Le chef-d’œuvre de Milos Forman porté à la scène
Olivier Solivérès propose un spectacle grandiose et esthétiquement irréprochable
sur le destin flamboyant de Wolfgang Amadeus Mozart,
emmené par un Thomas Solivérès époustouflant dans le rôle titre.

Signé Élisabeth

NOTRE AVIS 4/5 – UN SPECTACLE MAÎTRISÉ
Forte de son succès public et critique, la pièce Amadeus signée Olivier Solivérès, qui avait fait l’événement au printemps dernier au théâtre Marigny, joue les prolongations cet automne avec 55 nouvelles représentations.
Amadeus fut à l’origine une pièce de théâtre, écrite par Peter Shaffer avant d’être adaptée au cinéma par Milos Forman en 1985. Fidèle au légendaire film, le spectacle nous plonge dans le destin de Mozart, à travers le regard d’Antonio Salieri, compositeur à la cour de Vienne, tout autant dévoré de jalousie qu’admirateur du génie du jeune prodige autrichien. Au delà du simple biopic, Amadeus questionne le mystère de la création et de l’intelligence artistique, à travers l’histoire de cette rivalité, par ailleurs totalement inventée. Mais qu’importe, l’essentiel est ailleurs ! Metteur en scène ultradoué, Olivier Solivérès offre un spectacle dense, généreux, voire XXL, et ne lésine pas sur les moyens (décors, lumières, costumes magnifiques) pour plonger les spectateurs dans ce XVIIIe raffiné, et précieux, à l’esthétique il est vrai irréprochable.


Rythme, fougue et émotions grand format
Les scènes dramatiques, très proches du film mais finement « troussées », conjuguent avec bonheur toute la palette émotionnelle – de l’allégresse au désespoir (superbe scène de Mozart, malade, dictant son requiem à Salieri), de la fantaisie à la colère –, ponctuée de cocasseries, nourries aux rires hystériques ou aux blagues scatologiques d’un jeune Mozart fougueux et sautillant à souhait ! La musique, peut-être un peu absente d’un spectacle parfois très (trop) verbeux, est heureusement portée par des chanteurs lyriques d’excellent niveau. Côté interprétation, Olivier Solivérès n’a pas pris un grand risque en glissant Thomas, son jeune frère, dans la peau d’un Mozart exubérant, provocateur, faussement puéril, « sans filtre » dirait-on aujourd’hui. Et dans cette partition, Thomas Solivérès est époustouflant de maîtrise. Excellent comédien, excellent showman, aussi à l’aise dans les scènes tragiques que légères, il offre toute l’épaisseur et le charisme que l’on attend.
Jérôme Kircher décevant dans le rôle de Salieri
Reste la composition de Jérôme Kircher (Molière du comédien dans un spectacle de théâtre privé en 2026) qui, dans la peau de Salieri, ne m’as pas convaincue et donne l’impression de ne pas parvenir à camper le personnage. Tantôt grandiloquent, tantôt proche d’un stand-upper, à l’articulation limite, il navigue en eaux troubles et peine à donner toute la puissance à ce Salieri, qui finit plus par nous lasser que par nous transporter. Pour autant, transportés nous l’avons été dans ce XVIIIe qui résonne d’une grande modernité et pose en creux des questions encore d’actualité, à travers les destins croisés croisés de Salieri et Mozart : faut-il transgresser les règles pour créer ? Peut-on s’affranchir des puissants pour créer en toute liberté ? Qui a le pouvoir de rendre un artiste visible ? Et à ce seul titre, Amadeus mérite le déplacement. ◼


TITRE
Amadeus
LIEU
Théâtre Marigny
GENRE
Spectacle musical
HORAIRES
Du mercredi au jeudi 20 h , samedis 16 h 30 et 21 h, dimanches 15 h
DURÉE
2 h 05
DATE DE FIN
Jusqu’au 3 janvier 2027