L’incompréhensible silence d’Édouard Herriot face au génocide ukrainien
Édouard Herriot, figure majeure de la IIIe République Française, ne dénoncera pas la grande famine orchestrée en Ukraine par Staline, l’Holodomor. Elle coûtera la vie à cinq millions de personnes.

LE REGARD D’ISABELLE

NOTRE AVIS 4/5 Engagé !
Édouard Herriot (1872 – 1957), membre du Parti radical, sera tour-à-tour président du Conseil des ministres, président de la Chambre des députés, président de l’Assemblée nationale, maire de Lyon et académicien. En 1933, il répondra à l’invitation de Joseph Staline à Moscou en vue de la prochaine signature du pacte franco-soviétique (1935). Staline accompagnera Herriot en Ukraine pour lui présenter la réussite de la collectivisation. Pendant son bref séjour, Staline fera tout pour lui masquer l’Holodomor (en ukrainien, extermination par la faim) qui sévit. À son retour en France, face à la presse, Herriot niera la famine organisée en Ukraine et ses cinq millions de victimes. Comment Herriot a pu être aussi aveuglé par Staline ?


Les derniers jours d’Édouard Herriot
Début 1957. Lyon. Dans une chambre d’hôpital, Édouard Herriot vit ses dernières semaines. À sa demande, il reçoit l’archevêque de Lyon, lui qui est un ardent anticlérical. Membre du Cercle d’étude de l’histoire de l’Ukraine, l’infirmière ne peut s’empêcher de le questionner à propos de son voyage dans ce pays en 1933, année où une grande famine organisée par les Russes sévissait. Comment a-t-il pu à son retour faire l’éloge de la collectivisation ? N’a-t-il pas vu la misère de la population ? Et son manque de nourriture ? Une journaliste, également d’origine ukrainienne, vient à la rencontre de l’éminent homme d’État : elle voudrait comprendre les processus de la propagande soviétique qui l’ont conduit à un tel aveuglement qu’il refuse encore de revenir sur son témoignage. Alors qu’il écrit dans son récit de voyage Orient avoir vu « des jardins potagers de kolkhozes admirablement irrigués et cultivés », l’Ukraine était dévastée par la famine ! Comment les Russes ont-ils fait pour réussir à lui dissimuler cette accablante tragédie humaine ? Mais Édouard Herriot était-il totalement coupable : son séjour en Ukraine de seulement quatre jours s’est fait au pas de charge. Et puis tout a été fait pour lui dissimuler les faits… En 2023, l’Assemblée Nationale a reconnu officiellement l’Holodomor comme génocide.
Une leçon d’Histoire contemporaine essentielle
Le texte d’Alain Roisin (inspiré des travaux de l’historienne Irina Dmytrychin) témoigne d’une tragédie méconnue. Difficile de ne pas faire un lien avec l’Actualité qui se joue entre la Russie et l’Ukraine. Un texte pour que des pages entières de l’Histoire de tout un peuple imprègnent la mémoire collective. Un texte pour ne pas oublier les cinq millions de victimes du collectivisme. Un texte parce que chaque être est responsable de ses actes et de ses choix mettant en péril l’Humanité. Un texte qui témoigne, qui interpelle, qui bouleverse les cœurs et les consciences. Dommage qu’il soit systématiquement à charge. Les propos tenus par l’archevêque mériteraient des nuances et sont inappropriés pour un homme d’Église. La mise en scène fluide de Marie Philippe dans un décor amovible ingénieux nous happe comme l’interprétation remarquable d’Alain Roisin, Hervé Masquelier, Isabelle Deltombe et Mariia Kyrychenko. Anatomie d’un aveuglement : Herriot et l’Holodomor, une leçon d’histoire essentielle, nécessaire, captivante. ◼


TITRE
Anatomie d’un aveuglement
LIEU
Théâtre Lucas-Paumier
GENRE
Théâtre contemporain
HORAIRES
Mercredi à 19 h, samedi à 14 h
DURÉE
1 h 15
DATE DE FIN
30 décembre 2026