FESTIVAL OFF AVIGNON 2025 – T.I.N.A. – THÉÂTRE DES BÉLIERS (vu au Théâtre La Flèche)

♥♥♥♥ T. I. N. A. (There is no alternative) est le titre de ce seul en scène inouï qui sort des sentiers battus. À la fois espiègle et singulier, percutant et généreux, hilarant et philosophique, engagé et intelligent, ce spectacle est vraiment inclassable. Mais surtout T.I.N.A. est immanquable que ce soit à Avignon ou ailleurs !

Il faut la voir et l’entendre, la talentueuse Garance Legrou, faire son propre état des lieux de notre société car « L’échec n’est jamais qu’une réussite qui se voile la face (et inversement) ».

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YALLA ! – THÉÂTRE LA REINE BLANCHE

♥♥ À la frontière, face à face, un adolescent palestinien et une soldate israélienne. L’adolescent a une pierre à la main, la soldate le tient en joue. Pendant un long temps suspendu, ils se parlent sans véritablement s’entendre. Leurs deux monologues intérieurs s’entrecroisent : forts de leurs convictions, chacun raconte sa propre vision du conflit, chacun revendique l’appropriation de sa terre, l’un et l’autre hurlent leurs envies et camouflent leur désespoir. Finiront-ils par s’écouter ? À dépasser le regard des autres ? À sortir du clivage ?

Au Moyen-Orient, l’expression Yalla peut-être traduite par « vite » ou « dépêche-toi ». Elle permet d’implorer aussi le divin. En français, on la traduirait par « Ô mon Dieu » ou « Ô Seigneur ».

Yalla ! de Sonia Ristic s’inspire des événements du 15 mai 2011 : lors de la commémoration de la Nakba (l’exode des Palestiniens qui a suivi la création de l’État d’Israël en mai 1948), des milliers de Palestiniens vivants dans les camps au Liban manifestent pacifiquement à la frontière libano-israélienne. Ils ne sont pas armés si ce n’est de drapeaux et de pierres. L’armée tire, il y a une douzaine de morts et plusieurs centaines de blessés. « Les tirs ont éclaté après que des dizaines de jeunes manifestants ont franchi le cordon de l’armée libanaise pour s’approcher des barbelés et ont commencé à lancer des pierres en direction des soldats israéliens de l’autre côté », selon un journaliste du Point.

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ÉTAT DES LIEUX D’UN CHAMP DE BATAILLE – THÉÂTRE DE L’OPPRIMÉ

♥♥ Le postulat : les droits des femmes seraient acquis, la parité serait en passe de se réaliser, le féminisme ne serait plus d’actualité. Très vite, les failles de ce raisonnement apparaissent. La conférence, initialement sous contrôle, déraille au fur et à mesure que l’urgence se révèle… Est-ce que le féminisme appartient vraiment au passé alors que le patriarcat persiste à invisibiliser les inégalités et les discriminations économiques, intimes et sociales qui continuent à peser sur la moitié de l’humanité ?

Porté par Laura Pelerins, Delphine Lalizout, accompagnées par la compositrice Mia Delmaë, toutes trois talentueuses, ce spectacle pluridisciplinaire, mêlant théâtre, musique et performance sonore, est une ode à la résistance et à la réaffirmation des droits des femmes bien loin d’être acquis. Avec des pointes d’humour grinçant et de dérision légère, ce spectacle aborde des enjeux toujours brûlants. Il propose un espace où se confrontent réflexions et émotions. Un regard très incisif sur notre société.

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LES SUPPLIQUES – THÉÂTRE DE LA TEMPÊTE (vu au THÉÂTRE GÉRARD-PHILIPE. CDN DE SAINT-DENIS)

♥♥♥♥ Les suppliques désignent les centaines de lettres envoyées par des familles juives aux autorités de Vichy, le maréchal Pétain en tête, entre 1941 et 1944, pour échapper aux persécutions ou obtenir des informations sur des proches disparus. Certains prennent la plume pour éviter telle ou telle interdiction. D’autres espèrent que leur proche arrêté ou déporté pourra échapper à un sort qu’ils ne connaissent pas précisément mais qu’ils rattachent à un péril extrêmement angoissant. Ce faisant, beaucoup signent leur arrêt de mort en livrant leur identité et leur adresse.

Le Birgit Ensemble – à partir des lettres de Édith Schleifer, Gaston Lévy, Renée Haguenauer, Alice Grunebaum, Léon Kacenelenbogen et Charlotte Lewin – met en lumière autant l’imaginaire des victimes (le sentiment d’injustice de leurs auteurs qu’ils espèrent voir réparé, eux qui continuent d’avoir foi en l’État français) que la logique, hypocrite et délétère, du gouvernement de Vichy dont les réponses de l’administration sont systématiquement laconiques et sans appel : le Commissariat général aux questions juives dit devoir s’en remettre aux forces occupantes.

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VIE ET DESTIN – GRANGE A DIMES (ÉCOUEN)

♥♥ Un simple feu de camp. Aujourd’hui, en Ukraine ? Les soldats présents sont-ils là pour attaquer ou défendre ? Ils vivent une vie de soldat sous le regard d’un civil. Il porte un brassard « Press ». Parfois, dans le silence des combats, il parle d’un roman prophétique. Son auteur serait-il Vassili Grossman, correspondant depresse ukrainien lors de la Grande guerre ? Pour tromper la mort comme l’ennui, les soldats deviennent les silhouettes de cet ouvrage, les destins qui se croisent non loin des champs de bataille pour dépeindre la violence et l’obscurité des totalitarismes.

Vie et Destin nous plonge au cœur des tourments de la guerre. D’hier ou d’aujourd’hui, quelle différence ? Les ravages des conflits entre les peuples sont les mêmes. Vie et Destin, roman de l’écrivain Vassili Grossman (achevé en 1962, censuré en Union soviétique, publié en Occident en 1980) raconte la bataille décisive de Stalingrad. Parallèlement, il dépeint la violence et l’espoir au cœur des ténèbres du conflit, les laboratoires de recherche scientifique et la vie ordinaire du peuple russe, le front de l’Est et les goulags de Sibérie, les camps de la mort en Pologne et les villages ravagés d’Ukraine. Il est considéré comme un chef d’œuvre du XXe siècle, offrant une profonde représentation des destinées individuelles d’un peuple au milieu des bouleversements de son époque. Plus encore, il interroge sur les terrifiants régimes totalitaire nazi et communiste.

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D’AUTRES JOURS VIENDRONT – THÉÂTRE EL DUENDE

♥♥♥ Le 11 septembre 1973, un coup d’État renverse le gouvernement d’Allende au Chili, marquant le début d’une ère de dictature sous le régime de Pinochet. Cette période sombre de l’histoire chilienne fait des milliers de disparus, de prisonniers politiques, de morts et d’exilés. D’autres jours viendront narre l’exil politique d’Anita Vallejo (musicienne et comédienne, cofondatrice du Théâtre Aleph, compagnie de théâtre émergente de création collective incontournable au Chili et du Théâtre El Duende en France à Ivry-sur-Seine) et de sa famille.

Le 24 novembre 1974, soit un an après le coup d’état, la vie d’Anita Vallejo bascule lorsque la police politique sonne à la porte de la maison familiale pour arrêter Oscar Castro, le père de ses enfants. S’en suivront l’arrestation et la disparition d’autres membres de sa famille puis l’exil forcé en 1976 vers la France. Au cœur de cette tragédie, le théâtre.

En novembre 2024, soit 50 ans après, Anita Vallejo raconte à sa petite-fille Alma, sa version de l’exil, ses souvenirs, ses émotions et les défis qu’elle a dû surmonter avec son époux. « L’important ce soir, ce n’est pas que tu te souviennes parfaitement de tout. L’important, c’est que tu nous racontes et ainsi, faire mémoire. » Au fil de leur échange, les souvenirs jaillissent. Ce récit personnel, empreint de courage et de résilience, est le fil conducteur du spectacle.

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MÉNÉLAS RÉBÉTIKO RAPSODIE et HÉLÈNE APRÈS LA CHUTE – THÉÂTRE DE L’ÉPÉE DE BOIS

♥♥♥♥ Dans une ambiance de cabaret, à la lumière feutrée, Simon Abkarian reprend le spectacle musical Ménélas Rébétiko Rapsodie, créé il y a dix ans et nous offre un magnifique moment de poésie, empreint de mélancolie. Accompagné de deux musiciens (Grigori Vasilas, bouzouki et chant, et Kostas Tsekouras, guitare), il chante, esquisse quelques pas de danse et déclame, au nom de Ménélas, le roi de Sparte, une ode poignante à Hélène, la plus belle des femmes, qui l’a quitté pour le Troyen Paris.

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HÉLÈNE APRÈS LA CHUTE – THÉÂTRE DE L’ÉPÉE DE BOIS (vu à la Criée, à Marseille)

♥♥♥♥ Simon Abkahrian réinterprète brillamment le mythe d’Hélène de Troie, en imaginant les retrouvailles de la reine et de son mari Ménélas, roi de Sparte – qu’elle a quitté pour Pâris, déclenchant la guerre entre Grecs et Troyens –, après la chute de la ville de Troie. La pièce s’ouvre sur l’image splendide d’un tissu qui ondule et se déploie sur la scène telle une vague géante. En fond de scène, la silhouette de Ménélas au milieu des flots, épée à la main. La guerre de Troie s’est terminée dans le bruit et la fureur, et par la victoire écrasante des Grecs.

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FESTIVAL OFF AVIGNON 2024 – DIEGO – THÉÂTRE LA LUNA (vu au CRESCO)

♥♥ « Lorsque ma mère entre en salle d’accouchement et commence le travail, il reste dix-neuf minutes. Nous serons champions dans dix-neuf minutes. Dix-neuf minutes. C’est à dire trois œufs à la coque et demi. Au moment où Petit s’empare du ballon, à la troisième seconde de la quarante-septième minute de la seconde mi-temps, on a vu mes pieds. Au moment où il marque, à cette minute ultime, ma mère pousse le cri final, pousse pour la dernière fois, et la sage-femme me saisit à la taille, me remet à l’endroit et m’extrait de sa chair. Au moment où Emmanuel Petit, qui était parti de ses 16 mètres 55, vient crucifier l’équipe du Brésil à 3-0 ; au moment même où l’équipe de France est sacrée championne du monde, je suis venu au monde. »

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FESTIVAL OFF AVIGNON 2024 – VIVE – THÉÂTRE DU TRAIN BLEU (vu à l’Atelier de la Comédie de Reims)

♥♥ Un jour, alors que la petite Anaïs Lacascade récite fièrement des vers de La Fontaine appris par cœur, son père pose pour la première fois la main sur elle. Vingt ans plus tard, devenue elle-même une jeune cheffe prometteuse, elle accuse Louis Lacascade, brillant représentant de la gastronomie étoilée, de l’avoir abusée sexuellement de ses 7 à 14 ans.

Tout au long d’un procès-fleuve, relayé par son avocat au verbe flamboyant et engagé, elle raconte. Au gré des témoignages de son entourage – famille, proviseure, psychiatre… –, on plonge dans l’enfance et l’adolescence d’Anaïs.

Un complexe engrenage se tisse autour de la jeune Anaïs : en grandissant, elle devient l’élue de son père en cuisine, il lui transmet son savoir-faire tout en étendant sur elle son emprise. Alors la passion pour la cuisine et l’amour familial se fondent dans les violences, indissociables. Anaïs se retrouve peu à peu isolée, coupée de ses figures refuges : sa mère, son grand-père pâtissier, la proviseure de son lycée…. Elle, qui aimait tant réciter de la poésie, devient mutique et agressive.

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