Que le spectacle commence !
Entre stand-up et clowneries, les portraits des deux anciens présidents
sont savoureux. Même si l’on reste un peu sur sa faim.

Signé véronique

NOTRE AVIS 3/5
Après l’inénarrable La Vie et la Mort de J. Chirac, roi des Français, voici réunis deux présidents qui n’ont connu qu’un seul mandat : Nicolas Sarkozy (2007-2012) et François Hollande (2012-2017). Leur autre point commun ? Avoir battu des records d’impopularité (64 % d’insatisfaits pour le premier à la fin de son mandat, et 77 % de mécontents pour le second, selon l’Ifop), et avoir, chacun à sa manière, contribué à « désacraliser la fonction ». Pas étonnant, dès lors, que le metteur en scène et auteur Léo Cohen-Paperman et ses acolytes (Julien Campani et Clovis Fouin) aient choisi de les représenter sous les traits d’humoristes : un acteur de stand-up pour Sarkozy et un… clown blanc pour Hollande.
Dans la première partie, Clovis Fouin imite à la perfection les tics et les attitudes de Sarkozy, le rendant tout à fait crédible. Ses interactions avec les spectateurs, qui jouent avec les origines des uns et des autres, sont très réussies. En revanche, ce portrait d’un président « à l’américaine », symbole d’une droite décomplexée, tourne vite à la mécanique. Le personnage gagne en comique ce qu’il perd en profondeur (en admettant qu’il en ait…).


Un président… à côté de ses pompes
Dans un registre plus décalé, le clown, interprété avec brio par Valentin Boraud, illustre à merveille les maladresses du président Hollande, dépassé par les événements une fois élu. La scène où il prend possession de son bureau et de ses dossiers à l’Élysée est en effet hilarante : bureau bancal, tentatives absurdes pour le redresser, conversation surréaliste avec Angela Merkel sur le Pacte européen… tout y est. Il est tellement ridicule qu’il en devient presque touchant. Pour les deux hommes politiques, des réminiscences de leur mandat se mêlent à des bribes de vie privée. En vrac : le « Casse-toi, pauv’con » de Sarkozy, son divorce, sa rencontre avec Carla, la crise financière et les attentats (quand il est encore ministre de l’Intérieur) ; côté Hollande, la guerre au Mali, les premiers attentats terroristes, ou le règlement de comptes de Valérie Trierweiler par livre interposé.
Marianne, symbole des questionnements identitaires
Mais curieusement, cette accumulation de scènes – plutôt drôles – reste en surface et peine à restituer l’esprit d’une époque, pourtant pas si lointaine. Tous les événements, petits ou grands, semblent mis au même plan, et rien n’émerge réellement. Le monologue final d’Ada Harb, qui surgit en Marianne surdimensionnée, ne convainc qu’à moitié. Malgré la performance de la comédienne, qui retrace (en accéléré et avec beaucoup de conviction) l’évolution de la vie personnelle et professionnelle de Leïla Meirabet durant cette décennie présidentielle, son personnage, un peu trop plaqué sur le discours identitaire, paraît de ce fait légèrement artificiel.
On rit beaucoup, certes, et ce rire-là dit déjà quelque chose de notre rapport à ceux que nous élisons. Mais désacraliser la fonction ne suffit pas à comprendre une époque. Gageons que le portrait de notre actuel (et bientôt ex-) président ne manquera pas de relief !◼
Le spectacle se joue en alternance tous les dimanches avec :
La Vie et la Mort de J. Chirac, roi des Français
Génération Mitterrand
Le Dîner chez les Français de V. Giscard d’Estaing
La Thérapie d’Emmanuel Macron


TITRE
SarkHollande
LIEU
La Pépinière Théâtre
GENRE
Biopic théâtral
HORAIRES
Les dimanches à 19 h 30
DURÉE
1 h 35
DATE DE FIN
Jusqu’au 11 avril 2027