
♥♥ Qui n’a jamais vécu une soirée entre copains où l’on projetait les photos des dernières vacances, oscillant entre attendrissement et ennui poli ? C’est de ce rituel banal que s’empare le collectif suisse BPM pour explorer les méandres de la mémoire et du hasard. Remarqué au Festival d’Avignon en 2021, ce trio a fait des objets obsolètes sa spécialité : après la cassette, le vélomoteur, le téléphone à cadran rotatif, le téléviseur à tube cathodique et même… le service à asperges, il récidive avec le carrousel à diapositives – dernier né de leur « Collection » de spectacles-sketches.
Trois amis – une blonde, une brune, toutes deux délurées, et un homme, légèrement emprunté mais sympathique – se retrouvent pour visionner un diaporama. Tout commence par un jeu de chaises absurde pour trouver la meilleure place, déclenchant le rire. Puis les images se succèdent sur l’écran, accompagnées de commentaires qui vont peu à peu déraper, nous faisant basculer dans l’incongru.
L’espace scénique se déploie comme un univers rétro et joliment déjanté, où les jeux de lumière et la scénographie créent une atmosphère à mi-chemin entre nostalgie et poésie. Tout ici repose sur la projection – non seulement celle des diapositives, mais aussi celle des souvenirs qui se superposent, se contredisent, se télescopent. Le même coucher de soleil sur la plage évoque tour à tour la Bretagne, le Portugal, la Croatie et l’Équateur, selon celui ou celle qui le commente.
Au fur et à mesure que les clichés défilent, des coïncidences étranges apparaissent et on bascule dans le registre du roman-photo : malgré des origines différentes (l’une a un père québécois, l’autre une mère sud-américaine…), les trois amis ont voyagé dans les mêmes lieux, fréquenté les mêmes personnes dans des circonstances différentes. Le visage d’une célébrité revient constamment au fil des images, entretenant le suspense. Les trois comédiens du Collectif BPM – Catherine Büchi, Léa Pohlhammer et Pierre Mifsud – évoluent dans cet univers comme des poissons dans l’eau, savoureux dans leurs digressions de plus en plus personnelles.
Alors pourquoi ne sort-on pas de la salle complètement enthousiaste ? Le mystère est un peu cousu de fil blanc, et les dialogues manquent parfois de la finesse nécessaire pour nous maintenir en haleine. La compagnie BPM excelle dans la justesse de son jeu, mais peine ici à extraire toute la substance dramatique de son dispositif. On passe néanmoins un bon moment – mais avec le sentiment qu’il y avait matière à aller plus loin dans l’absurde ou dans l’émotion.
Le billet de Véronique
LA SOIRÉE DIAPO & LE ROMAN PHOTO
Théâtre de l’Atelier
1, place Charles-Dullin
75018 Paris
Jusqu’au 2 mai
Du jeudi au samedi à 19 h
Durée : 1 h 10
Crédits photo : Anouk Schneider


