L’UN DE NOUS DEUX – THÉÂTRE DU PETIT MONTPARNASSE

♥♥♥♥ Juin 1944, dans le salon d’une maison bourgeoise située face au camp de concentration de Buchenwald (Allemagne). Léon Blum, fidèle de Jaurès et chef du Front populaire et Georges Mandel, collaborateur de Clemenceau, ont été livrés à Hitler par Pétain afin qu’ils puissent servir d’otages pour de possibles représailles.

En attendant la mise à mort immédiate de l’un des deux, ces vaincus de l’avant-guerre ne peuvent que se raconter l’un à l’autre. Léon Blum a été tout proche de Jaurès, magnifique inspirateur de la gauche socialiste, qui aurait tant voulu empêcher la guerre de 1914, et Mandel collaborateur de Clémenceau, personnage non moins emblématique, qui l’a gagnée. Tous deux défendent avec passion celui qui les a formés en politique et à qui ils restent indéfectiblement fidèles… Alors que le compte à rebours s’est mis en marche, l’intensité de leur dialogue se nourrit de cette angoisse, de leurs mémoires contrastées, de leurs tempéraments opposés, de leurs pudeurs bousculées, de leurs connivences révélées. Lequel des deux survivra à l’ignominie ?

« L’un de nous deux » propose une réflexion salutaire sur les solidarités qui peuvent réunir la gauche et la droite face au péril du fascisme. Son auteur, Jean-Noël Jeanneney, a imaginé ces échanges entre Blum et Mandel à partir des écrits de ses deux hautes figures de l’histoire de France contemporaine. Une page du côté obscur de notre histoire nous est contée. Elle est résolument instructive, éloquente, dense, bouleversante. La mise en scène de Jean-Claude Idée est sobre, juste, hyperréaliste même. Aussi, elle laisse la part belle à la joute verbale entre ces deux hommes qui nous offrent une belle leçon d’humanité.

Au fond de la scène, sur une toile, est projetée la vie dans le camp de Buchenwald voisin avec les pas militaires, les camions roulant à tombeau ouvert, les rafales des mitraillettes, les aboiements des bergers allemands. La reconstitution est bouleversante de vérité grâce à l’expertise d’Olivier Louis Camille.

Quant à l’interprétation d’Emmanuel Dechartre et de Christophe Barbier (avec une mention spéciale) elle est remarquable, poignante, voire même époustouflante de talent, sans oublier celle d’Arthur Sonhador.

Un moment rare de théâtre. À voir absolument pour le texte, le jeu, la mise en scène.

Le regard d’Isabelle

L’UN DE NOUS DEUX

Théâtre Petit Montparnasse, 31 rue de la Gaité – 75014 Paris (Métro Edgar Quinet)

Du mardi au samedi à 21h00, le dimanche à 15h30

Jusqu’au 29 novembre 2020.

Durée : 1h30

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