LE POIDS DE L’EAU – GUICHET MONTPARNASSE ET FESTIVAL AVIGNON OFF 2026

♥♥ Dès les premières minutes, une odeur de chlore forte, presque écœurante, nous accueille. En fond sonore, le brouhaha d’une piscine. Le décor est planté – pas seulement sur scène, mais dans le corps même des spectateurs. C’est là, dans un vestiaire, entre deux séances d’entraînement, que Franck et Julien vont se rencontrer : deux hommes, deux âges, deux façons opposées d’habiter la vie, réunis par la seule passion de l’eau.

La scénographie, minimaliste, fait reposer toute la charge émotionnelle sur ce que les corps et les lumières parviennent à dire à eux seuls. Ici, un jeu d’ombres suffit à traduire la distance ou le rapprochement ; là, une musique surgit, inattendue, et accueille une confidence. L’eau elle-même – invisible, mais omniprésente – devient la métaphore centrale du spectacle : ce qui porte et ce qui noie, ce qui résiste et ce qui cède.

Car c’est bien de résistance qu’il s’agit. Franck, hanté par une compétition olympique qu’il a failli gagner, et Julien, qui a été champion régional de natation adolescent, mais réfractaire à tout engagement véritable, sont comme les deux faces d’une même névrose – s’attirant et se repoussant avec une logique que chacun reconnaîtra. Entre pudeur et confidences arrachées, leur relation se construit et se défait, portée par un duo d’acteurs remarquable de justesse : Alexandre Testagrossa – auteur et lui-même champion de France Masters sur 50 m et 200 m brasse – et Joseph Gabison habitent leurs personnages avec une délicatesse qui fait alterner, sans forcer l’effet, l’émotion et le rire. On regrettera seulement que l’écriture, par endroits, peine à garder la précision que l’interprétation, elle, ne perd jamais.

Restent devant nous deux hommes qui, après tant de résistance et de faux-semblants, s’accordent enfin le droit d’exister l’un pour l’autre – simplement, sans excès de mots. Le Poids de l’eau nous rappelle que l’amour, quel qu’il soit, suit toujours le même chemin tortueux : celui des blessures qu’il faut d’abord consentir à nommer avant de pouvoir, peut-être, les partager.

Le billet de Véronique

LE POIDS DE L’EAU

Guichet Montparnasse, 15, rue du Maine – 75014 Paris
Jusqu’au 24 mai
Durée : 1 h 15

Du 28 au 30 mai : La Divine Comédie, Marseille
Du 19 au 20 juin : Teatro Bocage, Lisbonne 
Du 4 au 25 juillet : Théâtre La Carreterie, Festival Avignon Off

Crédits photo : Mukit Abdul Hamid

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