EMBRASSE-MOI SUR TA TOMBE – THÉÂTRE DU ROND-POINT

♥♥ Agent de sécurité à l’aéroport licencié apparemment sans raison, la quarantaine, il est chassé par sa femme et privé de la garde de son enfant. A la rue et sans ressource, il se retrouve hébergé chez sa mère. Il flirte avec les idées noires quand il rencontre un gars de son âge, humilié comme lui par les inégalités sociales. Son nouvel ami, prophète illuminé et manipulateur, l’entraîne sur les voies de la radicalisation et le goût du terrorisme au point de ne pas hésiter à s’entailler le bras pour prouver son allégeance alors qu’il est loin d’être un croyant pratiquant. Sa mère aimante, choquée de surprendre son fils si désespéré de vouloir porter atteinte à ses jours, s’évanouit à la vue du sang. Lorsqu’elle se réveille, elle présente un sérieux délire émotionnel post-traumatique. Parviendra-t-elle à sauver son fils en déperdition en faisant ressusciter son père si absent de son vivant et en lui apprenant à devenir un homme à son tour?   

Mi-drame noir mi-comédie féroce, écrit par Jean-Daniel Magnin et inspiré d’un scénario de  Maryam Khakipour, se voudrait être une démonstration du pouvoir de l’amour contre la plongée dans l’enfer de la radicalisation. Si l’interprétation est excellente – Christine Murillo, René Turquois, Hélène Viaux, Benjamin Wangermée – leurs personnages sont si caricaturaux qu’ils en perdent toute crédibilité. Tel la personnalité dénuée de caractère et de volonté du fils candide candidat au terrorisme : il est autant prêt à se faire sauter avec une ceinture d’explosifs payée avec ses propres deniers que de voler au secours de sa mère atteint soudainement de démence.

Quant à la mise en parallèle du drame familial et du projet d’attentat kamikaze, elle détourne le texte de son intention première : les risques de se faire happer par le djihad par des rencontres d’infortune. Le tout est présenté dans un appartement populaire biscornu à plusieurs niveaux, comme l’esprit humain peut être tiraillé entre la famille et la société, le bien et le mal, la vie et la mort. Si Embrasse-moi sur ta tombe choisit que l’amour maternel inconditionnel sera plus fort que l’attrait pour la radicalisation, il n’en est pas toujours ainsi dans notre sombre réalité.

Le regard d’Isabelle

EMBRASSE MOI SUR TA TOMBE

Théâtre du Rond-point, 2 bis, Avenue Franklin-Roosevelt 75008 Paris

Jusqu’au dimanche 20 février 2022.

Crédit photos : Giovanni Cittadini Cesi

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