
♥♥♥ Dans un service d’un hôpital psychiatrique. Une table, des chaises, un banc… et la solitude. Celle des malades, celle des soignants, celle du personnel hospitalier. Frank, Maria, Youcef, Nadia, Bilal, Robert, Valentin, Adrienne, Miguel et bien d’autres. Quatre comédiens interprètent une vingtaine de personnages. Pour chacun, un signe distinctif, une démarche, une voix, une façon d’habiter le corps. Ils passent de l’un à l’autre avec fluidité, cassant les assignations de genre, d’âge ou d’apparence. Il ne s’agit pas d’illustrer mais de faire ressentir la souffrance mentale. Les malades, ralentis, hébétés parfois par les traitements, avancent dans une temporalité floue. Les soignants courent, toujours pressés, toujours en tension, dépassés mais présents et empathiques. Les récits de vies à vif, au bord du gouffre, se croisent, se répondent, se percutent. On entend la souffrance, la violence, l’immobilisme mais aussi la lucidité dérangeante des patients. On sent l’usure des équipes, les effets dévastateurs des restrictions budgétaires, des injonctions administratives absurdes qui grignotent au fil des années la dignité dans les soins.
Loin des clichés, À la folie (adapté du livre de Joy Sorman – Éditions Flammarion) porte un regard à la fois cru et tendre sur une humanité écorchée et interroge sur la prise en charge de la maladie mentale de nos jours. Adapté et mis en scène par Caroline Loëb, « Ce théâtre-là ne juge pas. Il tend le miroir et nous rappelle que ce que nous appelons ‘‘folie’’ est souvent une forme extrême de douleur. Et qu’elle nous concerne tous, de près ou de loin. […] J’ai relu À la folie après un épisode personnel douloureux qui m’a conduite à faire hospitaliser un proche (NDR : un frère schizophrène, un ami bipolaire). Deux voies s’ouvraient alors à moi : sombrer ou créer. Le théâtre s’est imposé comme refuge et nécessité. […] Autour des soliloques des malades j’ai construit des dialogues et des scènes chorales sur l’état de la psychiatrie. »
À la folie est une œuvre nécessaire par sa portée artistique mais aussi parce qu’elle permet de donner la parole à ceux qui restent dans l’ombre, de faire tomber les tabous pour qu’enfin on puisse regarder la santé mentale en face avec bienveillance, lucidité et solidarité. Aujourd’hui, si treize millions de personnes environ en France sont concernées par des troubles psychiques, la maladie mentale reste stigmatisée, mal comprise. Pourtant, les mots de ceux qui la vivent sont d’une profondeur vertigineuse. La preuve, les témoignages recueillis avec minutie par Joy Sorman sont d’une grande humanité ; le sobre et juste jeu des comédiens (Caroline Loeb, Mourad Boudaoud, Gigi Ledron et Cécile Chatignoux) leur redonne vie pour qu’ils soient entendus à l’extérieur du monde clos qu’est l’hôpital psychiatrique.
On a aimé À la folie pour la véracité des personnages, l’authenticité des situations et l’exactitude des menus moyens mis à la disposition des équipes soignantes. Un documentaire factuel et vivant sur les hôpitaux psychiatriques sans filtre.
Le regard d’Isabelle
À LA FOLIE
Bien Public – Bordeaux
21 mai 2026 à 21 h
ET
La Factory – Théâtre des Roseaux Teinturiers – Avignon
Du 3 au 25 juillet 2026 à 14 h 25 – relâche les 9, 16, 23 juillet
Durée : 1 h 15


