
♥♥♥♥ Le 18 octobre 1973, l’équipe des Aventures de Rabbi Jacob s’apprête à célébrer la sortie du film de Gérard Oury, avec Louis de Funès en tête d’affiche. Le succès sera immense. Le même jour, à 12h30, une jeune femme déroute sur l’aéroport de Marseille-Marignane le Boeing d’Air France Paris-Nice. Armée d’un 22 long rifle, elle exige, entre autres, que les bobines du film soient immédiatement placées sous scellés. Qui est-elle ? Et qu’est-ce qui l’a conduite à cet acte spectaculaire ?
Au début des années 1970, les relations entre pays arabes du Moyen-Orient et Israël sont très tendues. Cette situation politique donne au réalisateur Gérard Oury l’idée de réaliser un film sur l’amitié entre Juifs et Arabes : Les aventures de Rabbi Jacob. Après une certaine ténacité, il trouve un producteur. La date de sortie du film est fixée au 18 octobre 1973. Sa promotion lui livre un lot faramineux de menaces de mort et de lettres anonymes. Néanmoins, Gérard Oury maintient la date de sortie du film. Pourtant, l’actualité politique ne joue pas en sa faveur : depuis quelques jours, la Guerre du Kippour a débuté opposant Israël à une coalition rassemblant l’Egypte et la Syrie.
Le jeudi 18 octobre 1973, alors que Les aventures de Rabbi Jacob sort en salles, Danielle Cravenne, 35 ans, l’épouse du publiciste Georges Cravenne, chargé de la promotion du film de Gérard Oury, tente de détourner un avion reliant Paris à Nice. Cette jeune femme, amoureuse de son époux et attachée à sa vie de famille, défenseuse des droits des Hommes comme des animaux, protectrice de la Nature et de notre alimentation… et quelque peu maniaco-dépressive déplore l’approche satirique du film des relations entre Juifs et Arabes. Selon elle, elle ne peut qu’être annonciatrice de troubles alors que son vœu le plus cher serait leur prochaine réconciliation. Lors de l’intervention de la Police, elle sera mortellement blessée. Quant au film, il restera en tête du box-office pendant l’année 1973 et comptabilisera plus de 7,3 millions de spectateurs. L’un des plus grands succès cinématographique français.
« Au cours d’un déjeuner il y a deux ans, raconte Jean-Philippe Daguerre, auteur et metteur en scène de La Femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob, Bertrand Thamin, Directeur du Théâtre Montparnasse me raconte en quelques mots l’incroyable histoire d’un détournement d’avion par une pirate de l’air qui veut empêcher la sortie du film Rabbi Jacob le 18 Octobre 1973. ‘‘J’ai découvert ça à la radio hier, c’est un sujet pour toi ! Si tu en fais une pièce, je la produis’’. Je me penche le soir même sur le sujet et je passe toute ma nuit sur internet à remonter le fil de cette histoire où je plonge au cœur de la famille Cravenne et de la conception du film Les Aventures de Rabbi Jacob. Pendant des mois, je pars à la rencontre des rares personnes qui peuvent ou veulent témoigner de ce fait divers dramatique et rocambolesque et je m’attache tout particulièrement à l’extraordinaire Danielle Cravenne et au génial Louis de Funès. Deux ans plus tard, je publie le roman chez Albin Michel et je crée en même temps la pièce au Théâtre Montparnasse. »
Jean-Philippe Daguerre est l’un des auteurs et metteurs en scène de théâtre les plus prolixes d’aujourd’hui (Le Petit Coiffeur, Le voyage de Molière…). Il a obtenu 4 Molières pour Adieu Monsieur Haffmann et 5 Molières pour son dernier spectacle, Du charbon dans les veines.
L’intrigue de La femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob détaille le quotidien de la famille Cravenne et le profil psychologique de Danielle, jeune femme au langage franc souffrant d’excès d’empathie pour de nombreuses causes politiques et sociales. Parallèlement, on suit la conception du film Les Aventures de Rabbi Jacob jusqu’à découvrir ce« fait divers dramatique et rocambolesque » avec à l’appui des archives télévisées d’époque. Sa mise en scène tranche radicalement des précédents spectacles de Jean-Philippe Daguerre. Les procédés visuels informatiques et poétiques créés par l’artiste Narcisse dessinent admirablement les toiles de fond et les décors qui s’enchainent. Les scènes sont courtes, rythmées, fluides à l’image d’une création cinématographique. Quant à l’interprétation, elle est absolument remarquable : Charlotte Matzneff, Bernard Malaka, Bruno Paviot, Elisa Habibi, Balthazar Gouzou. Coup de chapeau à Julien Cigana pour les prouesses de son jeu, ses pas de danse, ses mimiques. On croirait voir Louis de Funès réincarné sur la scène.
La femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob décrochera de nombreux Molières pour sa mise en scène et son interprétation lors de la prochaine cérémonie. Comme une évidence.
Le regard d’Isabelle
LA FEMME QUI N’AIMAIT PAS RABBI JACOB
Théâtre du Petit Montparnasse
31 rue de la Gaité – 75014 Paris
A partir du 10 janvier 2026
Mardi à 19h, mercredi au samedi à 21h, dimanche à 15h
Durée : 1h30
Crédit / Copyright : Fabienne Rappeneau


