♥♥♥♥Le Caravage est le peintre controversé du XVIIème siècle : son œuvre est autant d’un réalisme brutal que d’un érotisme troublant. Artiste rebelle dévoré par des passions amoureuses ténébreuses, il devint le maître du clair-obscur.
Cesare Capitani, très inspiré par la biographie rédigée par Dominique Fernandez (« La Course à l’abîme » éditée chez Grasset), met à nu sa vie sulfureuse avec un talent remarquable. Bien entendu, je pourrai vous la conter par le détail. Je préfère sans tarder vous inviter à rencontrer Caravage en personne au Lucernaire car Caravage, c’est lui, c’est Cesare Capitani. Sa force d’interprétation atteint le summum de l’exceptionnel.
Quant à la mise en scène de Stanislas Grassian, elle est stupéfiante de beauté et de réalisme : les tableaux du maître naissent fugacement sous nos yeux. Laetitia Favart, qui joue tour à tour une multitude de personnages, est talentueuse à souhait. Quant aux jeux de lumière, ils sont sublimes de magnificence.
« Moi, Caravage » est une œuvre d’art à l’état pur. Ex-cel-lent ! A voir absolument par les amateurs d’art comme par les amoureux du théâtre… Un des meilleurs spectacles du moment.
Le regard d’Isabelle
Le Lucernaire, 56 rue Notre Dame des Champs, 75006 Paris (métro : Vavin, Notre Dame des Champs)
Du mardi au samedi à 18h30 jusqu’au 12 mars 2017 (en italien les mardis)
Crédit photos : B. Cruvellier





Léa, petite fille espiègle neuf ans, découvre qu’elle souffre d’une maladie chronique : le diabète. Du jour au lendemain, toute sa vie change. Léa va devoir apprendre à vivre avec cette maladie chronique, une « sale bête » qui l’accompagnera désormais. Son quotidien est désormais rythmé par ses dextro, ses hypoglycémies, ses hyperglycémies, ses piqûres d’insuline. Dans son imaginaire d’enfant, Léa devient Super Léa, une super-héroïne du quotidien, une dompteuse… La « sale bête » n’a qu’à bien se tenir !



Devant un mur de valises, sur un quai de gare, une petite fille de 13 ans porte autour du cou un écriteau sur lequel sont inscrits son prénom, son nom et une destination : New York. Elle a le fol espoir de rejoindre sa mère prostituée et un père inconnu et de les réunir… Son chemin de vie sera chaotique et « jonché de crevasses ». Sans cesse, elle sera confrontée aux violences sociales et aux préjugés raciaux. Malgré la reconnaissance de son talent d’interprète, sa quête d’amour restera insatiable et sa déchéance inéluctable. Christine Pouquet signe pour « Neige noire » une magnifique partition. Quant à sa mise en scène, elle est sans aucune fausse note : inventive, émouvante, drôle… toujours surprenante et laissant la part belle aux comédiens/chanteurs/danseurs. Samantha Lavital est la sublimissime interprète de Billie Holiday. Philippe Gouin (ce soir là) est son partenaire aux multiples talents. Tous deux sont formidables et nous font don d’un authentique moment de grâce théâtrale.
L’autre Galilée est le portrait inattendu et surprenant du mathématicien, physicien et astronome de génie Galileo Galilei du XVIe siècle connu de tous pour sa célèbre phrase « Et pourtant elle tourne ! ». Mais peu d’entre nous savent que cet homme était aussi drôle que passionnant, philosophe, précurseur et défenseur obstiné de la liberté de pensée. Pendant toute son existence, il s’est battu pour la séparation de la science et de la religion : « La Bible doit nous apprendre comment on va au ciel et non comment va le ciel. » Jamais il ne cessera de se battre pour lutter contre les dogmes de l’Eglise catholique et les préjugés de certains scientifiques. Pour éviter le bûcher de l’Inquisition, il abjura en juin 1632. Cela ne le détournera pas pour autant de sa quête de vérité de la science, quitte à contredire les Saintes Ecritures même s’il se déclare un bon croyant. Il faudra patienter jusqu’en 1992 pour que le Saint-Siège reconnaisse que Galilée avait raison : la Terre tourne bien autour du soleil et non le contraire.
Des bulles de savon qui s’élèvent et disparaissent dans la lumière des projecteurs sur le Femmes, je vous aime de Julien Clerc, une baignoire débordante de mousse, un tapis de salle de bain, un WC à l’avant-scène. Et nos protagonistes du soir : LUI, grand dégingandé, se prélassant égoïstement dans son bain, occupé à quelques lectures intéressantes. ELLE, silhouette affûtée dans un maillot deux-pièces, lunettes de piscine, bonnet de bain fifties, occupée à deviner ses pensées à lui. Alors elle l’interroge par la même et sempiternelle question pour cerner celui qu’elle aime: à quoi tu penses ? Dans cette salle de bains, comme le lieu de l’intimité propice à la complicité et aux confidences amoureuses, se noue ainsi pendant 1 heure et demie, un séduisant tête-à-tête, le dialogue éternel des hommes et des femmes sur le mystère de la séduction, le temps qui passe, l’absurdité de la vie, la peur de vieillir… Face à l’interrogatoire serré, lui se dévoile peu à peu à travers ses souvenirs, fulgurances, aphorismes, blagues, malentendus, …en naviguant entre sincérité, petites lâchetés, mégalomanie, égoïsme, mélancolie, lucidité, jusqu’au dénouement de leur histoire à eux. D’abord perplexe par la « mécanique » binaire de la pièce, je me suis laissée progressivement séduire par ce duo aquatique (!), notamment grâce à la très belle composition de la comédienne Isabelle Cagnat qui réalise un tour de force en transmettant une grande palette d’émotions dans un texte ultra tenu. La mise en scène, habilement ponctuée d’une bande-son inspirée, joue fort bien la carte de l’intimité en jouant notamment sur l’élément eau, tour à tour régressif, sensuel, ludique, fil rouge original de ce dialogue amoureux. Au final, une vision rafraîchissante et attachante de l’homme et du couple. A l’affiche tout l’été, plongez-y !


