FESTIVAL OFF D’AVIGNON 2026 – LE PROCÈS FOUQUET – LUNA THÉÂTRE (AU COIN DE LA RUE)

♥♥♥♥ À la mort de Mazarin en 1661, le jeune Louis XIV (23 ans) monte sur le trône. Au sommet de sa gloire, Nicolas Fouquet, surintendant du roi, est arrêté par le capitaine des mousquetaires d’Artagnan et jeté en prison. Pour accéder à son rang, Colbert avait convaincu Louis XIV de le faire arrêter. Déterminé et perfide, il ne recule devant rien (faux témoignages, preuves falsifiées) pour déclencher sa perpétuelle disgrâce auprès du roi et le mettre à jamais hors d’état de lui nuire dans son ascension sociale. Le procès Fouquet, prévu initialement pour se tenir un jour au mieux, quelques semaines au plus, durera trois ans et demi. Il passionnera la France entière.

Sur fond d’intrigues politiques et de rivalités personnelles, Le procès Fouquet d’Alexandre Delimoges, véritable thriller judiciaire et historique, expose avec la précision d’un horloger l’affrontement entre le futur ministre Jean-Baptiste Colbert et l’actuel surintendant Nicolas Fouquet. Lors du procès, tous les coups seront permis, tous les sujets seront abordés : l’héritage de Mazarin, le système financier, le désastre de la politique de guerre, l’enrichissement personnel des ministres… sans oublier la célèbre fête donnée chez Fouquet au château de Vaux-le-Vicomte (l’évènement qui marquera sa perte). Ce procès emblématique symbolise l’autorité absolue de Louis XIV sur ses sujets comme la dépendance de l’État au monde de la finance.

Sans décor et sans détour, une joute verbale est engagée dès la première scène. Le propos est clair, dense, rythmé. Jean-Baptiste Colbert, imbu de sa personne, charge son adversaire de tous ses sarcasmes et de tous les maux ; Nicolas Fouquet s’en défend avec panache rappelant les obligations de sa charge et ses réussites. Exactitudes et mystifications s’opposent car si le premier joue la stratégie de la perfidie, le second choisit la véracité des faits. Au fil des jours, la Presse, les artistes et le peuple se forgent leur propre opinion. Les langues se délient. La reine mère Anne d’Autriche, Louise de La Vallière et bien d’autres (interprétés par des spectateurs dans la salle) seront appelés à témoigner. La duperie de Colbert ne sera bientôt plus à démontrer, Fouquet sera pourtant condamné à mort, sa peine sera commuée par le roi à l’emprisonnement à vie.

Le texte d’Alexandre Delimoges est à la fois concis, ironique et mordant, toujours soucieux de rester fidèle aux faits historiques comme aux plus illustres sentences : « Vous vous prenez pour le roi. ». « À 6 heures du soir, Fouquet était le roi de France ; à 2 heures du matin, il n’était plus rien. » (Voltaire)… Les échanges sont à la fois passionnants et instructifs. Impossible de baisser son attention un instant. La sobriété de la mise en scène de Robert Kiener sert étonnamment le propos autour des mécanismes du pouvoir et de la justice au temps de Louis XIV, des oppositions nées de l’orgueil et de la raison d’État. Le jeu de Bernard Bollet et d’Alexandre Delimoges est en un mot magistral.

Le procès Fouquet est remarquable d’intelligence, captivant d’un bout à l’autre, accessible à tous que l’on soit mordu d’histoire ou pas. C’est un des spectacles immanquables du Festival Off d’Avignon 2026.

Le regard d’Isabelle

LE PROCES FOUQUET

Au coin de la lune, 24 rue Buffon, 84000 Avignon

Du 4 au 25 juillet 2026 à 14h30. Relâche le 13 juillet

Tout public à partir de 10 ans

Accessible aux déficients visuels

Durée : 1h10

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