Chaplinesque
Hommage au burlesque, hip-hop, acrobaties, magie… les genres et les émotions se bousculent
dans ce spectacle inclassable de Kader Attou, chorégraphe et directeur artistique
de la Compagnie Accrorap. Une parenthèse enchantée pour nous réconcilier avec le monde.

le billet de véronique

NOTRE AVIS 5/5
Sur la grande scène de La Scala plongée dans le clair-obscur, se dressent deux escaliers opposés menant à un autre étage avec deux portes. Dans un coin, un grand bureau où un mystérieux personnage (l’auteur ?) s’assied pour écrire. Sous l’effet conjugué des lumières et de la musique – qui évoque le cirque d’autrefois – s’installe une atmosphère résolument cinématographique. On croit d’abord assister à un simple spectacle de hip-hop, avec Régis Truchy qui se livre à d’incroyables ondulations. Mais, très vite, un deuxième et un troisième interprète surgissent et gravissent les escaliers à tour de rôle, pour finir par s’entrecroiser dans une course-poursuite digne des meilleurs films burlesques, entrant et sortant à toute vitesse.


Un univers où tout est possible
Tout au long du spectacle, la scénographie ne cesse de nous surprendre, brassant les codes de plusieurs genres avec beaucoup d’inventivité. Les situations cocasses, les mimiques des personnages et les maladresses feintes nous replongent dans les grandes années du cinéma muet, de Buster Keaton à Charlie Chaplin. La scène où Mansour Abdessadok joue avec une lumière qui se déplace à différents endroits de son corps nous entraîne au royaume de la magie. Elle se mue en un tableau d’une modernité et d’une beauté stupéfiantes où les rayons lumineux se déforment à l’infini. Même les objets semblent avoir une vie propre : un livre s’enflamme quand on l’ouvre, une plume échappe à la volonté de son scripteur et fait des siennes, un lustre monte et descend à sa guise, une malle de voyage résiste à celui qui veut la porter…
Maîtrise et lâcher-prise, virtuosité et fragilité
Le spectacle joue également sur la complémentarité de ses interprètes – trois stars du hip-hop –, tous brillants dans leur registre personnel : Kader Attou, repoussant sans arrêt les limites de la maîtrise ; Régis Truchy, au style plus débridé, d’une grande expressivité dans ses interventions qu’elles soient dansées ou jouées ; et enfin, Mansour Abdessadok, imperturbable, avec sa nonchalance étudiée. Tous les trois ont en commun une grande fluidité de mouvements, qu’ils simulent la chute… ou l’envol (magnifique scène avec Kader Attou survolant ses partenaires). La joie naît de leurs interactions, souvent incongrues. La chorégraphie mêle la tension du hip-hop, entre maîtrise et lâcher-prise, et les mouvements du burlesque, entre virtuosité et fragilité.
La scène finale, qui fait clairement écho à celle des Lumières de la ville, dit tout de ce que Kader Attou est venu chercher du côté de Chaplin : faire du corps un langage, de la gaucherie un art de la grâce. Dans le film, il suffisait d’une main reconnue au toucher et d’un sourire à la fois craintif et bouleversé pour que le rire se mue en poésie pure. Le spectacle en retient la leçon : la maladresse n’y est jamais gratuite, elle est une forme de tendresse, et le geste le plus drôle peut être aussi le plus humain. Une ode à la légèreté et à la délicatesse qui fait du bien !◼


TITRE
Un petit pas de trop
LIEU
La Scala Paris
GENRE
Hip-hop burlesque
HORAIRES
Du mercredi au samedi à 19 h
Dimanche à 15 h
DURÉE
1 heure
DATE DE FIN
Jusqu’au 1er novembre 2026