Et si Jeanne d’Arc était une jeune fille de chair et de sang ?
Juliette Rizoud, fascinante Jeanne d’Arc, est plus vraie que nature dans une mise en scène foisonnante de créativité de Christian Schiaretti !

LE REGARD D’ISABELLE

NOTRE AVIS 5/5 – GAIE ET HARDIE !
Née à Domrémy (1412), Jeanne d’Arc grandit auprès de ses parents loin des affres de la guerre de Cent Ans opposant le royaume de France aux Anglais. À 13 ans, cette paysanne analphabète entend les voix célestes des saints Michel, Marguerite et Catherine. Tous les trois lui ordonnent de jeter les Anglais hors de France (1428) et de faire couronner le Dauphin. Escortée de Baudricourt et ses soldats, elle rencontre le Dauphin à Chinon pour qu’il lui confie son armée. Incroyable mais vrai, elle parvient à mettre fin au long siège d’Orléans (1429) et conduit le Dauphin jusqu’à Reims où il sera couronné dans la cathédrale. Vive Charles VII ! Ce revirement politique déplaît au duc de Bourgogne, il demande à ses hommes de capturer Jeanne d’Arc. Jugée pour sorcellerie et hérésie par le tribunal ecclésiastique, elle est condamnée à être brûlée vive sur la place du vieux marché de Rouen (1430). Réhabilitée (1456) puis canonisée (1920) par l’Église, la Pucelle d’Orléans est considérée comme l’une des figures majeures de l’Histoire de France.


La Jeanne d’Arc de Joseph Delteil
En 1925, cinq années après la canonisation de la sainte, Joseph Delteil (1894-1978) déclenche la colère des catholiques et des surréalistes avec la publication de son roman (Éditions Grasset & Fasquelle). Sa Jeanne d’Arc n’est pas une sainte mais une jeune « fille de France faite de chair et de sang », « gaie et hardie ». Sa biographie, romancée partiellement, provoquera un véritable chaos littéraire. Son originalité : dépeindre dans une langue poétique une Jeanne fraîche et naïve, instinctive et romanesque, pleine d’altruisme et d’humanité. Difficile de ne pas avoir des coups au cœur pour cette « élue parmi les fleurs du monde » pour défendre la France face à ses ennemis. Et tant pis pour les anachronismes, le ton provocateur et les jurons de Sainte Jeanne d’Arc volontaires accordé par l’auteur et confirmé par l’adaptation scénique de Jean-Pierre Jourdain. !
« La fille belle des victoires »
Sur le plateau, divers matériels sont posés ici et là, autant de bric et de broc nécessaires à la technique d’une représentation. Une femme de ménage pénètre sur la scène avec son seau et ses produits ménagers. Face aux spectateurs, elle s’emploie à raconter la vie épique de Jeanne d’Arc. Son langage est imagé, poétique, empreint des senteurs de la terre de France. De temps à autre, s’y glisse une pointe d’humour, un anachronisme (Le temps des cerises, La Marseillaise…), une interaction avec le public. La mise en scène de Christian Schiaretti est d’une riche créativité : une bouteille de détergent symbolise Jeanne enfant, une guirlande d’ampoules une auréole, un escabeau devient monture, deux ruban gris collés sur la robe figure une armure, les pieds de projecteurs se font soldats, les balais sont des bannières, un morceau de moquette bleue matérialise le sol de la cathédrale de Reims, la servante drapée de rouge campe l’évêque Pierre Cauchon… jusqu’au bucher (surprise !). L’illusion qui se fabrique sous nos yeux est autant comique que naïve. Le public est subjugué par le savoir-faire et la fougue de la talentueuse Juliette Rizoud. Mise en scène par Christian Schiaretti, le spectacle est transfiguré grâce à ses incroyables trouvailles. La Jeanne de Delteil est un spectacle qui ne se raconte pas, il se délecte telle une gourmandise dans un fauteuil de théâtre. ◼


TITRE
La Jeanne de Delteil
LIEU
Théâtre Lucas-Paumier (ex Gémeaux Parisiens)
GENRE
Historique – Seul en scène
HORAIRES
Selon les jours à 19 h ou 21 h
DURÉE
1 h 30
DATE DE FIN
17 février 2027