Racine in love
Les comédiens Amaury Delgrange et Agnès Jarrin croisent la vie et l’oeuvre du plus illustre des dramaturges français pour continuer d’en célébrer la beauté.

Signé Élisabeth

NOTRE AVIS 4/5 PEDAGOGIQUE
Paris, 21 avril 1699. Jean Racine, 59 ans, se meurt dans son appartement de la rue des Marais-Saint-Germain. Au moment du grand départ, dans une douce et tendre mélancolie, il replonge dans ses souvenirs, lui, le jeune orphelin à l’ascension sociale éblouissante dans ce XVIIe siècle corseté, qui connut gloires et querelles et laissa en héritage quelques unes des plus belles œuvres du théâtre français. Au parcours d’homme répondent en écho les grandes héroïnes raciniennes, Andromaque, Athalie, Phèdre ou Bérénice qui révélent l’intemporalité de son œuvre.
Les comédiens Amaury Delgrange et Agnès Jarrin, également auteurs de la pièce, ont fait de leur amour pour Racine un spectacle tout à la fois généreux et pédagogique, en croisant habilement le récit d’une vie aux textes fictionnels. Ainsi, se dessine un bel hommage à celui qui questionna la pouvoir, les rapports humains, la fragilité de la condition humaine, comme personne. Et offre un portrait étonnamment vivant d’un auteur dont on connait aussi la méconnaissance et la mise à distance de certains publics.


Le bonheur d’être au plateau
Racine ennuyeux ? rasoir ? ardu ? Que nenni ! Amaury Delgrange compose un Racine chaleureux, proche de nous, sourire aux lèvres et l’œil pétillant, en tissant un récit fait d’anecdotes et de faits historiques méconnus. « J’admire le culot de cet homme » me confie-t-il, comme une inspiration à son travail d’acteur. Tandis qu’ Agnès Jarrin, grande connaisseuse de l’œuvre racinienne, pour qui « Andromaque, Bérénice ou Phèdre sont presque devenues des grandes sœurs à force de les lire, de les enseigner, de les aimer » se glisse avec ardeur, force et détermination dans l’interprétation de ces femmes amoureuses, blessées, condamnées ou mutines (joli passage de la Marquise du Parc). Sobrement vêtue, drapée d’une étole, elle célèbre la beauté d’une langue, proche de la perfection.
L’espace du récit et l’espace de la fiction
Laurent Mary signe une mise en scène intelligente qui illustre la double temporalité en distinguant deux espaces au plateau : l’espace du récit d’un côté et l’espace fiction de l’autre. Et plus Jean Racine avance vers sa mort, plus ses personnages de papier se matérialisent à ses côtés, mais sans jamais se rencontrer ou se toucher.
En rendant l’homme accessible derrière l’auteur, en proposant un texte érudit mais accessible, en donnant un éclairage sur ses personnages, La dernière heure de Jean Racine vulgarise l’héritage racinien, sans jamais simplifier sa pensée mais bien en nous donnant les clés pour comprendre cette complexité. Le spectacle qui a fait salle comble au Theo Théâtre devrait poursuivre son chemin à la rencontre de celles et ceux qui aiment Racine ou veulent le découvrir. ◼


TITRE
La dernière heure de Jean Racine
LIEU
En tournée
GENRE
Théâtre historique
HORAIRES
En cours
DURÉE
1 h 05
DATE DE FIN
En cours