. ♦

Le regard d’Isabelle 

FLEURS DE SOLEIL 

Théâtre Antoine, 14 boulevard de Strasbourg – 75010 Paris (metro Strasbourg Saint-Denis)

Jusqu’au 29 mars 2020

Du jeudi au samedi à 19h, dimanche 16 h ou 19 h.

40 représentations exceptionnelles.

Durée : 1 h

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