
♥♥♥ À l’occasion d’un dépistage à l’hôpital Lariboisière, Annie Ernaux (Prix Nobel de littérature 2022) se remémore « l’événement » qui a marqué trois mois de sa vie fin 1963-début 1964 : un avortement clandestin, quatre années avant la légalisation de la pilule contraceptive et douze années avant la loi Veil. Elle décrit précisément son parcours de jeune étudiante entourée – bien que livrée à elle-même –, d’un gynécologue, de son petit ami, d’une faiseuse d’anges et de sa voisine de chambre de la cité universitaire. Elle doit faire face au rejet des médecins, aux regards méprisants, aux tabous et aux préjugés de classe sociale.
Après l’adaptation cinématographique de l’ouvrage d’Annie Ernaux (Gallimard, 2021), Marianne Basler lui donne corps sur le plateau du Théâtre de l’Atelier. Si le texte est poignant et authentique, s’il est impossible de rester indifférent(e) à son écoute, que l’on ait été ou non concerné(e) de près ou de loin par un avortement clandestin, son phrasé mécanique souligne la nécessité de l’objectif à atteindre envers et contre tous, qu’aucun sentiment ne doit faire fléchir. Néanmoins, ce parti pris donne l’impression d’assister à une lecture émaillée d’une pâle théâtralité concrétisée par quelques déplacements.
Reste le texte. Annie Ernaux raconte les faits, violents et cruels à la fois, horribles et beaux, forts et terrifiants. Son témoignage, historique et social sur la condition des femmes à une époque où l’interruption volontaire de grossesse n’était pas un droit, mais un délit, est bouleversant de vérité. Aujourd’hui, « donner la vie doit rester un choix pris en toute liberté ». D’où son importance de le lire ou de l’entendre tous les lendemains à venir.
Le regard d’Isabelle
Théâtre de l’Atelier
1, place Charles Dullin – 75018 Paris
Du 12 septembre au 19 octobre 2025, les vendredis et samedis à 19h, le dimanche à 15h
Durée : 1 h 10
