OÜM (Danse) – MUSÉE DU QUAI-BRANLY

♥♥♥♥ « J’entends une voix qui appelle au milieu de la nuit. / Elle crie de l’au-delà : “Gens insouciants, / Réveillez-vous et remplissez le verre du désir / Avant que ne remplisse le verre de la vie, la main du destin.”»
Les  144 Quatrains du poète persan Omar Khayyam, dont est tiré cet extrait, ont servi de source d’inspiration à Fouad Boussouf, chorégraphe et directeur du Phare-Centre chorégraphique national du Havre Normandie, pour ce spectacle. Après Feû, en hommage à sa mère, présenté précédemment dans le cadre du musée du Quai-Branly, il nous offre cette fois une création dédiée à son père. Celui-ci était un fervent admirateur de la diva égyptienne Oüm Kalthoum (qui commença sa carrière au milieu des années 1920), dont la voix ample et le pouvoir d’improvisation électrisaient littéralement les foules.

Inspirée par celle qu’on surnommait « l’Astre d’Orient », qui aimait chanter les vers de Khayyam, une énergie jubilatoire et communicative émane de cette pièce. Elle se reflète dans le sourire des six danseurs (trois femmes et trois hommes) qui célèbrent l’ivresse, le désir et l’amour à la manière du célèbre poète mathématicien du XIe siècle.

Le chorégraphe réussit à se renouveler tout en conservant les codes qui sont sa marque de fabrique. Ainsi, on retrouve son style hybride, qui mélange avec dextérité chant et danses traditionnelles du Moyen-Orient avec des mouvements plus contemporains. De même, apparaissent certains motifs récurrents dans ses chorégraphies tels que la circularité (évoquant les derviches tourneurs), la transe et la destructuration de la danse, puis la reprise d’un fil commun. Ses six danseurs sont époustouflants de maîtrise, chacun réussissant à conserver le style qui lui est propre tout en s’insérant parfaitement dans le groupe. Leurs corps sont constamment en déséquilibre, se balançant d’une jambe sur l’autre avec une fluidité stupéfiante. Ils vibrent à l’unisson, comme portés par l’allégresse. À noter les performances du Libanais Nadim Bahsoum, aussi remarquable dans la danse orientale que dans les autres styles, et de Filipa Correia Lescuyer.

La musique qui les accompagne est hybride, elle aussi. Au chant, Mohanad Aljaramani – également à l’oud et aux percussions – nous envoûte avec sa voix profonde qui psamoldie les textes du poète en arabe, tandis que les sonorités électro et la guitare de Lucien Zerrad apportent une note très contemporaine à l’ensemble.

Cet magnifique hymne à la vie et au temps présent nous donne envie de danser et de crier en chœur : « À la vie ! À l’amour ! »

Le billet de Véronique

Festival de danse
PLEIN PHARE OUT #3
29 mai > 1 juin
Pour plus d’infos :
Centre Chorégraphique National du Havre Normandie

Crédits photo : Antoine Friboulet

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