
♥♥ Sur le papier, le sujet était séduisant : un couple bourgeois comme les autres qui met en scène ses fantasmes pour entretenir le désir dans sa vie quotidienne. Ainsi, Sarah, l’épouse, reçoit-elle certaines après-midi chez elle un homme qui est son amant et en même temps… son mari, Richard. Chacun joue donc un double rôle et semble y trouver son compte.
Pour porter un tel sujet, écrit par Pinter, le maître de l’ambiguïté, il eût fallu de grands acteurs portés par une mise en scène au cordeau.
Malheureusement, le jeu de Valérie Dashwood et de Laurent Poitrenaux est trop artificiel pour donner chair à cette histoire, qui se joue des stéréotypes. Sans doute parce qu’il y manque l’ambivalence des personnages inhérente à l’univers de Pinter, indispensable pour croire à ce jeu de rôles auquel se livre ce couple moins conventionnel qu’il n’y paraît.
Valérie Dashwood, notamment, semble trop froide et distanciée pour que son personnage de femme libre de corps et d’esprit soit crédible. Qu’elle joue la femme au foyer tranquille ou la maîtresse sensuelle, elle ne change jamais de registre. Par ailleurs, pour ne rien arranger, les paroles de la comédienne sont parfois inaudibles. La faute au décor, étrangement grand pour un huis clos, dans lequel les comédiens semblent un peu perdus ? Face à elle, Laurent Poitrenaux ne semble pas très à l’aise et force parfois son jeu pour jouer le rôle de l’amant, quitte à paraître un peu caricatural. Même les déplacements des deux acteurs sur scène ne sont justifiés par aucune nécessité.
Vous l’avez compris, je n’ai pas été convaincue par cette proposition. Je le regrette d’autant plus que j’avais beaucoup apprécié la direction d’acteurs dans La Collection, du même Ludovic Lagarde. Mais ce soir-là, il manquait la noirceur qui constitue l’essence même du théâtre de Pinter et de son univers si intrigant. Tout cela était un peu trop sage et convenu.
Le billet de Véronique
L’AMANT
THÉÂTRE DE L’ATELIER
1, place Charles-Dullin
75018 Paris
Jusqu’au 25 juin 2023
Du mardi au samedi à 19 h, dimanche à 15 h
Crédit photo : Pascal Gély


Merci pour cette critique si précise, Véronique.
L’univers de Pinter ne supporte pas la banalité et on voit très bien où la mise en scène a pu pécher…
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