J’ADORE MA VIE

Avec cette fable théâtrale et musicale déjantée, à l’esthétique pop,
Sonia Bester nous propose un spectacle vivifiant.

Signé véronique

NOTRE AVIS 5/5

Et si la vie n’était pas un conte de fées ? Trousse (eh oui, c’est bien son nom) va en prendre conscience à l’occasion de sa séparation d’avec Bacon (comme le bacon), avec qui elle a un fils de 3 ans, Kant (Ava Hervier), drôlement intelligent pour son âge. Entre elle et Bacon (Jean-Luc Vincent), c’est fini. Plus de connexion, plus de désir, nada… Désormais, Trousse (Flore Babled) voudrait faire quelque chose qui donne du sens à sa vie, mais quoi ? Ne croyez surtout pas qu’avec ce début d’histoire un peu « raidos », comme dirait Trousse, J’adore ma vie soit un spectacle craignos. Au contraire. « Il n’est jamais trop tard pour être heureux » semble le message que Sonia Bester, créatrice de la compagnie Madame Lune, veut nous délivrer à travers cette fable théâtrale et musicale à l’humour délirant. Le ton est dans la droite lignée du réjouissant Ah ! Félix (n’est pas le bon titre), créé en 2018 avec son complice, l’excellent Jean-Luc Vincent (également musicien-chanteur et interprète).

© Romain Francisco
© Romain Francisco

L’auteure et metteuse en scène met un malin plaisir à nous embarquer avec son héroïne dans une épopée poético-humoristique, où les destinées de personnages plus déjantés les uns que les autres vont s’entrecroiser pour notre plus grande joie : Chair fraîche (Diane Bonnot), ou la tentation incarnée ; Pragmatica, rencontrée dans un rayon du Grand Roi Merlin ; Valette, apparue au moment opportun ; le rocker Sam Roger et son déambulateur, et bien d’autres. Cette galerie foutraque compose un univers où l’absurde devient la porte d’entrée vers l’émotion. L’air de rien, la pièce brasse de nombreux thèmes propres à notre époque : les réseaux sociaux (#chacuncherchesachatte), les risques de cyberattaque, la solitude, l’amitié, la sexualité (avec une ode formidable au plancher pelvien !), la vie de famille, la réalisation personnelle… Mais quand le sujet se fait plus grave, par exemple lorsque Trousse ne sait pas quoi faire de sa vie et chante sa déprime, on bascule aussitôt vers un rock déjanté et jouissif. Le jeu des six comédiens-chanteurs-musiciens (tous excellents) est si spontané qu’il semble improvisé, apportant une fraîcheur vivifiante au spectacle.

© Romain Francisco

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