Une brillante autofiction
Faut-il aller au bout de ses rêves de réussite ? À quel moment faut-il abandonner ?
Ces questions, Kelly Rivière tente d’y répondre (avec humour) dans son nouveau spectacle.

LE BILLET DE VÉRONIQUE

NOTRE AVIS 5/5
Il y a la vie dont on rêve… et la vraie vie, avec ses hauts et ses bas. C’est avec un grand plaisir que l’on retrouve Kelly Rivière pour ce nouveau seule en scène. Pour l’auteure et comédienne du formidable An Irish Story, l’existence n’est pas une longue ligne droite, mais une suite de chemins de traverse qui, miraculeusement, conduisent parfois à nos désirs les plus profonds. Cette fois, elle a choisi de parler de ses rêves brisés (son désir de devenir danseuse étoile notamment, ou actrice de cinéma), mais surtout de la naissance d’une passion : le théâtre. Elle nous dévoile les revers de son métier, toujours avec humour of course ! Car en dépit des castings épuisants, des jobs « alimentaires » dévalorisants, des scènes coupées au montage, elle y fait également des rencontres humaines aussi surprenantes qu’enrichissantes.


Et si la vie n’était qu’un théâtre ?
Le décor nous transporte sur une scène de music-hall intemporelle : lourds rideaux pailletés, ambiance tamisée, piano sur le côté et en fond de scène, un tutu suspendu – comme son rêve de devenir danseuse. Kelly Rivière virevolte d’un personnage à l’autre, aussi hilarante en directrice de casting au verbe cinglant qu’en mamie qui perd un peu les pédales, ou encore en comédienne déguisée en soubrette, égarée dans une murder party pour un team-building d’entreprise. On la retrouve même dans le rôle de sa propre mère, toujours aussi rabat-joie, qui lui prédit le pire dans sa carrière professionnelle. Au passage, elle dévoile aussi ses talents de chanteuse en s’accompagnant au piano.
Rire de ce qui nous écorche
Mais son humour n’est jamais dénué d’émotion ni de profondeur. Et c’est ce qui la rend si proche de nous, si humaine. En filigrane apparaissent les figures touchantes de personnes disparues : sa grand-mère paternelle, qui l’a toujours soutenue dans son parcours artistique (quitte à l’imaginer déjà en haut de l’affiche) – avec qui elle dialogue par-delà la mort – ou son ami Max, fauché très jeune par la maladie, avec qui elle a découvert le théâtre au cours Florent.
Entre la vie dont elle avait rêvé et celle qu’elle vit, Kelly a trouvé de toute évidence son propre chemin : celui qui mène, à travers les échecs et les deuils, vers une scène où l’on rit de tout, même de ce qui fait mal. Le tutu a beau rester accroché, c’est bien elle, ce soir, l’étoile. Et elle n’a pas fini de briller. ◼


TITRE
La Vie rêvée
LIEU
La Scala Paris
GENRE
Seule en scène
HORAIRES
Du mardi au samedi à 19 h
DURÉE
1 h 20
DATE DE FIN
15 mai 2027