LA VIE ET LA MORT DE J. CHIRAC, ROI DES FRANÇAIS

La pièce explore sous un angle intimiste le parcours de celui qui fut
un animal politique, cherchant à inscrire son nom dans l’Histoire.

Signé véronique

NOTRE AVIS 4/5

En 2019, Léo Cohen-Paperman, directeur de La Compagnie des animaux en paradis décide d’écrire une série théâtrale sur la vie politique française, avec la complicité de Julien Campani. Il en résultera six satires mordantes mettant en scène les huit présidents de la Ve République, de Charles de Gaulle à Emmanuel Macron, intitulée Huit rois. Titre qui ne doit rien au hasard, car il n’a pas échappé aux deux auteurs qu’en France le système semi-présidentiel, mis en place par De Gaulle, a favorisé le développement d’une figure singulière de « roi » démocratique, avec qui le peuple français a toujours tissé des liens ambigus, alternant entre vénération et haine.
Dans ce premier opus écrit finement et mis en scène avec brio, la pièce s’ouvre sur un prétendu épisode de la vie personnelle du metteur en scène : la visite de Jacques Chirac à Verdun, sa ville natale, lorsqu’il avait 8 ans. Ce parti pris nous place d’emblée dans une subjectivité assumée, celle d’un enfant confronté à la figure présidentielle, grossie par le prisme du souvenir. Ce portrait ne sera donc pas seulement celui d’un homme d’État, mais aussi celui de l’époque et de la société dans lesquelles il s’inscrit.

Deux hommes assis à un bureau dans une scène sombre, l'un examinant des documents tandis que l'autre semble pensif. Un fond rouge et des vêtements suspendus ajoutent à l'ambiance.
© Simon Loiseau
Un homme en costume avec un visage de clown et une couronne dorée, se tenant sur scène dans une lumière tamisée.
© Simon Loiseau

Par le jeu de ses expressions, de ses postures et de sa voix, Julien Campani, coauteur, fait revivre « Jacquie » de manière hallucinante et cocasse. Il fait appel à la mémoire collective, se livrant à d’amusantes interactions avec le public en début du spectacle, convoquant ainsi le rapport presque intime que chaque Français entretient avec cette figure si familière.
La pièce se déroule dans la loge où l’homme d’État prépare ses interventions ou se réfugie, entre deux meetings, auprès de ses proches et conseillers : Charles Pasqua, son éminence grise Pierre Juillet (quid de Marie-France Garaud ?) et celui qui sera son fidèle chauffeur et confident pendant vingt-cinq ans, tous interprétés avec talent par Clovis Fouin. Chirac nous est présenté comme un comédien qui cache une ambition redoutable sous ses différents masques, n’hésitant pas à manier la contradiction et à changer de cap (et de camp) tout au long de sa carrière : gaulliste, libéral, tour à tour eurosceptique et proeuropéen.

Il ne tiendra jamais ses promesses, mais mieux vaut en rire qu’en pleurer, semblent nous souffler les auteurs. Pourtant, derrière le politicien opportuniste, pressé d’agir, apparaît en creux le portrait d’un homme plus complexe, taraudé par le doute, qui finit par se perdre dans ses propres personnages. Un clown un peu triste, comme le suggère la pièce à la fin de sa vie.
Cette évocation subjective et accélérée (1 h 35 !) de la vie et de la longue carrière de Jacques Chirac (deux mandats en tant que premier ministre, deux en tant que président) nous fait rire autant qu’elle nous invite à réfléchir, mettant notre époque en perspective avec celles qui l’ont précédée. Qu’est-il advenu de notre société ? En quoi a-t-elle évolué ? Quel est son projet ? Autant de questions que laisse en suspens ce premier épisode réjouissant, donnant envie de découvrir les autres portraits de nos « rois » – dans l’ordre ou le désordre – afin de mieux comprendre, à travers eux, notre présent politique. ◼

Le spectacle se joue en alternance tous les dimanches avec :

Génération Mitterrand
Le Dîner chez les Français de V. Giscard d’Estaing
Sarkhollande (Comédie identitaire)
La Thérapie d’Emmanuel Macron

Deux personnages sur scène, l'un tenant un parapluie, l'autre en costume noir, avec une toile de fond contenant une citation sur la France.
© Simon Loiseau

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