
♥♥ C’est l’histoire d’une femme-clown quelque peu fragile émotionnellement. Elle rêve de s’épanouir dans le rôle de mère. Remplie de doutes et de contradictions, elle vit dans le monde merveilleux de son imaginaire débordant et se laisse vite dépasser par l’arrivée de son enfant tant attendu dont elle a rêvé comme on peut rêver du prince charmant !
Les enfants, c’est moi, écrit et mis en scène par Marie Levavasseur, raconte avec un brin de poésie, de tendresse et beaucoup de fantasmes la difficulté de devenir parent comme pour tout enfant celle de grandir et d’aller vers l’autonomie. Sur le mode du conte initiatique mi-Petit Poucet mi-Peter Pan, le spectacle interroge le lien parent-enfant sans omettre les doutes et les contradictions de chacun face à la paternité/maternité et le sentiment d’abandon de l’enfant lorsque le temps est venu de quitter le foyer familial.
Accompagnée musicalement par Tim Fromont Placenti (dont la musique aux sons enfantins et aux vibrations techno joue un rôle essentiel dans le déroulé du récit), la comédienne-marionnettiste Amélie Roman donne vie à une multitude de personnages dans un décor onirique de contes de fées pour raconter son amour incommensurable pour son enfant au milieu des personnages-marionnettes de Julien Aillet : son papy qui fume la pipe, sa grand-mère qui est au ciel, les enfants sauvages, le loup qui guette peut-être au coin des bois, la« déesse-mère-de-toutes-les-mères », les petites filles modèles…
Si les incertitudes autour de la maternité pour cette femme-enfant sont aussi troublantes que remplies de tendresse, nous avons été surpris par le fait que le papy fume comme la jeune maman. Devant un jeune public, est-il nécessaire de mettre en avant une addiction aussi délétère pour la santé ?
Le choix de bétifier le langage de la maman lorsque celle-ci s’adresse à son enfant alors que son père s’adresse à lui avec un langage commun interroge. Est-ce le meilleur choix pour l’apprentissage de la parole (de l’enfant-personnage comme du jeune public) ?
Le pitch et le dossier de presse ne font aucune référence au catholicisme. Et pourtant, la déesse-mère-de-toutes-les-mères est représentée par la Vierge Marie et les Rois mages font partie de la cohorte de personnages entourant la jeune maman. Quant aux propos échangés entre la Vierge Marie et la mère lors de la scène se déroulant à Lourdes, ils nous ont quelque peu interpellés. Plus encore, une phrase de la maman à son enfant : « Je ne suis pas digne de Te recevoir. » Ces paroles d’une mère à son enfant sont dures à entendre et totalement inappropriées dans la circonstance. Elle fait écho aux paroles pleine d’humilité du centurion romain dans l’Évangile : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir sous mon toit ; mais dis seulement un mot, et mon serviteur sera guéri. » (Matthieu 8,8). Toutes les religions ne se réfèrent pas au Nouveau Testament et tous les spectateurs, adultes et enfants, ne sont pas de confession catholique. Ces références n’ont rien à faire dans le propos abordé par le spectacle. Religions et cultures prônent dans leur ensemble la maternité comme un bienfait pour la femme, et pas seulement ce courant du christianisme.
Pour toutes ces raisons, nous n’avons pas été convaincus par Les enfants, c’est moi. Si ce spectacle a un propos quelque peu confus, il présente néanmoins un bel esthétisme et une mise en scène avec quelques surprises.
Le regard d’Isabelle
Théâtre Paris Villette – 211, avenue Jean Jaurès, 75019 Paris
Jusqu’au 3 mai 2026 :
Dimanche 19 à 15 h 30
Mardi 21 à 14 h 30
Mercredi 22 à 14 h 30
Dimanche 26 avril à 15 h 30
Mardi 28 à 14 h 30
Mercredi 29 à 14 h 30
Dimanche 3 mai à 15 h 30
Puis :
Vendredi 13 novembre 2026 à Crolles (38)
Vendredi 11 et samedi 12 décembre 2026 à Dijon (21)
Création tout public accessible à partir de 8 ans
Spectacle disponible en LSF en partenariat avec Accès Culture
tourneboulet©-fabien-DEBRABANDERE


